Un Rallye eau pour promouvoir les solutions autonomes d’abreuvement (87)
En octobre 2023, la Chambre d’agriculture de la Haute-Vienne a organisé une nouvelle édition de son Rallye Eau, une initiative lancée en 2018. Pendant une semaine, des visites de fermes ont permis de mettre en lumière des solutions autour de l’abreuvement autonome.
Parmi ces dispositifs innovants, les puits filtrants alimentant des abreuvoirs, des forages équipés de pompes solaires ou électriques, ou encore des systèmes de récupération d’eau de pluie avec stockage en citerne enterrée.
Des dispositifs qui permettent aux éleveurs de s’affranchir du réseau d’eau potable pour abreuver leurs animaux, et de pallier le risque d'assèchement des cours d’eau en été.
Les solutions autonomes pour l’abreuvement assurent au bétail un accès constant à l’eau - Crédits photo : Johannes Knies
Ces solutions autonomes d’abreuvement permettent non seulement de réaliser des économies substantielles sur les exploitations, mais aussi de réduire les prélèvements sur le réseau d’eau potable et de favoriser le bien-être animal.
L'interview
Comment le Rallye Eau s’est-il imposé à l’agenda de la Chambre d’agriculture de la Haute-Vienne ?
En 2019, une nouvelle équipe a été élue, avec la volonté de promouvoir activement les solutions autonomes d’abreuvement. Cette démarche s'inscrit dans un contexte où les sécheresses, de plus en plus fréquentes, ont conduit la Région Nouvelle-Aquitaine à mettre en place des aides à l’investissement pour les territoires soumis à des restrictions sur les prélèvements d’eau. Les solutions présentées lors du Rallye Eau permettent justement d'éviter de prélever de l’eau sur le réseau pour l’abreuvement des animaux.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les premières réflexions du Rallye Eau s'inspirent des pratiques des agriculteurs eux-mêmes qui avaient déjà anticipé les enjeux liés à l'abreuvement. C'est un sujet loin d’être anecdotique puisque l’abreuvement du bétail représente plusieurs millions de m3 d’eau chaque année dans le département d’élevage qu’est la Haute-Vienne. D’autant moins anecdotique que les sécheresses récurrentes ont mis la ressource en eau potable sous tension ces dernières années. De telles initiatives contribuent ainsi à soulager le réseau lors des épisodes de sécheresse. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, en Haute-Vienne, ces solutions autonomes pour l’abreuvement ont d’abord été initiées par des agriculteurs implantés dans le nord du département, fortement impactés par les sécheresses estivales.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Le Rallye Eau n'a pas donné lieu à une étude de faisabilité, car il s'agit avant tout d’une opération de communication. Cependant, on peut évaluer son impact à travers plusieurs indicateurs : le volume d'eau potable économisé, le nombre de projets lancés et le nombre d’agriculteurs soutenus. Il est toutefois important de noter qu'il existe un délai entre le moment où un agriculteur décide de lancer un projet, sollicite les aides, et celui où l'installation devient pleinement opérationnelle. En règle générale, ce processus prend entre deux et trois ans.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
La meilleure compétence, ce sont nos techniciens de terrain ! Ce n'est pas un travail qui peut se mener uniquement depuis un bureau. Il faut entretenir une véritable proximité entre la Chambre d’agriculture et les agriculteurs. Cela passe par une connaissance approfondie de leurs problématiques, par le fait de parler le même langage, d'avoir une connaissance fine du monde agricole.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la Chambre d’agriculture a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des agriculteurs ?
Convaincre les agriculteurs du bien-fondé du Rallye-Eau n'est pas un sujet en soi, car nombre d'entre eux sont déjà confrontés aux difficultés d'abreuvement du bétail durant l'été. Pour promouvoir l'événement, une communication ciblée a été mise en place, avec des articles dans la presse locale et l'envoi de SMS directement aux exploitants.
Le jour de la visite, tout était en place pour accueillir les participants sur les exploitations : des techniciens de la Chambre d'agriculture et de la DDT étaient présents aux côtés des agriculteurs, tandis que des professionnels réalisaient des démonstrations en direct, avec différents dispositifs d'abreuvement autonome. Une telle opération ne s'improvise pas : elle repose sur une préparation et une organisation rigoureuses en amont, orchestrées par les agents du Service eau de la Chambre d’agriculture.
Comment la Chambre d’agriculture a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
L’opération a été soutenue financièrement par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne et le ministère de l’Agriculture au titre du Casdar (Compte d’affectation spéciale développement agricole et rural), et le solde, en autofinancement.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Chambre d’agriculture dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
En 2023, la Direction départementale des Territoires est intervenue pour traiter les aspects réglementaires, tandis que l’Institut de l’élevage (Idele) a pris en charge la question de la consommation d’eau en bergerie. Lors de chaque visite d’exploitation, nous avons des professionnels qui sont présents pour expliquer les installations mises en avant et réaliser des démonstrations pratiques.