Limoges (87) a un plan pour préserver sa ressource en eau
Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus récurrents, assortis d’arrêtés d’interdiction d’usage de l’eau, la Ville de Limoges a, dès 2014, pris différentes mesures pour préserver la ressource en eau : modification de son PLU afin de rendre 700 hectares aux espaces naturels, notamment des zones humides et aux espaces agricoles ; désimperméabilisation des cours d’école partout où cela est possible ; arrosage des espaces verts et des stades avec de l’eau de récupération (citernes d’eau de pluie, piscines, eau de l’aquarium) ; suppression des produits phytosanitaires...
En 2023, la municipalité a décidé de franchir un pas supplémentaire en adoptant le plan Limoges Eau Durable. Un programme ambitieux pour permettre à la Ville de rester longtemps encore « une ville d’eau et de nature ».
Limoges, ville d’eau et de nature - Crédits photo : Nicolas Barraud
À la fin de l’Empire romain, Rome s’est vidée de ses habitants parce qu’elle n’entretenait plus rien. Il faut se souvenir de cela. On est complètement dépendants de la façon dont on gère la ressource.
Comment le projet Limoges Eau Durable s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Mon histoire personnelle, à la campagne, m’a appris à mettre l’accent sur l’eau. J’ai vu combien elle était essentielle pour l'agriculture, les cultures, la biodiversité, mais aussi pour les hommes et les animaux. J’ai vu le climat se transformer, les sécheresses se multiplier. L’eau est essentielle à la vie, et il est évident que cette ressource précieuse doit être préservée. Il est de notre devoir de diminuer la consommation d’eau et de récupérer toute l’eau possible. Depuis des millénaires, l'Homme a cherché à récupérer et stocker les eaux de pluie. L’eau doit être traitée comme une richesse que l’on ne dilapide pas, exactement comme les finances publiques. En 2023, nous avons décidé de lancer le programme Limoges Eau Durable, avec un triple objectif : améliorer la qualité de l’eau et protéger les milieux, recycler et réutiliser l’eau, assurer la disponibilité de cette ressource pour tous. Le tout, avec l’ambition de réduire de 10 % les consommations d’eau potable d’ici 2030.
Deux mots clés résument notre démarche : sobriété et récupération. Sobriété d'abord, en dressant un bilan détaillé des consommations d’eau de la Ville. Cela nous a permis d'établir un plan de sobriété construit en concertation avec les directions municipales. Récupération ensuite, en étudiant l’installation systématique de récupérateurs d’eau dans chaque nouveau bâtiment municipal ou lors de travaux. Le déploiement de dispositifs connectés sur le réseau va également permettre de suivre les consommations en temps réel. Cela facilitera la détection rapide des fuites.
Le plan Limoges Eau Durable comporte également un volet Innovation en partenariat avec les lauréats du label Limoges durable, publics et privés. Ces collaborations porteront notamment sur la mise en place de solutions en matière de traitement et de préservation de la ressource. Une attention particulière sera portée à la question de l’utilisation des eaux pluviales et des eaux grises.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
J’écoute, je lis. Quand je découvre une proposition qui me paraît pertinente, je m’en inspire pour l’ajouter comme une brique supplémentaire à ce que nous faisons. L’expérience des autres est précieuse : elle peut apporter des solutions que nous n’avions pas envisagées et qui répondent à notre problématique. Je me suis notamment intéressé à la manière dont Israël retraitait son eau, et à la région de Valence (Espagne) où on a reconstruit les aqueducs de l’époque mauresque pour irriguer la plaine agricole qui produit une grande partie des légumes et des agrumes pour l’Europe. À Limoges aussi, nous avons des aqueducs, hérités de l'époque romaine, et qui draineraient toujours 2 500 m3 d’eau par jour. Il s'agit d'une eau de très bonne qualité qui, aujourd’hui, est détournée dans les égouts. Des études vont être menées pour réhabiliter ces trois aqueducs et leur redonner une utilité.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Le plan Limoges Eau Durable a attiré l’attention de l’Agence de l’eau, qui nous a contactés pour nous proposer de participer à l’appel à projets Sobriété. Comme nous avions déjà réfléchi sur le sujet, nous avons pu contribuer à la méthodologie à mettre en place. L'appel à projets a été ouvert à des entreprises publiques, avec la possibilité de déposer des candidatures avec un projet collectif commun. Tous ont obtenu des financements, dont une grande partie pour financer des études sur la sobriété.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Nous disposons de toutes les compétences nécessaires en interne. Ce projet ne nécessite pas de techniciens extraordinaires ou d'expertise ultra-pointues. Mais plutôt une réelle volonté et un peu de créativité. C'est avant tout un chemin guidé par une responsabilité politique forte.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le projet concerne l'ensemble de la ville, mais certains endroits sont plus pertinents pour l'installation de récupérateurs. Par exemple, nos serres et les terrains de cultures maraîchères, sur 15 hectares, qui font de Limoges la seule grande ville de France à disposer d'une régie maraîchère.
Au fur et à mesure des travaux dans les stades, nous prévoyons également d'installer de grandes citernes pour pouvoir arroser. De même, lors de la construction de nouveaux bâtiments, nous pensons toujours à l'arrosage des espaces extérieurs. Aujourd’hui, en rénovant les cours d’école, l'accent est mis sur la désimperméabilisation et la récupération des eaux de pluie. Au fur et à mesure des chantiers, on apprend à généraliser, tout en gardant une certaine cohérence. On ne peut pas faire n’importe quoi, n’importe où. Par exemple, sur une place, nous installons des récupérateurs d’eau sur les bâtiments voisins, non seulement pour arroser les arbres et les parterres mais aussi pour la rafraîchir en été. Petit à petit, nous élargissons notre champ de connaissances, et nos agents sont heureux de voir que l'on crée de la dynamique, de l’adaptation, de la rénovation et des projets.
Nous veillons également à associer les citoyens. Nous avons ainsi mené une campagne pour financer à hauteur de 50 % l’achat de récupérateurs d’eau, afin d'encourager les bonnes pratiques.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Nous avons estimé nos besoins à environ 800 000 € pour la première phase de sobriété. Cela inclut toutes les études, l’arrosage des terrains de sport ainsi que l’arrosage des serres. Nous avons reçu une aide financière de la part de l’Agence de l’eau, soit 550 000 €. Grâce à ce plan, le CHU a également reçu un soutien d'1,2 million d’euros et il va pouvoir atteindre ses objectifs de baisse de 10 % de consommation d’eau potable, avec notamment la pose de compteurs intelligents.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Ville de Limoges dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
C’est un projet clairement municipal, en lien avec le label Limoges durable, un label d’engagement dans les objectifs de développement durable de l’agenda 2030.