Limoges (87) rècupère l'eau des piscines pour l’arrosage des espaces verts
Pourquoi jeter ce qui peut être recyclé ? Une question qui s’applique également à l’eau des piscines municipales, sachant qu’elles doivent obligatoirement être vidangées une fois par an.
À Limoges, le sujet a été pris à bras-le-corps, et, depuis l’été 2022, l’eau vidangée des piscines couvertes ne part plus dans les caniveaux : elle est récupérée pour arroser les espaces verts de la ville, d’autant que ces vidanges estivales correspondent à la période la plus gourmande en termes d’arrosage.
La réalisation s’est avérée relativement simple, l’aspect technique étant assuré par le service des espaces verts de la Ville, qui disposait déjà de l’essentiel du matériel nécessaire. Le seul réel investissement a consisté, pour l’une des deux piscines concernées, à installer une vessie qui permet de stocker l’eau ailleurs que dans le bassin lui-même.
Pompage de l’eau dans l’une des piscines de Limoges - Crédits photo : Ville de Limoges_Alexis Bernardet
L’eau issue de la vidange des piscines allait au caniveau. Je me suis dit qu’il n’était tout simplement pas possible de traiter l’eau comme un déchet et non comme une ressource.
Comment la récupération de l’eau des piscines pour l’arrosage des espaces verts s’est-elle imposée à l’agenda de votre collectivité ?
La toute première réflexion est venue de la patinoire, qui devait être déglacée. Voir toute cette eau partir dans les caniveaux m'a semblé tellement absurde…
L'eau était traitée comme un déchet alors que c'est une véritable ressource ! J'ai donc proposé au maire, très sensible à ces sujets, de la récupérer. Malheureusement, récupérer l’eau de la patinoire s’est avéré trop compliqué : la glace fond très lentement et les volumes d'eau étaient insuffisants. c'est alors que nous avons pensé aux piscines couvertes, vidangées chaque été. Nous avons commencé dès l’été suivant avec la piscine des Casseaux, en centre-ville, puis celle de Saint-Lazare, chacune disposant d’une capacité d’environ 500 m3. En 2025, ce sera au tour du bassin couvert de Beaublanc, d'une capacité de 600 m3.
Un partenariat a également été scellé avec l’Aquarium de Limoges pour y récupérer de l’eau régulièrement, et la Ville de Limoges étudie aujourd’hui systématiquement la possibilité d’installer des systèmes de récupération des eaux pluviales lorsqu’elle construit ou rénove des bâtiments.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Mon expérience personnelle ! En tant qu'exploitant agricole, la gestion de l’eau et son stockage sont des préoccupations majeures. Je n'ai pas cherché de modèles existants, mais notre initiative a été une source d’inspiration pour d’autres villes. Le maire de Bruxelles nous a même contacté à ce sujet.
Est-ce qu’une étude de faisabilité ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Il n’y a pas eu d’étude formalisée, mais nous avons consulté nos collègues des espaces verts et l'Agence régionale de santé (ARS). La question était de savoir si on pouvait utiliser l'eau chlorée sans risque. Il s'avère que le chlore s'évapore naturellement au bout de huit à dix jours. L’ARS a simplement formulé une recommandation : ne pas arroser les terrains de sport par pulvérisation en présence de joueurs, pour éviter toute inhalation de gouttelettes, étant donné que cette eau n'est pas considérée comme potable.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
C’est un sujet qui est à cheval sur une double compétence : les services de sports gèrent les équipements, et la direction des espaces verts s’occupe de la récupération et de la réutilisation de l’eau. Il a fallu trouver une nouvelle organisation pour mettre en place le système de pompage et de stockage de l'eau. Une fois le process défini, il n’y a pas eu de difficulté particulière.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le diagnostic était simple : on ne pouvait pas continuer de gaspiller une ressource aussi précieuse que l'eau !
Quant au dimensionnement, il s’imposait de lui-même par la taille des piscines concernées. En termes de besoin, la saisonnalité était impeccable : les piscines couvertes ferment fin juin et cela correspond pile à la période où nous avons besoin d'eau pour l'arrosage des espaces verts.
Au-delà des économies financières réalisées, cette initiative permet d'arroser même en période de sécheresse, lorsque des arrêtés interdisent de puiser sur le réseau d’eau potable. Quant à l’adhésion des citoyens, elle a été spontanée !
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?
Le service des espaces verts disposait déjà de la plupart du matériel nécessaire : pompes de relevage, camions, cuves… Le principal investissement a été l’installation d’une vessie de stockage à la piscine Saint-Lazare, dans laquelle peut être transvasée l’intégralité de l’eau du bassin pour la conserver et l’utiliser plus tard. Soit un investissement de 10 000 euros, financé par la municipalité sur ses fonds propres.
En revanche, nous avons un projet d’installation de cuves enterrées d’une capacité de 3 000 m3, également à la piscine Saint-Lazare, pour récupérer le trop-plein quotidien. Une étude chiffrée à a été réalisée, et l’Agence de l’eau financera 50 % des travaux.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la ville de Limoges dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Hormis l’ARS, l’ensemble de ce projet a été réalisé en interne par les services de la Ville de Limoges.