Eaukey (41) développe le traitement des eaux usées en container maritime connecté
L’originalité de la solution mise au point par Eaukey réside dans l’intégration de l’ensemble du processus de traitement des eaux usées dans un container maritime connecté. A la manière d’un dispositif « plug and play », cela permet une installation et une mise en œuvre rapides sur le site.
Une cinquantaine de stations de lavage de voitures ont adopté la solution Eaukey qui leur permet de réutiliser 70% du volume d’eau.
Les industriels et les collectivités s’y intéressent également pour le traitement et la réutilisation des eaux usées des stations d’épuration, ou l’épuration des réservoirs d’eau pluviales. Exemple avec la commune de Luçay-le-Mâle, dans l’Indre.
L’ensemble du dispositif de traitement est intégré dans un container maritime. Plusieurs tailles sont disponibles en fonction du volume traité. - Crédits photo : Banque des Territoires
Le fait de préparer à l’avance l’équipement du conteneur fait gagner un temps précieux, de même que son installation qui ne nécessite que des raccordements.
L'interview
Pouvez-vous nous décrire le projet de Luçay-le-Mâle (36) sur lequel votre entreprise est intervenue ?
Cette commune de 1 330 habitants fait face à un double problème : la qualité des eaux pluviales de son réservoir de récupération, et son souhait de pouvoir réutiliser les eaux de sortie de sa station d’épuration pour l’arrosage des espaces verts et le nettoyage de la voirie.
Comme tous les projets que nous traitons, ces deux sollicitations ont fait l’objet de propositions de solutions sur mesure élaborées par notre bureau d’études. Concernant le réservoir de récupération d’eaux pluviales, le problème réside dans la dégradation de l’eau stockée qui peut présenter des risques bactériologiques si elle n’est pas traitée. La solution réside dans l’installation d’un conteneur de petite dimension qui assure un traitement en continu.
Pour la réutilisation des eaux de station d’épuration, une étude plus poussée est nécessaire et il faut se tourner vers un équipement plus puissant avec une capacité de traitement de l’ordre de 10 mètres cubes à l’heure en l’occurrence.
Nos deux propositions sont en cours d’examen par le Syndicat des Eaux du Boischaut Nord auquel est rattaché Luçay-le-Mâle.
Comment la collectivité de Luçay-le-Mâle s’est adressée à vous ?
Nous sommes entrée en relation avec la collectivité de Luçay-le-Mâle à la suite d’une étude menée avec Ecofilae pour les usages des eaux de station d’épuration. Dans un premier temps, il s’agissait d’étudier la possibilité de réutiliser les eaux de sortie de la station d’épuration pour l’arrosage et le nettoyage. Ce cas de figure se présente de plus en plus car il constitue une alternative écologiquement responsable au recours à l’eau potable pour entretenir les espaces verts et nettoyer la voirie.
Les échanges ont fait apparaître une deuxième attente relative au réservoir d’eau pluviale. Celui-ci représente un volume important mais est utilisé de façon saisonnière ce qui réduit le renouvellement naturel et provoque donc une dégradation de la qualité du fait de la stagnation. Il s’agit là d’une solution différente à mettre en place pour traiter l’eau stagnante et la réintroduire dans le réservoir jusqu’à l’épuration complète puis le maintien en permanence du niveau de qualité souhaité.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ?
Les solutions proposées sont différentes et s’adaptent à la problématique soulevée. Dans le cas du traitement des eaux pluviales du réservoir, une cellule de traitement dans un conteneur de 10 pieds, c’est-à-dire de 3 mètres sur 2,50 mètres est suffisante. Le traitement physico-chimique en 4 étapes est contrôlé en continu et permet d'obtenir une eau conforme à la réglementation, prête à être réutilisée. Le raccordement est simple et la mise en service peut être réalisée en moins de 24 heures avec une capacité de 3 mètres cubes traités à l’heure.
Le cas de traitement des eaux de station d’épuration nécessite une étude plus approfondie et un équipement adapté au volume d’eau traitée. Selon les besoins, nous pouvons installer nos modules de traitement dans des conteneurs de plus grande dimension : 20 pieds (6 m x 2,5m) ou 40 pieds (12 m x 2,5m), avec même la possibilité de doubler l’installation. Dans le cas de Luçay-le-Mâle, l’objectif est de pouvoir assurer un traitement de l’ordre de 10 mètres cubes à l’heure. Nous installons notre module de traitement en sortie de station d’épuration avec la mise en place d’une borne de distribution d’eau traitée automatisée, pour des usages non potables.
Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?
Pour une collectivité, les avantages des solutions que nous proposons sont multiples. Le principal intérêt est la modularité et la souplesse d’adaptation des réponses que nous apportons. Notre bureau d’études élabore des solutions techniques sur mesure en fonction de chaque demande.
Le fait de préparer à l’avance l’équipement du conteneur fait gagner un temps précieux, de même que l’installation qui ne nécessite pas de travaux de génie civil mais simplement des raccordements demandant seulement quelques heures avant la mise en service. Il n’y a donc pas de surcoûts techniques et d’installation.
Il y a également un bénéfice financier indéniable puisque le mètre cube d’eau traité revient à environ un euro alors que le mètre cube d’eau potable se situe entre 3 et 5 euros.
L’autre grand intérêt réside dans la connectivité de nos équipements. Les services en charge de la gestion de l’eau peuvent suivre en direct les phases de traitement, les modifier éventuellement et être informés en temps réel des performances grâce aux données fournies en permanence. Nous avons aussi recours à l’intelligence artificielle pour améliorer et optimiser les process de traitement.
Dans un contexte de limitation de la ressource en eau, l’engagement de démarches de cette nature démontrent le sens de la responsabilité d’une collectivité.
Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre solution ?
Les solutions que nous proposons consistent à assurer le traitement des eaux usées en intégrant l’ensemble des processus techniques à l’intérieur de conteneurs maritimes, ces caissons métalliques conçus pour le transport de marchandises par cargos.
En fonction de la nature du traitement souhaité et du volume d’eau à traiter, nous utilisons des conteneurs de différentes tailles qui peuvent aller de 3 mètres à 12 mètres de long sur 2,5 mètres de large.
A l’intérieur du caisson, le traitement des eaux usées suit un processus automatisé en plusieurs étapes qui passe par des phases de décantation active, de double filtration par filtres à cartouche, avant un rééquilibrage du pH, suivi d’une double désinfection. L’eau propre peut ensuite être stockée, réinjectée ou réutilisée pour d’autres usages.
L’ensemble de la chaine de traitement est connecté et peut donc être contrôlé et piloté à distance. Des algorithmes d’intelligence artificielle améliorent en permanence la performance de l’équipement.
Du fait de sa modularité et de son conditionnement dans un conteneur, le dispositif peut s’installer facilement, sans travaux importants, et être opérationnel très rapidement après raccordement.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Du côté de la collectivité ou du client final, il n’est pas indispensable de disposer de compétences ou de connaissances techniques particulières avant de se lancer dans un projet de traitement des eaux usées ou pluviales avec notre solution. Les ingénieurs et techniciens de notre bureau d’études disposent de toutes les compétences nécessaires à la conduite et la réalisation du projet, quelle que soit sa nature.
Notre interlocuteur dans la collectivité concernée devra toutefois bien connaître les contraintes d’aménagement de son territoire, et notamment les conditions fixées par le Plan Local d’Urbanisme (PLU). L’installation de nos conteneurs de traitement des eaux de pluie fait simplement l’objet d’un déclaration préalable de travaux. En revanche, il faut prévoir un permis de construire pour l’implantation des modules de 12 mètres de long sur 2,50 mètres.
Enfin, une bonne connaissance de la règlementation relative à l’eau potable et à l’assainissement est souhaitable.
Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
Avant toute prise de décision, il est nécessaire de bien définir le besoin et d’établir un diagnostic précis de la situation au moment de la demande. Nous pouvons intervenir à ce premier niveau pour procéder aux analyses, calculs et estimations afin de bien dimensionner le projet.
La méthode ensuite réclame de la rigueur dans l’étude et la construction de la proposition. Elle sera très différente s’il s’agit de traitement des eaux de pluie ou de traitement des eaux de sortie de station d’épuration. Il convient donc d’avoir une bonne visibilité de la capacité d’investissement de la collectivité pour ce type d’installation qui peut aller de 20 000 à 500 000 € en fonction de la capacité de traitement.
Ces investissements sont ouverts aux subventions pour les collectivités et peuvent couvrir jusqu’à 70%. Nous pouvons assister les démarches auprès des différents interlocuteurs, et notamment l’Agence de l’Eau.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Les résultats concrets se mesurent au niveau de la qualité et de la quantité de l’eau restituée après les traitements. Selon l’état initial des effluents à traiter et en fonction de la complexité des modes de traitement, environ 50 à 70 % du volume d’eau peut-être réutilisé avec une qualité proche de l’eau potable.
En terme de volume de production, les capacités dépendent du dimensionnement de l’équipement et peuvent aller de trois à plusieurs dizaines de mètres cubes à l’heure.
Le résultat est aussi financier en permettant de diviser par quatre ou cinq le coût de revient de la ressource en eau (environ un euro le mètre cube recyclé contre 3 à 5 euros pour l’achat d’eau potable).
Il y a également un résultat très positif vis-à-vis de l’opinion publique qui est très sensible à toutes les initiatives visant à préserver et valoriser la ressource en eau.
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Nous sommes en train d’élaborer un projet très innovant de fabrication de nos équipements en faisant appel à une imprimante 3D de grande dimension prenant place dans un conteneur de 10 mètres de long sur 2,50 mètres de large. Elle pourra fabriquer automatiquement tous les bacs et les cuves dans l’ordre du process, à l’exception des circuits sous pression. Grâce à cette innovation, soutenue financièrement par la région Centre-Val de Loire, il sera possible d’automatiser en grande partie la fabrication d’une station de traitement et même de le faire à distance.
Nous travaillons aussi sur des projets de traitement des eaux industrielles dans l’agro-alimentaire, notamment pour la fromagerie Jacquin, bien connue à Selles-sur-Cher pour ses fromages de chèvre, où les besoins portent sur 80 mètres cubes d’eau à traiter par jour.
D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?
Autant les délais d’installation peuvent être très rapides, grâce à notre solution « plug and play », autant les délais d’études et surtout de procédures administratives peuvent demander du temps. Entre la première prise de contact et la mise en service, il peut parfois s’écouler deux ans. En revanche, une fois franchies les étapes des études préalables et des circuits administratifs, le délai moyen entre le passage effectif de la commande et la livraison est de deux mois environ.
La pose en elle-même est très rapide. Une journée suffit dans la plupart des cas si tout a bien été anticipé. Pour les équipements de station de lavage de voitures, il nous est arrivé d’en installer quatre dans la même journée en Corse où nous sommes bien référencés.
Une fois le module installé, une phase d’optimisation du système est réalisée à distance afin d’adapter les dosages et les différents paramètres selon les spécificités de l’installation. Il est ainsi possible de faire évoluer le process en continu grâce à sa connectivité.
Quelle était l'organisation de l’équipe projet ?
Pour la réalisation d’un projet de traitement des eaux de sortie d’une station d’épuration, il faut compter une équipe de 4 à 5 personnes. Le premier niveau de contact est pris par un chargé d’affaires pour analyser la demande, calibrer la solution et coordonner ensuite les différentes phases. Interviennent ensuite des spécialistes et des techniciens pour concevoir l’équipement, préparer tous les dossiers techniques et administratif, et assembler le module avant son installation sur site.