Caluire (69) arrose à l’eau de pluie
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Depuis 2024, la ville de Caluire-et-Cuire dispose de deux « murs d’eau » et d’une citerne enterrée : soit respectivement 20 000 et 90 000 litres d’eau. L’eau de pluie ainsi collectée est utilisée sur place, pour arroser les plantes cultivées dans les serres municipales, dans le cas de la cuve enterrée.
L’eau stockée dans les « murs d’eau » est transférée dans des cuves mobiles, qui servent à arroser les espaces verts. Cette réalisation a été prise en charge par les équipes en interne, à la suite d’un travail transversal, toujours en interne, de recherche d’amélioration du service et d’économie de la ressource, au plus proche du terrain.
Les espaces verts sont arrosés avec l'eau récoltée sur place, transférée par cuves mobiles - Crédit photo : Banque des Territoires
Ce projet a constitué une amorce. À sa suite, l’an dernier, nous avons réalisé des études avec le Cerema (...) afin de concevoir une stratégie à moyen et long terme.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la commune de Caluire-et-Cuire ?
En 2022, la ville de Caluire s’est lancée dans le programme administration exemplaire. Dans ce cadre, un groupe de travail a été créé, qui réunit les services techniques et le service des espaces verts. Ensemble, ils ont travaillé sur la question des économies d‘eau. Ils ont également réalisé un diagnostic des besoins en eau pour l’arrosage des espaces verts des différents quartiers.
Il faut savoir que la ville est sous le coup d’arrêtés sécheresse tous les étés, avec des canicules de plus en plus intenses. En période de sécheresse, nous n’avons pas le droit d’utiliser l’eau du réseau. Le groupe de travail a donc recensé les endroits pour récupérer et stocker l’eau de pluie.
Le centre technique municipal (CTM) est apparu comme une option très intéressante. Le toit représente une surface de près de 1 000 m2 : le mur d’eau est vite rempli !
L’installation a été réalisée en septembre 2023 pour la première phase du mur d’eau, et en janvier 2024 pour la deuxième phase. Nous avons aussi installé une cuve enterrée de 90 m3, qui sert à l’arrosage des serres municipales où sont cultivés les végétaux pour les espaces verts. Aux serres, la citerne vient alimenter un système d’arrosage automatique, qui peut rebasculer sur l’adduction d’eau en cas de besoin.
Tout ce travail sur l’eau s’est accompagné d’une réévaluation des plantations : nous avons désormais moins de plantes annuelles, et plus de vivaces, qui demandent moins d’eau.
Nous sommes labellisés 4 fleurs, et en 2024, nous avons décroché la fleur d’or, c’est une énorme reconnaissance, seules 7 ou 8 villes en France obtiennent ce label chaque année. L’obtention de ce label requiert le passage en revue de 60 items, parmi lesquels la sobriété en eau.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Pour le mur d’eau, l’idée vient de Pascal Desfay, qui était à l’époque responsable du patrimoine de la ville, et qui est aujourd’hui à la retraite. Il l’avait certainement vu ailleurs. Et il faut dire que nous avions déjà un système de récupération des eaux de pluie installé sur la piscine municipale, qui nous permet de stocker 60 m3 pour l’entretien des espaces verts de la piscine.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Il faut un ou une cheffe de projet qui assure la coordination et soit capable de mettre tout le monde autour de la table, pour faire naître un dialogue et le partage des idées. Il faut que chacun puisse exprimer ses besoins, ses contraintes, le fonctionnement du service. C’est un projet très transversal, tout le monde est associé ou partie prenante, d’une manière ou d’une autre.
Il est très appréciable aussi d’embarquer dans le projet une personne qui soit capable de gérer le Système d’information géographique. Nous avons avec nous une géostatisticienne, qui a pu nous épauler avec cet outil essentiel pour la visualisation de toutes les données sur la carte de la ville.
Il faut pouvoir compter sur des compétences en ingénierie.
Enfin, les personnes de la filière technique sont essentielles, d’autant plus si elles sont polyvalentes et qu’elles savent bien bricoler. Nous avons de la chance, nous avons de très bons professionnels, des Mac Gyvers qui ont de bonnes idées, et qui savent prendre des initiatives. [N.D.L.R : Mac Gyver est le héros d’une série des années 1980. Ingénieux, bricoleur hors pair, il invente des solutions à tous types de problème]
Les équipes du CTM ont ainsi pris en charge l’installation du mur d’eau, ils ont notamment placé des fixations en renfort. Par ailleurs, à l’usage, ils se sont rendus compte que, pour le mur d’eau, la gravité ne permet pas d’avoir un débit satisfaisant. Ils ont donc installé un petit moteur en sortie du mur d’eau pour améliorer le système. Maintenant, le remplissage des cuves mobiles de 5 000 litres est très rapide.
Tout cela est possible quand on est dans une collectivité territoriale qui laisse la place aux démarches innovantes, où l’on peut prendre des initiatives, expérimenter. La place du travail en mode projet est très importante, et grandement facilitée par la direction générale, c’est une grande force, cela permet d’entreprendre ce type de projet. La transversalité est ici institutionnalisée. Nous sommes habitués à nous mettre autour de la table, tout le monde est partant pour ce genre de projet.
Pour ce qui concerne l’adhésion des citoyens. Il n’y a pas vraiment d’impact, on sait que la démarche est plutôt comprise et appréciée.
En période de sécheresse, nous n’avons pas le droit d’utiliser l’eau du réseau, mais nous pouvons en revanche arroser avec l’eau de pluie que nous avons stockée. En ces occasions, il nous faut signaler que cet arrosage est réalisé avec de l’eau de pluie. Les premières fois, les citoyens étaient choqués et faisaient connaître leur désapprobation, de voir la ville arroser les espaces verts en période de sécheresse. C’est pourquoi, rapidement, nous avons mis sur les citernes des pancartes qui signalent que l’eau avec laquelle nous arrosons est de l’eau récupérée.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Camille Birk, adjointe au directeur Général adjoint en charge de la proximité et du patrimoine et à l’époque responsable du service espaces publics, a été d’une grande aide sur ce projet.
Aussi, l’outil parapluie*, développé par la Métropole de Lyon et l’Insa, nous a beaucoup servi. Il nous a aidés à préfigurer la solution et analyser les dimensions de la cuve. J’ai dû replonger dans mes cours d’hydraulique de mon passé d’élève ingénieur pour affiner les calculs de dimensionnement !
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Pour ce projet, nous avons obtenu un financement de 46 920 euros, sous forme de subvention, de la part de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
La cuve de la serre a coûté 100 000 euros, et les deux murs d’eau 30 000 euros.
La consommation économisée est difficile à évaluer : nous n’avons pas de données fiabilisées, il faudrait mettre un compteur en sortie de cuve, c’est un point d’amélioration.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons tout réalisé en interne.
Mais ce projet a constitué une amorce. L’an dernier, nous avons réalisé des études avec le CEREMA, sur les stratégies relatives aux eaux pluviales, la désimperméabilisation, le stockage afin de concevoir une stratégie à moyen et long terme pour identifier nos priorités et étaler les investissements.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Le coût n’est pas anodin, et financièrement, par rapport au coût de l’eau, c’est difficile de savoir si l’on s’y retrouve. Le budget peut être un frein, et c’est pourquoi nous avons beaucoup réalisé en interne. L’aide de l’Agence de l’eau est un déclencheur, cela nous a beaucoup aidés.
Je conseillerais aussi de bien choisir le bâtiment sur lequel collecter les eaux de pluie : évaluer la surface de toit, s’assurer que le volume correspond au besoin, bien faire le calcul avant.
Ne pas surdimensionner par rapport au besoin, et aussi, bien se poser la question de la manière dont on utilise l’eau.