GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

Dans l’agglomération de Verdun (55), des kits pour réduire sa consommation d’eau distribués aux habitants

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Dans l’agglomération de Verdun, une distribution de kits « éco-logis » visant à encourager les économies d’eau potable a succédé à deux opérations de grande ampleur : un barème de tarification progressive plus juste après 2 ans de facturation à blanc , et la distribution de cuves de récupération des eaux de pluie. La collectivité se félicite d’une baisse conséquente de la consommation d’eau potable sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’une d’une pédagogie réussie ayant atteint son objectif d’inclusion des citoyens.

Il me semble important de partir d'objectifs clairs. Dans notre cas, il s'agissait à la fois de préserver la ressource en eau et de maîtriser les coûts pour les usagers.

Jean-François Thomas

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté d'agglomération du Grand Verdun ?

Jean-François Thomas : Plusieurs éléments ont contribué à amener ce sujet dans nos discussions : d’abord, la prise de compétence eau potable à l’échelle de l’agglomération dans le cadre de la NOTRe, effective au 1er janvier 2020, qui nous a conduit à travailler en étroite collaboration avec les maires de notre territoire pour construire une politique commune de gestion de l’eau ; en parallèle, une réforme importante engagée par nos services au niveau de la tarification de l’eau. Nous avons mis en place un barème progressif, avec une première tranche correspondant aux besoins essentiels (boisson, hygiène, lessive) et proposée à moindre coût, puis des tarifs plus élevés pour une consommation dite “de confort” (piscines, par exemple). Certains « gros » consommateurs bénéficient, de surcroît, de mécanismes tarifaires adaptés à leurs usages : établissements de santé, entreprises agroalimentaires par exemple.

La mise en place de cette réforme, qui nous a demandé près de deux ans de préparation, s’est accompagnée d’une facturation à blanc afin de permettre aux habitants de comprendre les évolutions à venir et d’anticiper leur impact. Mais, au-delà de la question tarifaire, nous souhaitions accompagner les habitants vers l’adaptation au changement climatique. Avec notre délégataire, Veolia, et avec le soutien de l’Agence de l’Eau, nous avons lancé une politique de distribution de récupérateurs d’eau de pluie, d’une capacité de 1 000 litres, destinés aux usages non-domestiques : arrosage d’un jardin, lavage d’une voiture ou d’espaces extérieurs. Plus de 3 000 cuves ont ainsi été distribuées sur notre agglomération.

Face au succès de cette démarche auprès des particuliers, nous nous sommes ensuite interrogés sur les moyens de poursuivre cet accompagnement auprès des habitants résidant en habitat collectif. C’est de cette réflexion qu’est née l’idée de distribuer des éco-kits pour encourager les économies d’eau. Ces kits, à retirer soit en agences Veolia soit lors d’opérations ponctuelles organisées dans les communes, sont proposés par des fournisseurs français et contiennent plusieurs limiteurs de débit, un régulateur de débit de douche et un sac économiseur WC.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Jean-François Thomas : Nous ne nous sommes pas particulièrement inspirés d'autres collectivités. Chaque territoire possède ses propres contraintes, ses propres usages et ses propres objectifs. Nous avons préféré construire progressivement une réponse adaptée à nos besoins locaux.

En revanche, nous sommes liés à Veolia dans le cadre d'une délégation de service public qui repose sur une véritable logique partenariale. Le délégataire n'est pas simplement un prestataire chargé d'exécuter une mission : il participe également à la réflexion sur les solutions à mettre en œuvre pour répondre aux enjeux du territoire. Tout au long du projet, nous avons entretenu un dialogue permanent avec leurs équipes. Elles ont apporté leur expertise technique, leur connaissance des retours d'expérience existants et leur capacité à identifier des solutions innovantes susceptibles d'être adaptées à notre contexte.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Jean-François Thomas : Je dirais que la pédagogie est sans doute l'élément le plus important. Lorsqu'on touche à l'eau, à sa tarification ou à ses usages, il est indispensable d'expliquer les objectifs poursuivis et les conséquences concrètes pour les habitants.

Nous avons mobilisé de nombreux supports : presse locale, réunions publiques, réseaux sociaux, télévision régionale, informations diffusées sur les factures d'eau ou encore relais dans les communes. Lorsque nous avons mis en place les facturations à blanc, nous avons largement communiqué pour éviter toute incompréhension. Et cette démarche de pédagogie a porté ses fruits. Entre 2019 et 2021, nous avons observé une véritable prise de conscience autour de la ressource en eau. Les premières réunions publiques étaient principalement consacrées à l'explication du projet. Quelques années plus tard, ce sont les habitants eux-mêmes qui venaient proposer des pistes d'amélioration ou partager leurs expériences.

Les questions étaient nombreuses, notamment autour de la récupération d'eau de pluie, de la déconnexion des réseaux ou encore des usages autorisés. Ces échanges ont contribué à enrichir la réflexion collective et à faire évoluer certaines pratiques. Je dois reconnaître que nous ne nous attendions pas à un tel niveau d'implication des citoyens. Le sujet de l'eau suscite aujourd'hui un intérêt beaucoup plus fort qu'il y a quelques années.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Jean-François Thomas : Nous n'avons pas réalisé d'étude de faisabilité ou d'étude d'impact préalable au sens classique du terme. Notre choix a été d'avancer progressivement tout en mettant en place des outils d'évaluation permettant de mesurer les résultats obtenus. : la phase de facturation à blanc a constitué un élément essentiel de cette démarche. Elle nous a permis de tester le dispositif, d'identifier d'éventuelles difficultés et d'ajuster certains paramètres avant sa mise en œuvre effective.

Nous nous étions également fixé un horizon d'évaluation à moyen terme afin de mesurer les effets réels de la politique menée. Les premiers résultats observés en 2025 montrent une baisse de l'ordre de 22 % des consommations concernées, ce qui confirme la pertinence des actions engagées.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Jean-François Thomas : Le financement repose sur un partenariat entre l'agglomération, l'Agence de l'eau et Veolia. Chacun des trois partenaires a contribué à hauteur d'environ un tiers du financement des dispositifs mis en place.

Nous avons également fait évoluer certains mécanismes déjà prévus dans le cadre de la délégation de service public. Des fonds initialement destinés à l'accompagnement des situations d'impayés ont pu être réorientés vers des actions de sensibilisation, d'équipement et d'accompagnement aux économies d'eau, le niveau d'impayés observé sur le territoire étant relativement faible.

Au-delà de l'aspect financier, cette mobilisation commune traduit un engagement partagé en faveur de la préservation de la ressource et de l'adaptation aux effets du changement climatique.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Jean-François Thomas : Trois acteurs ont joué un rôle central : l'agglomération, qui a porté la stratégie politique du projet ; Veolia, qui a apporté son expertise technique et opérationnelle dans le cadre de la délégation de service public ; et l'Agence de l'eau, qui a soutenu financièrement la démarche tout en participant aux actions de sensibilisation auprès des habitants.

La réussite du projet repose largement sur cette coopération entre acteurs publics et privés autour d'objectifs communs.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Jean-François Thomas : Je dirais que chaque territoire possède ses propres spécificités : il est donc difficile de formuler une méthode universelle. En revanche, il me semble important de partir d'objectifs clairs. Dans notre cas, il s'agissait à la fois de préserver la ressource en eau et de maîtriser les coûts pour les usagers.

Il faut également accepter d'expérimenter. Certaines initiatives fonctionnent immédiatement, d'autres nécessitent des ajustements et certaines peuvent être abandonnées si elles ne produisent pas les résultats attendus. L'innovation fait partie de l'action publique locale.

Enfin, je dirais qu'il ne faut jamais sous-estimer l'importance de la pédagogie. Expliquer, partager, écouter les remarques, accepter les critiques et prendre le temps du dialogue sont des conditions essentielles pour construire l'adhésion autour de projets qui touchent directement au quotidien des habitants.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2018

    La tarification progressive est actée

  2. 2019 - 2021

    Les premières factures à blanc arrivent chez les particuliers

  3. 2020 - 2021

    Phase de réunions publiques

  4. 2021 - 2026

    Distribution des récupérateurs d’eau de pluie

Chiffres clés

  • 3 000

    récupérateurs d’eau de pluie distribués

  • 22

    % de consommation d’eau en moins entre 2021 et 2026

  • 15

    % de baisse de tarifs en moyenne

À retenir

  • Entre 2021 et 2026, nous avons observé une diminution de la consommation d’eau de 22% : c’est la conséquence de l’utilisation de ces outils conjuguée aux efforts effectués par les habitants de notre agglomération

  • La maturité collective et les échanges avec la population nous ont donné le sentiment d’être en phase avec notre responsabilité collective sur notre territoire

  • Cet énorme travail administratif demande un engagement, tant en terme d’effectifs que d’encadrement juridique, qui doit s’inscrire dans un contexte législatif extrêmement préparé pour soutenir ce choix politique fort

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Rhin-Meuse

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