À Perpignan (66), les eaux de filtrage de la piscine municipale sont réutilisées pour le nettoyage d’aires urbaines
Depuis mai 2023, le département des Pyrénées-Orientales est en crise concernant le manque d’eau. En parallèle de projets au long cours comme la réutilisation des eaux usées de la STEP de Perpignan, la mairie a également pris des mesures d’urgence pour économiser la ressource au plus vite.
En mai 2023, la collectivité décide de réutiliser les eaux de filtrage de la piscine du Moulin à vent afin de nettoyer les rues de la ville.
Une opération éclair mise en place en un mois, qui a permis d’économiser près de 1500 m3 d’eau en un an.
Les engins de nettoyage récupèrent les eaux de filtrage de la piscine municipale - Crédits photo : Mairie de Perpignan
L’urgence sanitaire s’est imposée à nous : il fallait absolument économiser l’eau partout où nous pouvions
L'interview
Comment le projet de réutiliser les eaux de filtrage de la piscine municipale pour nettoyer les aires urbaines s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Depuis son arrivée à l’hôtel de ville en 2020, Louis Aliot a souhaité sensibiliser son équipe et son administration sur la ressource en eau. Dans le département, la situation est inquiétante depuis 2021 et s’est véritablement dégradée en mai 2023. Depuis cette date-là, nous sommes en situation de crise au regard de la ressource en eau. À cette époque, l’urgence sanitaire s’est alors imposée à nous : il fallait absolument économiser l’eau partout où nous pouvions. Lors d’une réunion entre les différentes directions rattachées à ce moment-là aux services techniques – direction des sports, direction du parc automobile, direction de la propreté urbaine – nous avons passé au crible les équipements qui consommaient le plus d’eau. C’est là que, pour la première fois, nous avons évoqué la possibilité de réutiliser les eaux de filtrage de la piscine du Moulin à Vent.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Aucune. Les différentes directions des services techniques ont l’habitude de travailler de manière collaborative et c’est ainsi que l’idée est progressivement devenue une évidence. Il faut environ 20 m3 par jour pour nettoyer les filtres de la piscine. Nous sommes régulièrement en lien avec l’ARS qui évalue la qualité biochimique de cette eau, et qui s’avère être de très bonne qualité. Nous souhaitions lui donner un second usage avant qu’elle termine sa course dans le réseau d’eaux usées. Nous avons alors décidé de l’utiliser autrement, notamment pour nettoyer la voirie, étant donné que le volume réutilisé pouvait satisfaire les besoins pour les engins de nettoyage.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Non car il s’agit d’une intervention réalisée en urgence. Nous n’étions pas dans la perspective d’un projet établi sur du long terme. Nous sommes en présence d’une ressource inutilisée, il n’y avait pas besoin de mettre en place d’importants aménagements. Et avec les analyses régulières de l’ARS, nous savions que nous n’allions pas polluer l’espace public.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Il a surtout fallu mettre en avant des compétences techniques pour savoir comment réaliser les raccords entre cette eau récupérée et les balayeuses qui vont ensuite nettoyer la voirie. Il fallait aussi s’assurer que cette eau n’allait pas encrasser les tuyaux et les filtres. Enfin, il a fallu mettre en place un système de pompage opérationnel.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Nous avons surtout communiqué après coup, car il fallait agir vite. Dès que le projet a été opérationnel, nous avons communiqué via les divers médias de la Ville et nous avons affiché sur les balayeuses que l’eau utilisée était recyclée.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Il s’agit d’un budget relativement insignifiant, puisqu’il s’agissait seulement de se doter des bons embouts pour assurer les raccords. Tout cela s’est fait sur des financements en interne à la mairie, sans sollicitations d’autres partenaires financiers.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné votre collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
L’Etat a suivi de près ce que nous faisions. En effet, la préfecture a mis place un plan d’action sur la sauvegarde de la préservation de la ressource en eau. Le préfet s’est d’ailleurs déplacé sur le terrain pour se rendre compte de son fonctionnement opérationnel.