GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

Projet AVIDE (47) : utiliser l’eau non « conventionnelle » pour irriguer les espaces verts

Niveau d'expertise : intermédiaire

Le projet AVIDE (Agen Ville Végétale et Désirable) est né de la volonté de la Ville d’Agen de réduire sa consommation d’eau potable pour l’arrosage des espaces verts et le nettoyage de la voirie, dans un contexte de sécheresse accrue.

Mené entre fin 2022 et septembre 2023, il a permis d’expérimenter l’utilisation d’eaux non conventionnelles, notamment les eaux usées traitées. Grâce à une technologie de filtration développée par l’IFTS, l’eau est traitée en ligne, directement dans les canalisations.

Cette innovation a été spécialement mise au point pour le projet AVIDE. Si la faisabilité technique et sanitaire a été démontrée, les coûts d’installation ont conduit la collectivité à repenser les modalités de mise en œuvre, sans renoncer à l’objectif de « zéro eau potable ».

Le projet AVIDE nous a permis de démontrer que, techniquement, l’utilisation d’eaux non conventionnelles est possible.

Mickaël Geslot

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le projet AVIDE s’est imposé à la suite de la forte sécheresse subie par la Ville d’Agen en 2023. La collectivité était déjà engagée dans une réflexion visant à réduire sa consommation d’eau potable, notamment pour l’arrosage des espaces verts et le nettoyage de la voirie. Deux usages qui ne nécessitent pas une eau de qualité potable. L’objectif était d’identifier des leviers afin d’économiser cette ressource tout en maintenant un cadre de vie agréable.

La présence sur la technopole Agen Garonne, à Brax, du cluster « Eau et adaptation au changement climatique » a facilité cette démarche. La Ville s’est appuyée sur cet écosystème pour explorer les solutions existantes et évaluer leur transposabilité à l’échelle du territoire agenais. AVIDE, acronyme de « Agen Ville Végétale et Désirable », est ainsi né comme un projet expérimental, d’abord destiné à vérifier la faisabilité technique, puis la viabilité socio-économique de ces solutions.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La Ville d’Agen a travaillé en étroite collaboration avec le cluster « Eau et adaptation au changement climatique », qui a mobilisé plusieurs partenaires scientifiques et techniques, dont l’IFTS (Institut de la Filtration et des Techniques Séparatives), l’INRAE et l’INSA de Lyon.

Un travail a également été mené à partir d’expériences conduites dans d’autres collectivités, notamment à Cannes et à Nice, afin d’identifier des solutions alternatives à l’eau potable dans un contexte de sécheresses répétées et d’interdictions préfectorales d’arrosage.

Le projet s’est concentré sur les eaux dites « non conventionnelles » : eaux de pluie, eaux de forage, eaux de ruissellement et eaux usées traitées, en étudiant les conditions techniques, sanitaires et réglementaires de leur utilisation pour l’arrosage urbain.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?

Ce type de projet nécessite une maîtrise fine des enjeux techniques, sanitaires et réglementaires, en particulier lorsqu’il s’agit de réutilisation des eaux usées. Le partenariat avec l’ARS (Agence régionale de santé) a permis d'encadrer les conditions d’utilisation de ces eaux et garantir le respect des exigences sanitaires.

La question de l’acceptabilité sociale s’est également posée. Certaines réticences ont émergé, notamment autour de l’idée d’arroser les espaces verts avec des eaux usées. Cela a mis en évidence la nécessité d’un important travail de pédagogie et d’information auprès des citoyens pour expliquer les traitements mis en œuvre et les garanties sanitaires associées.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Une phase d’étude et d’expérimentation a été conduite entre janvier et mai 2023 par l’IFTS, qui a développé un système de filtration spécifiquement dédié au projet : une filtration membranaire en ligne sur collecteur. Cette technologie visait à produire une eau répondant aux exigences de l’ARS.

Les essais réalisés ont confirmé la qualité attendue de l’eau traitée. Une seconde phase, en juin 2023, a consisté à chiffrer l’installation d’une unité sur le site de la place du Pin à Agen, en tenant compte des contraintes techniques liées aux réseaux existants et à la proximité d’un parc urbain.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le coût global du projet s’est élevé à 100 000 euros. Il a été financé à hauteur de 80 % par des subventions de l’Agence de l’eau Adour-Garonne et de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Ce soutien financier a permis à la collectivité de mener l’expérimentation et les études de dimensionnement, même si les coûts fixes associés à une installation pérenne, comparables à ceux d’une station d’épuration, se sont révélés trop élevés pour une mise en œuvre immédiate.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L’Agence de l’eau est également intervenue en tant qu’observateur, aux côtés de l’ARS, dans le cadre de l’appel à projets EC’EAU lancé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne en 2022.

Le cluster « Eau et adaptation au changement climatique », l’IFTS, l’INRAE, l’INSA de Lyon ainsi que Veolia ont également contribué au projet, chacun dans leur champ de compétences : recherche, ingénierie, expertise technique.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Je pense qu'il faut savoir s’appuyer sur un écosystème local de compétences. Le cluster « Eau et adaptation au changement climatique » d’Agen a joué un rôle prépondérant, notamment pour le montage financier et l’ingénierie du projet. Ce type d’accompagnement permet de gagner un temps considérable et d’optimiser l’efficacité des démarches. Les collectivités intéressées peuvent également se rapprocher directement de la mairie d’Agen pour bénéficier de retours d’expérience.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2022

    Début des réflexions sur le projet

  2. Janvier à mai 2023

    Intervention de l’IFTS pour l’expérimentation et le dimensionnement du projet

  3. Juin 2023

    Etude des coûts de mise en place et de fonctionnement de l’unité

  4. Septembre 2023

    Fin du projet sous sa forme initiale

Chiffres clés

  • 1

    année d’étude

  • 100 000

    euros, le coût du projet

  • 74 000

    m3, le besoin annuel pour l’arrosage des espaces verts et nettoyage de la voirie

À retenir

  • Forte mobilisation de l’ensemble des parties prenantes

  • Appui déterminant de l’Agence de l’eau et de l’IFTS

  • Coûts élevés des installations pérennes

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Adour-Garonne

  • Région Nouvelle-Aquitaine

  • INRAE

  • INSA de Lyon

  • Cluster Eau et adaptation au changement climatique

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