Dans la région d’Issoire, les usagers connectés et sensibilisés à leurs consommations d’eau (63)
Depuis 2025, le Syndicat mixte de l’eau (SME) de la région d’Issoire et des communes de la banlieue sud clermontoise déploie la télérelève pour tous ses usagers.
D’ici 2027, les compteurs des 60 000 abonnés seront équipés d’un boîtier connecté permettant de suivre les consommations d’eau. Grâce à une application, les usagers maîtrisent leurs consommations d’eau, par poste, et sont alertés en cas de fuite et de surconsommation.
Quant au SME, il peut identifier les secteurs nécessitant des travaux sur les canalisations. Financée à 25 % par L’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, cette opération s’inscrit dans une politique de résilience du SME.
Le déploiement de la télérelève sur le territoire du SME de la région d’Issoire et des communes de la banlieue sud clermontoise a commencé en 2025 et devrait s’achever en 2027. Crédits photo : Claire Morel
On demande souvent aux gens d’être vertueux : cet outil de télérelève leur donne les moyens concrets de le devenir et de constater les économies qu’ils réalisent
L'interview
Comment le sujet de la télérelève s’est-il imposé à l’agenda de votre syndicat ?
Au départ, les élus du SME souhaitaient trouver une solution technique permettant de suivre et maîtriser les consommations, dans le but de limiter le gaspillage et de réduire les coûts pour les bâtiments communaux, qui représentent des consommations d’eau importantes. En 2020, nous avons entamé la réflexion avec notre délégataire, SUEZ. Celui-ci avait mis en place un outil de télérelève à Issoire, pour tous les habitants. Lorsque la ville d’Issoire a rejoint le SME dans le cadre de la loi NOTRe, en 2022, la commune nous a fait part de son retour d’expérience très positif sur la télérelève, pour éviter le gaspillage et optimiser l’exploitation en identifiant les fuites. Nous avions 40 000 m3 de demandes de dégrèvement des abonnés pour cause de fuite chaque année, un volume clairement gaspillé. Nous avons donc décidé de nous lancer dans un projet de déploiement à grande échelle d’une solution de télérelève, pour tous nos abonnés.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous avons notamment pu bénéficier de l’expérience de la ville d’Issoire, ayant intégré le syndicat, qui était équipée partiellement des solutions de télérelève. Grâce au fonctionnement collaboratif de notre instance syndicale, Issoire a partagé avec nous son retour d’expérience, ce qui nous a grandement aidés à mieux comprendre les enjeux, les bénéfices et les modalités de mise en œuvre de ce type de dispositif. Ce partage d’expérience constitue une base solide qui a nourri notre réflexion et orienté le développement du projet.
Nous avons également mené une veille technologique, notamment sur les salons.
Il y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Clairement, oui ! Il est indispensable de maîtriser certaines compétences et sujets spécifiques avant de se lancer dans ce projet. En particulier, il faut bien comprendre les enjeux liés au suivi et à la maîtrise des consommations, mais aussi savoir s’entourer des bonnes expertises pour mener à bien le montage du projet. Dans ce cadre, nous avons fait appel à un spécialiste, le bureau d’études ID EAU, qui nous a accompagnés tout au long de la construction du projet, apportant son savoir-faire technique et méthodologique. Par ailleurs, l’adhésion des usagers a été obtenue puisque le projet a été validé par l’ensemble de leurs représentants siégeant au Syndicat, assurant ainsi une forme de co-construction et une légitimité collective à l’initiative.
ID EAU nous a aussi aiguillés vers une technologie de télérelève mutable, compatible avec d’autres systèmes : c’est important pour garder la maîtrise sur le long terme ! Suite à l’appel d’offres pour la télérelève, nous avons pu nous appuyer sur les équipes de SUEZ pour le calendrier de mise en œuvre. Travailler avec notre délégataire a facilité l’aspect administratif, pour la facturation de nos abonnés.
Afin d’assurer une communication fluide, nous avons mis en place un dispositif complet. Quelques semaines avant le déploiement, nous fournissons un kit de communication pour aider les mairies à répondre aux questions des habitants. Puis, trois semaines avant le déploiement dans la commune, nous envoyons un courrier pour organiser les rendez-vous à domicile.
En complément, nous avons réalisé deux points presse : le premier symbolique de la pose du premier compteur, le second lors de l’ouverture des services aux abonnés pour mettre en avant tous les avantages de l’application « Tout sur mon eau » à télécharger sur smartphone. Globalement, les abonnés sont ravis : pour seulement 10 euros, ils disposent d’un outil permettant de maîtriser leurs consommations d’eau et d’être facturés en fonction de leur consommation réelle.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le bureau d’études ID EAU a réalisé tous les calculs pour estimer l’impact du projet. Grâce à cette étude, nous avons pu étoffer notre dossier pour l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et entrer dans le cadre d’un accord de résilience ambitieux. En déployant la télérelève pour l’ensemble de nos abonnés, ID EAU a tablé sur une double économie : les 40 000 m3 de gaspillage lié aux fuites et 2 % de baisse des consommations liée aux petits gaspillages du quotidien. Cette solution de télérelève nous permet aussi de surveiller l’état de notre réseau, très étendu : le SME compte 2 200 km de canalisations d’eau potable !
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet s’intègre dans un plan de résilience global à 13 millions d’euros : 10 millions consacrés à la télérelève et 3 millions pour des travaux sur quatre petites unités de distribution sur des zones concernées par des problématiques de sécheresse estivale.
Nous allons également fournir des kits hydro-économes aux usagers de ces secteurs soumis aux sécheresses. L’Agence de l’Eau Loire-Bretagne nous a aidés à hauteur de 3,2 millions d’euros, dont 2,5 millions d’euros pour la télérelève. La mise en œuvre de la télérelève est coûteuse en temps humain d’installation : nous installons 55 000 boîtiers - la tête émettrice permettant la télérelève. Dans certains cas, nous devons également changer les compteurs avant d’installer le boîtier. Le dispositif nécessite aussi l’installation d’environ 120 antennes pour assurer la transmission des données.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre ID EAU, notre AMO, SUEZ, notre délégataire, nous pouvons citer l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne pour son soutien financier. Et puis, au sein du SME, nous avons mis en œuvre une solide équipe projet avec deux personnes au service administratif. Nous avons également créé un comité de pilotage avec le président et les vice-présidents du SME, et nous nous réunissons trois à quatre fois par an en comité syndical pour suivre ce projet. La télérelève est un projet de longue haleine : le déploiement sur notre territoire de 110 communes, entamé en 2025, devrait s’achever en 2027 !
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
D’abord, il faut savoir s’entourer, car ce sujet est complexe ! Notre AMO nous a permis de bien dimensionner le projet, de choisir la bonne technologie, d’organiser le déploiement et de construire un solide dossier de subvention pour l’Agence de l’Eau.
Et puis, la communication est essentielle, pour inscrire le projet dans une démarche globale d’économies de consommation d’eau. À ce titre, l’application « Tout sur mon eau » est très bien faite, avec des conseils, des écogestes. Sur cette application, les usagers se rendent compte de leurs consommations par poste. Évidemment, pour les usagers qui n’installent pas l’application, les mêmes informations sont disponibles via leur compte sur Internet et, pour les personnes moins connectées, cela se concrétise par des courriers d’alerte en cas de fuite. Globalement, la mise en œuvre de la télérelève permet de parler des économies d’eau.