La réutilisation des eaux traitées pour l’arrosage de l’hippodrome de Cabourg (14)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
La Communauté de communes Normandie Cabourg Pays d'Auge réutilise les eaux traitées de sa station d'épuration pour humidifier les pistes de l'hippodrome de Cabourg.
Initié dès 2010 mais bloqué par l'ARS, le projet s'est concrétisé en 2023 suite aux sécheresses. Grâce à un système d'épuration par membranes produisant une eau de haute qualité et un dispositif d'arrosage sécurisé sans projection, 3 560 m³ d'eau potable sont économisés annuellement. Financé en interne avec le soutien de Veolia et du CEREMA, ce projet pilote autorisé pour cinq ans préfigure une extension du réemploi à l'hydrocurage des réseaux (2 000 m³ supplémentaires) et à d'autres usages municipaux.
La réutilisation des eaux traitées pour l’arrosage de l’hippodrome de Cabourg - Crédit : Normandie Pays d’Auge
Nous avons le devoir d'avoir une véritable politique volontariste et de ne pas gâcher l'eau potable. Et donc favoriser l’usage de cette eau de réemploi.
L'interview
Comment le sujet de la réutilisation des eaux usées s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Alors que j'étais président de la Communauté de communes en 2010, je me suis retrouvé à gérer l'installation d'une nouvelle station d'épuration, avec un système de filtration de l'eau par membranes. En voyant la qualité des eaux que l'on rejetait, j'avais alors proposé que l'on puisse réemployer ces eaux pour les utiliser sur l'hippodrome de Cabourg. À l'époque, il y avait un blocage dû au principe de précaution de la part de l'ARS.
À la suite de la sécheresse de l'année 2022, nous avons constaté notre besoin en eau. Il faut savoir que nous sommes dans un endroit crucial de la filière équine, et l'hippodrome de Cabourg a besoin d'environ 3 560 m³ par an d'eau pour humidifier ses pistes. En 2023, face à la sécheresse, j'ai donc porté un dossier auprès du préfet. Nous avons été réactifs, et cela s'est mis en place en moins de deux mois.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
L'expertise de Veolia, qui est notre délégataire, et celle du CEREMA. De profession, je suis pharmacien et chimiste : j'ai bien compris que l'inquiétude de l'ARS relevait de la façon dont nous appliquerions l'humidification sur la piste de l'hippodrome. Nous avons donc mis en place un système d'arrosage sur une lame trouée, à la manière d'une douche orientée vers le sol, pour éviter les projections. Pareillement, cette humidification de la piste ne se fait pas quand il y a du public.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
L'énorme avantage c'est qu'aujourd'hui la Communauté de communes a en charge l'assainissement et la GEMAPI dans ses compétences. Ces deux volets nous permettent de gérer la station d'épuration et tous ses rejets, épurés par des membranes hyper propres, et de mettre en place le réemploi. En se tournant aussi vers notre délégataire Veolia, nous avons travaillé ensemble avec des rendez-vous qui ont lieu mensuellement, pour bien expliquer l'intérêt de réutiliser les eaux de notre station, non seulement car elles sont très propres, mais aussi car c'est vraiment un besoin économique pour la filière. Veolia nous a naturellement apporté la certitude de l'innocuité de ce que l'on allait répandre.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous avons fait l'étude de faisabilité théorique. Avec le tracteur qui va humidifier la piste, nous avons bien compris que nous avions des risques de projection de quelques gouttelettes, et par principe de précaution nous avons donc créé un dispositif d'arrosage qui permet de limiter ces impacts théoriques. Nous avons repris tout ce qu'on avait déjà en bibliographie, ainsi que tout ce que Veolia nous a apporté pour constituer notre dossier.
Rose-Marie Vigorito-Somson, la directrice de l'hippodrome de Cabourg, nous a donné les chiffres des besoins pour humidifier la piste, en m³ suivant la température.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Pour la partie réalisation nous n'avons demandé aucune aide. Nous avions tout sous la main, il nous fallait une bâche, un gros tuyau… On l'a financé en interne. L'agence de l'eau nous a apporté une aide pour la partie des études, à hauteur de 80 %, pour un coût total de 74 423,90 euros.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Je pense à tous les acteurs qui avaient intérêt à ce que ce projet réussisse, comme l'Agence de l'eau, la DDTM, l’Agence régionale de santé, Véolia, le Trot.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Pharmacien de métier, j’ai conscience de l’importance de prendre en compte tous les paramètres. Dans ma logique d’élu, l'innocuité n’est pas négociable. Quand je me tourne vers mes interlocuteurs, je sais exactement où je veux aller. Pour l'hippodrome, nous avons pris les caractéristiques d’une eau à l'innocuité totale, les septs paramètres de l’eau, pour garantir un système d’une grande sécurité