GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

Le syndicat des eaux du Fay (07) conjugue défi technique et bénéfices collectifs

Niveau d'expertise : intermédiaire

Pour faire face au manque d’eau dans ses 3 communes, le syndicat intercommunal des eaux du Fay (SIE du Fay) a décidé de puiser dans la ressource abondante de la nappe alluviale du Rhône, sur son territoire voisin, et de faire monter l’eau sur son secteur.

Elle a mis en œuvre 16,8 km de conduites, installé deux stations de reprise et construit un réservoir de tête de 1 200 m3. Un projet très ambitieux de sept ans pour lequel le petit syndicat des eaux a joué collectif !

Afin de partager cette eau remontée de la Vallée du Rhône avec les communes voisines, le SIE du Fay a choisi d’opter pour des conduites et un réservoir surdimensionnés par rapport à ses seuls besoins. Un pari sur les besoins à venir.

L’eau est notre bien commun, elle appartient à tous ! Nous devons travailler sur une vision de territoire. C’est le sens de notre projet, qui va au-delà du seul besoin des trois communes de notre syndicat en offrant à nos communes voisines une ressource en eau, pour aujourd’hui et demain.

Philippe Degombert

Comment le sujet s’est‐il imposé à l’agenda du syndicat des eaux du Fay ?

Philippe Degombert : Sur nos communes - Alba-la-Romaine, Saint-Thomé et Valvignères -, nous subissons le manque d’eau depuis vingt ans, nous souhaitions disposer d’une ressource supplémentaire. La communauté de communes du Rhône aux gorges de l'Ardèche (CCDRAGA), à proximité de notre territoire, nous a fait part de l’existence d’une ressource abondante : l’eau de la nappe alluviale du Rhône, sur la commune de Viviers. Nous avons décidé d’exploiter cette ressource et de remonter l’eau sur notre territoire. C’est ainsi que le projet est né en 2017, avec une première tranche de travaux pour faire monter l’eau de Viviers à Saint-Thomé, avant une deuxième tranche jusqu’à Alba-la-Romaine en 2019/2020, puis la création du réservoir et des stations de reprise en 2023/2024.

Patrice Jarnias : J’ajoute que, dès le départ, nous avons pris une décision importante en optant pour des canalisations de 250 mm, surdimensionnées par rapport à nos seuls besoins. Nous savions que les communes voisines pourraient être intéressées par cette ressource supplémentaire en eau. Nous avons fait le pari de penser collectif, sans demande de leur part. Ce pari s’est avéré gagnant puisque le syndicat Olivier de Serres profite aujourd’hui de cette ressource !

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Patrice Jarnias : Nous n’avons pas suivi de sources d’inspiration. Nous avons bénéficié des conseils de la communauté de communes du Rhône aux Gorges de l'Ardèche (CCDRAGA), qui a pointé une ressource en eau abondante, puis nous nous sommes lancés. Ensuite, nous avons fait appel à un cabinet d’ingénierie pour les études.

Est‐ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Philippe Degombert : Le cabinet RCI Rhône Cévennes Ingénierie a réalisé les études, en partenariat avec l’hydrogéologue Gilles Robin.

Remonter de l’eau sur un terrain aussi vallonné nécessitait des études poussées, pour le tracé du parcours et la gestion de la pression de l’eau. Nous n’avons eu aucun problème avec les propriétaires sur le tracé de la conduite : ils ont tous accepté les travaux. Nos habitants connaissent l’importance de disposer d’une ressource en eau supplémentaire.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Philippe Degombert : D’abord, il faut connaître le territoire et ses besoins. La force de notre projet, c’est de combler nos besoins immédiats, tout en anticipant l’avenir et les besoins globaux du territoire. La partie financement est également très importante : il faut avoir de bonnes notions en gestion pour mener un tel projet ! En tant qu’ancien professeur de gestion, cela ne m’a pas posé de problème. L’équation était complexe : il s’agissait de réaliser des travaux très ambitieux sans augmenter le prix de l’eau pour nos habitants.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a‐t‐elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Patrice Jarnias : Nous avons pris la décision de dimensionner le projet pour nous, mais aussi pour nos voisins. Nous avons investi dans des canalisations plus larges et dans un réservoir surdimensionné : deux cuves de 600 m3, et la possibilité d’en construire une troisième. Notre réservoir a été conçu comme un hub. Il est connecté à nos trois communes, mais aussi à celles du syndicat Olivier de Serres, qui a souhaité s’associer au projet. Des départs de canalisation pour Aubignas et Sceautres sont également prêts : à l’avenir, ces communes pourraient avoir besoin de se raccorder.

Comment avez-vous financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Philippe Degombert : Pour les différentes tranches de travaux - l’installation des canalisations, les stations de reprise, le réservoir de Téoulemale -, le budget total s’élève à 6 242 719 euros. Nous avons été soutenus par le Département à hauteur de 881 851 euros et, pour la construction du réservoir, par la Dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR) à hauteur de 800 000 euros, et par l’Agence de l’eau à hauteur de 536 705 euros. Pour l’autofinancement, nous avons contracté deux prêts, dont un Aqua Prêt de 1 million d’euros sur soixante ans auprès de la Banque des territoires.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Philippe Degombert : Outre le bureau d’études, déjà cité, nous avons travaillé avec les entreprises Berthouly, CBM et Audouard pour la partie génie civil. Nous sommes très satisfaits de leur travail, qui a répondu à un cahier des charges environnemental très ambitieux. Les 45 000 m3 de matériaux extraits du terrain ont été broyés et concassés pour être réutilisés sur place pour la réfection de la voirie et la réalisation du lit de pose pour les canalisations. Nous avons ainsi largement limité l’impact environnemental des travaux. Par ailleurs, le réservoir de Téoulemale est bien intégré dans son environnement, c’est une belle réussite !

Patrice Jarnias : Côté canalisations, nous avons voulu travailler avec un fabricant français : Pont-à-Mousson. L’équipement du réservoir a lui été réalisé par SAUR.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2017

    Réalisation des canalisations de Viviers à Saint-Thomé

  2. 2019-2020

    Réalisation des canalisations de Saint-Thomé à Mouleyras (Alba-la-Romaine)

  3. 2023-2024

    Construction du réservoir de Téoulemale et des stations de reprise

  4. 2025

    Construction d’un 3ème forage sur le territoire de la CCDRAGA

Chiffres clés

  • 16,8

    km de conduites installées

  • 2

    cuves de 600 m<sup>3</sup> dans le réservoir de Téoulemale

  • 3 160

    m<sup>3</sup>/jour prélevés pour le syndicat des eaux du Fay et le syndicat Olivier de Serres

À retenir

  • Un approvisionnement en eau potable sécurisé grâce à une nouvelle ressource durable, pour les 3 communes du Syndicat intercommunal des eaux du Fay et pour le syndicat Olivier de Serres

  • Aucun impact sur le prix de l’eau suite à ces travaux

  • Un impact environnemental très limité des travaux grâce à la réutilisation des matériaux extraits pour la voirie et le lit de pose des canalisations

  • Département de l'Ardèche

  • DETR

  • Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

  • Banque des territoires (Aqua Prêt)

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