Sur le Mont Salève en Haute-Savoie, GTR sécurise l’alimentation en eau des alpages (74)
Dans un contexte de réchauffement climatique, les alpages de Haute-Savoie souffrent de pénurie d’eau durant la belle saison.
Pour permettre aux exploitants agricoles de l’Association foncière pastorale (AFP) du Salève de mettre leurs troupeaux de vaches en estive sur le Mont Salève, le cabinet GTR a sécurisé la ressource sur l’alpage de la Thuile. GTR a créé un impluvium pour récupérer et stocker l’eau et réalisé un réseau de 1,4 km pour alimenter huit abreuvoirs répartis en aval.
Cette installation, complétée par une citerne souple, permet de fournir 5 000 litres d’eau par jour aux 100 bêtes durant les quatre mois d’estive.
L’impluvium récupère l’eau de pluie sur une bâche de captation de 200 m2 et la stocke dans un bassin de 500 m3. - Crédit photo : cabinet GTR
Les alpages souffrent de pénurie d’eau pendant les périodes d’étiage, nous devons sécuriser la ressource pour maintenir le pastoralisme, précieux pour nos milieux.
Pouvez-vous nous décrire le projet de sécurisation de l’eau des alpages de la Thuile ?
Ce projet consiste à récupérer l’eau (de pluie ou de fonte de la neige) à 1 200 mètres d’altitude grâce à la création d’un impluvium, à la stocker, avant de la distribuer dans huit points d’eau en aval, répartis sur 80 hectares. Après avoir réalisé l’impluvium, nous installons un réseau de 1,4 km pour acheminer l’eau et créons ces points d’eau : des abreuvoirs placés sur des dallages en béton de 60 m2. Ces dallages nous permettent d’éviter la pollution des nappes liée au débordement de l’eau, aux piétinements et aux déjections du bétail. La préservation de la qualité des nappes est d’autant plus importante que nous nous trouvons en amont. Nous avons également mis en œuvre une citerne souple de 100 m3 reliée à une source, qui alimente un abreuvoir et sert de réserve en cas d’incendie, pour sécuriser des bâtiments communaux à proximité.
Comment l’Association foncière pastorale s’est-elle adressée à vous ?
L’alpage n’était plus exploité à cause du manque d’eau en été, et les agriculteurs de l’Association foncière pastorale (AFP) du Salève sont également soumis à la sécheresse en plaine. Ils ont fait appel à nous pour pouvoir remettre leurs bêtes en estive sur les alpages. Ce projet s’intègre dans une politique plus large du département autour du maintien d’une activité agropastorale dynamique. Le pastoralisme ne bénéficie pas qu’aux seuls exploitants agricoles : il permet d’entretenir les paysages et l’environnement, et de maintenir une culture montagnarde vivante.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ? Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?
L’impluvium fonctionne très simplement : une bâche couverte de roche concassée facilite le recueil de l’eau de pluie ou fonte des neiges, qui est stockée dans un bassin. Ensuite, un réseau achemine cette eau en aval vers des points de distribution.
Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte à un profane ?
En résumé, on recueille l’eau quand elle est disponible et on la stocke pour la mettre à disposition en période d’étiage. C’est très simple ! Ces projets sont importants dans un contexte de raréfaction de la ressource sur les alpages.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Les projets en alpages nécessitent une excellente connaissance du milieu montagnard et de ses contraintes. Sur ce projet, nous sommes sur un site Natura 2000, soumis à des normes environnementales exigeantes. Pour respecter la faune, nous devons intervenir hors périodes de nidification et de reproduction, donc à l’automne, et bien choisir les lieux d’implantation du réseau pour ne pas impacter le milieu. Par ailleurs, nous savons qu’il est parfois préférable d’acheminer les matériaux par héliportage : le coût et l’impact environnemental de ce transport sont inférieurs à ceux liés à la création d’une piste !
Enfin, il faut connaître le pastoralisme et entretenir des liens avec les agriculteurs.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
De rester à l’écoute, et de rencontrer tous les protagonistes concernés, les agriculteurs, mais aussi les différents acteurs du tourisme et des loisirs ! Lors de la conception, il faut penser à la coactivité, notamment avec les sports d’été et les randonneurs. Aujourd’hui, cette coactivité est un enjeu fort pour la vie de nos territoires montagnards.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Les résultats sont très concrets : grâce à cette installation, 100 bêtes peuvent revenir sur les alpages en estive, durant quatre mois. Ce projet participe au maintien du pastoralisme, nécessaire pour nos agriculteurs - qui produisent nos beaux fromages régionaux - mais aussi pour l’entretien de nos paysages sur les alpages.
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Nous développons les impluviums, ce projet est très représentatif de notre activité.
Plus globalement, nos projets répondent aux problématiques montagnardes liées au réchauffement climatique. Par exemple, à Pralognan-la-Vanoise, nous avons surveillé les volumes du lac du glacier du Grand Marchet, formé à 3 000 mètres d’altitude par la fonte des glaces. Ce lac s’agrandit au fil du temps, entraînant des risques d’inondation à Pralognan-la-Vanoise.
Nous réalisons également des surveillances topographiques d’ouvrages et de terrains, pour prévenir les glissements de terrain.
D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?
Le planning de ce genre de travaux étant contraint par la préservation de la faune et les contraintes météorologiques, nous intervenons généralement de septembre à fin novembre. Par ailleurs, comme les coûts sont importants, nous réalisons souvent nos travaux en trois fois : il faut compter en moyenne trois ans, par tranche de trois mois.
Quelle était l’organisation de l’équipe projet ?
Maître d’œuvre sur ce projet, nous sommes assistés par la Société d'économie alpestre de Haute-Savoie, qui apporte sa contribution à la gestion des alpages départementaux. Pour le volet TP, nous avons travaillé avec des entreprises locales, notamment Dumas Frères.