GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

Figari, rehausser le barrage pour sécuriser l’alimentation en eau potable de l’Extrême-Sud (2A)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Dans l’Extrême-Sud, la question de l’eau est devenue très concrète : il faut pouvoir répondre aux besoins des habitants, de l’agriculture et de l’activité touristique, y compris après plusieurs mois secs. La Collectivité de Corse et l’Office d’Équipement Hydraulique de Corse ont engagé la rehausse du barrage de Talza-Figari.

Le projet intervient après la mise en conformité et le confortement de l’évacuateur de crues, réceptionnés en juin 2026. Il permettra de stocker 2 hm³ supplémentaires, tout en améliorant la sécurité du barrage face à une crue exceptionnelle, dite décamillénale.

Il fait partie de la stratégie opérationnelle 2022-2035 et d’un programme plus large qui vise à rendre l’alimentation en eau du Sud-Est de la Corse plus sûre et moins dépendante d’une seule ressource. Il prévoit 240 millions d’€ d’investissements sur la période, dont 140 M€ pour les grosses infrastructures et 80 M€ pour ouvrir un nouveau périmètre à l’irrigation agricole.

Notre objectif est de créer 16 hm³ de stockage supplémentaire et d’économiser 5 hm³ par an grâce à une politique de sobriété plus exigeante

Vannina Chiarelli-Luzi, présidente de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la collectivité ?

Le projet ne s’est pas imposé du jour au lendemain. Depuis plusieurs années, les sécheresses se répètent et les besoins augmentent dans l’Extrême-Sud, où la population estivale est beaucoup plus élevée et où l’agriculture dépend fortement de la disponibilité de l’eau. Le Plan de bassin d’adaptation au changement climatique (PBACC) a confirmé cette fragilité : il prévoit un risque de manque de stockage dès 2030 lors d’une année sèche, avec une situation qui pourrait encore se dégrader d’ici 2050.

La politique de l’eau adoptée à l’unanimité en avril 2023 a donc classé cette microrégion parmi les priorités. Le système repose principalement sur les barrages d’U Spidali, qui stocke 3,2 hm³, et de Talza-Figari, qui en stocke 5,7. Face à la récurrence des épisodes de sécheresse et à la nécessité de garantir la sécurité hydraulique des ouvrages, la rehausse du plan d’eau du barrage de Talza-Figari est apparue comme le moyen le plus direct d’augmenter la réserve disponible. Mais le barrage ne peut pas être pensé seul : le surpresseur de Portivechju et le renforcement des interconnexions entre Scupettu et Fraulettu sont nécessaires pour acheminer cette eau là où elle est utile.

Quelles sont les sources d’inspiration suivies pour se faire une idée du projet ?

Nous ne sommes pas partis d’une page blanche. Le projet s’appuie d’abord sur les règles nationales de sécurité applicables aux barrages de classe A, renforcées depuis 2018. Elles ont conduit à traiter ensemble deux sujets : mieux évacuer les crues exceptionnelles et augmenter le volume stocké. Les équipes ont aussi étudié des solutions déjà utilisées sur d’autres ouvrages. Le choix s’est porté sur un seuil PKW, ou « Piano Key Weir » : sa forme repliée, comparable à des touches de piano, offre une plus grande longueur de déversement dans un espace limité, sans avoir à surélever le corps du barrage.

Le PBACC et Acqua Nostra 2050 ont donné le cap général. Leur enseignement est simple : le stockage est indispensable, mais il ne suffit pas. Il doit être accompagné d’une consommation plus sobre, de réseaux plus performants et d’une meilleure circulation de l’eau entre les différents ouvrages.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Avant de décider la rehausse, il a fallu vérifier que le barrage pouvait l’accepter et que la solution retenue répondait à la fois aux besoins en eau et aux exigences de sécurité. Des études hydrologiques ont actualisé les crues de référence ; des études géotechniques ont examiné le comportement de l’ouvrage et de ses fondations ; des simulations hydrauliques ont comparé les solutions possibles. Elles ont confirmé l’intérêt du seuil PKW et permis de dimensionner la hausse de 2,60 mètres de la cote normale du plan d’eau. Le projet fait aussi l’objet d’études environnementales et de procédures réglementaires qui devront être achevées avant la phase de rehausse prévue à partir de 2027-2028.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser ?

Le premier enjeu est de faire travailler ensemble des métiers très différents. Les spécialistes de l’hydrologie évaluent les apports et les crues ; les géotechniciens vérifient la stabilité de l’ouvrage ; les ingénieurs en génie civil conçoivent les travaux ; les équipes d’exploitation veillent à ce que le barrage continue à remplir sa fonction. Il faut aussi maîtriser la réglementation, l’environnement, les marchés publics et les financements. Enfin, la conduite du projet compte autant que la technique : il faut organiser les phases, anticiper les risques, coordonner les entreprises et expliquer clairement les choix aux élus, aux usagers et aux habitants.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment assurer le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Le dimensionnement a été guidé par trois questions très concrètes : de combien d’eau le territoire risque-t-il de manquer, quel volume supplémentaire le barrage peut-il stocker en sécurité, et comment cette eau sera-t-elle distribuée ? Les projections du PBACC, les schémas hydrauliques et les données d’exploitation ont montré qu’un gain de 2 hm³ était pertinent. Ce volume prend tout son sens grâce au surpresseur de Portivechju et aux interconnexions, qui permettront de mieux utiliser l’eau stockée.

Pour l’adhésion du public, le sujet ne peut pas être présenté comme un simple chantier technique. Il faut expliquer qu’il s’agit de garantir l’accès à l’eau, tout en rappelant que de nouveaux ouvrages ne dispensent ni de réduire les fuites ni de faire évoluer les usages. Ces populations ont connu une longue période de restriction dans l’alimentation en eau potable et de l’irrigation à la fin de l’été 2025, et jusqu’à l’hiver. Dans ce contexte tendu, la pertinence d’une rehausse du barrage de Figari ne fait plus débat.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides obtenues ?

Le financement est partagé entre l’État et la Collectivité de Corse. L’État prend en charge 70 % du coût de l’opération dans le cadre du Plan de transformation et d’investissement pour la Corse (PTIC). Les 30 % restants sont financés par la Collectivité de Corse, au moyen d’une dotation d’investissement attribuée à l’OEHC, maître d’ouvrage. Ce montage permet de réaliser un investissement lourd sans faire reposer son financement sur le seul budget de l’Office.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité ?

Le projet est conduit par l’OEHC, mais il repose sur un travail collectif. Les services de la Collectivité de Corse suivent sa cohérence avec la politique de l’eau, tandis que les services de l’État interviennent sur la sécurité des barrages, l’environnement et le financement. Des bureaux d’études spécialisés apportent leur expertise en hydraulique, géotechnique et environnement. Les entreprises de travaux publics réalisent les ouvrages. Les communes, les intercommunalités, les agriculteurs, les professionnels du tourisme et, plus largement, les usagers sont directement concernés, car ce sont eux qui bénéficieront de la sécurisation de la ressource.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2023

    Adoption de la nouvelle politique de l’eau de la Collectivité de Corse et confirmation de la stratégie opérationnelle 2022-2035

  2. octobre 2024

    Démarrage des travaux sur le barrage

  3. mai-juin 2026

    Fin des travaux de confortement et d’élargissement de l’évacuateur de crues, puis réception publique de cette première phase

  4. 2027-2028

    Calendrier prévisionnel pour la réalisation du seuil PKW et le lancement de la rehausse, après les autorisations réglementaires et environnementales

Chiffres clés

  • +2 hm³

    le volume de stockage supplémentaire recherché

  • +2,60 mètres

    le relèvement de la cote normale, de 48,50 m NGF à 51,10 m NGF

  • 20

    M€ HT, l’investissement global de la Collectivité de Corse pour sécuriser la ressource dans le Sud-Est, en incluant la rehausse, le surpresseur de Portivechju et le renforcement des interconnexions

À retenir

  • Une réserve réellement augmentée : 2 hm³ supplémentaires, soit une marge précieuse lors des années sèches

  • Un barrage plus sûr : la rehausse est préparée en même temps que la mise aux normes de l’évacuation des crues

  • Une fenêtre de travaux réduite : le barrage doit assurer l’alimentation du territoire pendant l’été, ce qui impose d’interrompre les travaux de mai à octobre

Les partenaires du projet

  • Collectivité de Corse

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience