Carbonne (31), partenaire de Garonne Amont, sur l’étude d’une solution alternative pour réduire les pressions sur la Garonne
En 2022, la commune de Carbonne a été frappée par une sécheresse exceptionnelle, révélant la vulnérabilité de ses 55 hectares d’espaces verts. Cet épisode a accéléré la volonté d’engager une gestion plus durable de l’eau. Lauréate de l’appel à projets EC’EAU, la ville étudie depuis 2021 la faisabilité de la réutilisation d’eaux non conventionnelles. Partie prenante du projet de territoire Garonne Amont, son action vise à réduire les prélèvements en eaux dans la Garonne tout en accroissant sa résilience en cas de sécheresse.
Toutefois, les avancées restent freinées par un cadre réglementaire encore incomplet.
Vue sur la Garonne depuis Carbonne - Crédits photo : Laure Buquet
Je ne pensais pas qu’on serait à ce point limités par le cadre réglementaire.
L'interview
Comment la réutilisation des eaux non conventionnelles s’est-elle imposée à l’agenda de votre collectivité ?
L’été 2022, toute la région Occitanie a vécu un épisode de sécheresse tel, que des restrictions d’eau très importantes ont été décrétées pendant deux bons mois dans la commune de Carbonne. Un temps suffisamment long pour que les 5 500 habitants constatent que les stades, les jardins et les espaces verts (55 hectares à l’échelle de la commune) avaient beaucoup souffert. A la rentrée, l’herbe était complètement grillée. Visuellement, cet épisode a marqué les esprits. Il a rendu impérieux l’un de nos autres objectifs qui est de substituer l’arrosage des espaces verts, gourmands en eau, par d’autres ressources. L’été 2022 a fait office d’événement déclencheur pour « accrocher » les élus à ce que nous avions commencé à esquisser afin d’engager Carbonne dans une démarche plus vertueuse. En 2021, la commune portait un projet de réutilisation des eaux non conventionnelles (piscines, eaux de ruissellement, eaux usées traitées …) qui a été retenu dans le cadre de l’appel à projets EC’EAU (économie circulaire de l’eau) de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. C’est grâce à lui que notre commune est entrée dans le projet de territoire Garonne Amont, sur l’étude d’opportunité et de faisabilité technico-économique pour la substitution de prélèvements dans la Garonne par la valorisation des eaux de la piscine municipale, la réutilisation des eaux usées de la station d’épuration communale et la mobilisation des eaux pluviales.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Dans une précédente vie professionnelle, je travaillais pour l’Agence de l’eau Adour-Garonne. J’ai donc cette sensibilité aux sujets liés à l’eau que j’ai à cœur de transmettre aux élus pour qu’ils se posent les bonnes questions. J’ai également gardé des contacts avec le Conseil départemental et la Région. Garon’Amont est un projet de territoire sous la maîtrise d’ouvrage du Conseil départemental 31, qui vise à répondre aux grands enjeux de la ressource en eau. Sa démarche est fondée sur une approche concertée à l’échelle du bassin versant amont de la Garonne afin de faire face aux conditions climatiques et aux débits de la Garonne dont on observe qu’ils diminuent. Notre idée est de réutiliser l’eau de la piscine.
Comme les volumes sont insuffisants, nous projetons aussi de récupérer les eaux de toiture et les eaux de voirie. C’est un projet assez précurseur à l’échelle du bassin versant.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Il convient d’avoir une bonne connaissance de la partie hydraulique, de celle des flux et des différents usages de l’eau au sein de la collectivité. Quand je parle de collectivité, j’inclus ses partenaires tels que Réseau 31, le syndicat de l’eau en Haute-Garonne, à qui nous avons délégué la compétences eau en 2020 mais dont nous restons proches. Ses représentants sont très sensibles à toutes nos problématiques et sont intéressés par ce que nous mettons en place.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Oui, nous avons engagé une étude de faisabilité avec le bureau Ecofilae pour l’exploitation des eaux non conventionnelles. Dans un premier temps, notre objectif était d’identifier des ressources de substitution aux eaux de captage qui pourraient être : les eaux de pluie, les eaux issues de la vidange de la piscine municipale, les eaux usées traitées, etc. Elle a abouti à plusieurs scenarii d’évolution de la ressource en eau pour l’arrosage des stades, de tous nos massifs, la recharge de la balayeuse sur la voirie.
Malheureusement, la difficulté sur laquelle nous butons aujourd’hui est d’ordre réglementaire, ce qui ne nous permet pas encore de réutiliser les eaux non conventionnelles. Les arrêtés spécifiques liés aux usages d’irrigation et d’arrosage d’espaces verts sont parus en décembre 2023 mais ceux encadrant les usages urbains ne sont pas encore publiés. Nous avons l’étude dans les cartons, mais sur un plan opérationnel, elle n’a pas abouti pour l’instant à une phase de substitution des eaux. Nous sommes contraints d’attendre que la réglementation soit suffisamment claire et ensuite, je serai en mesure de dimensionner les équipements dont j’ai besoin. Pour l’heure, on continue de rejeter de l’eau dans le milieu sans pouvoir en bénéficier.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L’Agence de l’eau Adour-Garonne via le premier appel à projets a permis de financer la réalisation d’une première étude à hauteur de 80% (20% de reste à charge pour la commune)
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous travaillons en étroite collaboration avec Réseau 31 sur un projet d’installation d’une borne de recharge de réutilisation des eaux, qui permettrait d’alimenter des camions hydrocureurs. Mais là encore, à ce stade, nous ne sommes pas encore en capacité de le faire.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Ce projet de REUT, je dirais qu’il convient de ne pas le regarder uniquement sous l’angle économique même si je suis bien conscient de son importance. Je pense qu’une étude telle que celle que nous avons initiée avec Garon’Amont résulte d’un choix politique très fort. Ensuite, il est important que l’intérêt d’une telle démarche soit porté à une échelle plus grande comme une intercommunalité, un département, un bassin versant.