GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

Réutiliser les eaux de piscine pour l’entretien urbain : l’exemple d’Istres (13)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Depuis mai 2024, le stade nautique d’Istres alimente en eau les six balayeuses de la ville et de la métropole Aix-Marseille-Provence.

L’eau renouvelée chaque jour, auparavant rejetée dans le réseau, est désormais récupérée pour le nettoyage des voiries, parkings, cours d’écoles et bâtiments municipaux. Ce système, issu d’un audit mené avec la société Onsen, permet de réduire la consommation d’eau potable et d’électricité tout en optimisant la gestion des équipements publics.

Le dispositif, sécurisé et piloté à distance, s’inscrit pleinement dans la stratégie municipale de sobriété hydrique.

Aujourd’hui, voir nos balayeuses faire la file chaque matin pour récupérer l'eau des piscines réutilisée, c’est la preuve qu’on a changé les mentalités.

Karine Brémond

Comment le sujet de la réutilisation des eaux de piscine s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Karine Brémond : La réglementation sanitaire impose à chaque établissement de baignade collectif de renouveler quotidiennement 30 litres d’eau par baigneur, afin de garantir la qualité microbiologique des bassins. Cette exigence, fixée par l’Agence régionale de santé (ARS), représente plusieurs milliers de mètres cubes d’eau renouvelés chaque année pour un équipement tel que le stade nautique d’Istres. C’est de cette contrainte réglementaire qu’est née la réflexion municipale sur la réutilisation. L’idée a été de transformer cette contrainte réglementaire en opportunité, dans un contexte environnemental dans lequel les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et sévères.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Karine Brémond : J’ai cherché des exemples ailleurs : certaines communes, comme Châtellerault, Orly ou Limoges réutilisent déjà leurs eaux de piscine pour l’arrosage des stades ou les camions de pompiers. Ce n’est pas quotidien, mais cela nous a inspirés. En parallèle, nous avons été contactés par la société Onsen, basée à Lyon, qui venait pour un audit sur la gestion de l’eau de notre stade nautique. Leur diagnostic a révélé que nous pouvions mieux gérer notre consommation d’eau et d’énergie. Nous avons donc fait évoluer le projet pour aller plus loin : récupérer, stocker et réutiliser l’eau au lieu de la rejeter.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Karine Brémond : Ce type de projet nécessite une bonne coordination entre les services techniques, les directions du cadre de vie et du sport, et l’Agence régionale de santé. Nous avons vérifié avec l’ARS que le dispositif était conforme. Il faut bien poser les bonnes questions, car chaque région peut avoir une interprétation différente des règles. Nous avons dû ajuster notre dossier pour justifier l’utilisation de l’eau selon la réglementation. Aujourd’hui, c’est une démarche comprise et soutenue : agents, techniciens et élus ont tous adhéré à la logique de réutilisation.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Adrien Joffroy : L’audit technique réalisé avec la société Onsen a permis d’ajuster les équipements. Au départ, la pompe prévue était de 10 m³/heure, nous l’avons portée à 20 m³ pour répondre aux besoins des balayeuses et éviter les temps d’attente. L’emplacement du stade nautique est idéal, proche du centre-ville. Les six balayeuses (une municipale et cinq métropolitaines) remplissent leurs réservoirs plus rapidement qu’aux bornes classiques, ce qui améliore aussi les conditions de travail des agents municipaux. Le système est sécurisé par une clef et délivre environ 10 m³ par jour, six jours sur sept. L’eau est aussi utile aux pompiers et aux comités des feux de forêt durant la période de veille incendie.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Karine Brémond : Le projet, d’un montant total de 98 000 euros hors taxes, a été financé principalement sur fonds d’investissement de la ville. Nous avons également bénéficié d’une aide du département, d’environ 20 000 euros, et d’une prime EDF pour la partie liée à la performance énergétique.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la commune d'Istres dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Karine Brémond : La société Onsen nous a accompagnés pour le diagnostic et la mise en œuvre technique. En interne, les directions du cadre de vie, des sports et des services techniques ont travaillé ensemble. Nous avons aussi échangé avec la métropole pour organiser la récupération de l’eau par les balayeuses.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Karine Brémond : Le premier conseil, c’est de vérifier la conformité du projet avec l’ARS et d’adapter la solution à la typologie de la piscine. Ce qui fonctionne pour nous n’est pas forcément transposable ailleurs. Ensuite, il faut bien associer les services techniques dès le départ. Quand on voit aujourd’hui les agents faire la file pour récupérer l’eau à la piscine, on se dit que le message est passé. Nous sommes parvenus à changer les mentalités. C’est un projet positif, sans polémique, et qui donne du sens à notre action. La contrainte réglementaire est devenue une ressource.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Décembre 2022

    Lancement de la réflexion

  2. Août 2023

    Début des travaux techniques

  3. Mai 2024

    Mise en service du système

  4. 2028 - 2029

    Rentabilité économique estimée

Chiffres clés

  • 10

    m³/jour d’eau réutilisée

  • 3 000

    m³/an d’eau potable économisée estimés

  • 98 000

    euros HT de coût du projet

À retenir

  • Réduction des rejets et économies d’énergie

  • Adhésion des agents

  • Coordination entre acteurs et adaptation aux exigences de l’ARS

  • Département des Bouches-du-Rhône

  • EDF

  • Métropole Aix-Marseille-Provence

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