POLLUTIONS

Des cours d’eau à celle du robinet en passant par les nappes souterraines : comment mesure-t-on la qualité de l’eau ?

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Si allumer le robinet est devenu un geste parfaitement anodin, il cache en réalité un système d’une grande complexité. L’eau que nous buvons a d’abord circulé dans les milieux naturels, avant d’être prélevée, contrôlée, traitée, stockée et distribuée jusqu’aux points de consommation. Garantir une eau de bonne qualité nécessite donc de s’intéresser à l’ensemble des […]

Des cours d’eau à celle du robinet en passant par les nappes souterraines : comment mesure-t-on la qualité de l’eau ?

Contenu proposé par Aquagir

Piloté par la Banque des Territoires, le Programme Aquagir a pour mission centrale d'aider les collectivités territoriales à prendre conscience des enjeux de l'eau, à accélérer leur passage à l'action et à prendre en main le sujet de l'eau sur leur territoire. Il vise à stimuler l’émergence, à accompagner et à financer les projets des collectivités liés à la gestion durable de l’eau.

Si allumer le robinet est devenu un geste parfaitement anodin, il cache en réalité un système d’une grande complexité. L’eau que nous buvons a d’abord circulé dans les milieux naturels, avant d’être prélevée, contrôlée, traitée, stockée et distribuée jusqu’aux points de consommation. Garantir une eau de bonne qualité nécessite donc de s’intéresser à l’ensemble des maillons de la chaîne, depuis l’état des milieux aquatiques jusqu’aux mesures de conformité sanitaires et aux traitements de potabilisation.

La qualité de l’eau : un paramètre multifactoriel

Parler de “qualité de l’eau” peut sembler trivial. En réalité, cette notion recouvre une soixantaine de paramètres de différentes natures. Chacun de ces paramètres est assorti de limites destinées à garantir l’absence d’impacts sur la santé [1].

  • Les paramètres physico-chimiques décrivent les caractéristiques générales de l’eau : pH, température, conductivité, dureté, teneurs en certains ions ou minéraux…
  • Les paramètres organoleptiques concernent quant à eux ce que perçoit le consommateur : goût, odeur, couleur, limpidité. Ils n’ont pas toujours une valeur sanitaire directe, mais ils participent fortement à la confiance dans l’eau du robinet.
  • Les paramètres microbiologiques sont plus directement liés au risque sanitaire. Ils visent à vérifier l’absence de micro-organismes pathogènes, tels que bactéries, virus ou parasites. Leur présence peut traduire un défaut de désinfection, une contamination par des eaux usées ou un problème sur les équipements de captage ou de distribution.
  • À cela s’ajoutent les substances dites indésirables, comme les nitrates, le fluor ou les pesticides. Les nitrates peuvent provenir de phénomènes naturels, mais aussi de rejets agricoles ou industriels. Les pesticides, eux, rejoignent l’eau par ruissellement ou infiltration dans les sols.
  • Certaines substances toxiques font l’objet d’un suivi très strict : arsenic, nickel, chrome, sélénium, cyanure, hydrocarbures, mais aussi plomb ou chlorure de vinyle monomère, lié à certaines anciennes canalisations en PVC.
  • Enfin, la qualité radiologique est également surveillée, notamment dans les régions granitiques où certaines eaux souterraines présentent une radioactivité naturelle plus élevée.

Protéger les milieux aquatiques pour préserver la qualité de l’eau

Avant d’être une question de réseaux et de traitements, la qualité de l’eau est avant tout une question de milieux aquatiques. La directive cadre sur l’eau (DCE), adoptée à l’échelle européenne en 2000, fixe des objectifs et des méthodes pour atteindre le bon état des masses d’eau. Ces objectifs sont ensuite déclinés dans les SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) à l’échelle des bassins hydrographiques français.

Pour une eau de surface, ce bon état repose sur deux piliers : l’état écologique et l’état chimique.

L’état écologique apprécie la structure et le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Il mobilise des éléments biologiques (comme les espèces végétales et animales), des éléments hydromorphologiques, ainsi que des paramètres physico-chimiques. Des indicateurs tels que les indices invertébrés ou poissons permettent d’évaluer l’écart entre le cours d’eau observé et des conditions de référence peu ou pas influencées par l’activité humaine. L’état chimique, lui, repose sur le respect de normes de qualité environnementales vis-à-vis de valeurs seuils. Il est classé en deux catégories binaires : bon ou mauvais état chimique. [2]

Le mauvais état d’un cours d’eau peut engendrer des problématiques de natures très diverses. Il nuit à la biodiversité et peut engendrer la disparition d’espèces sensibles. La baignade peut devenir dangereuse, notamment lors du développement de bactéries ou de microalgues toxiques. La prolifération de végétaux envahissants via le mécanisme d’eutrophisation peut quant à elle contraindre le transport fluvial et même obstruer les systèmes de pompage et de refroidissement des centrales nucléaires. Enfin, si les traitements permettent généralement de potabiliser la ressource, les coûts de traitement augmentent significativement lorsque le niveau de dégradation est important. [4]

Le bon état des eaux souterraines est lui défini à la fois par son état chimique et son état quantitatif. L’état chimique est bon lorsque les concentrations en polluants d’origine humaine ne dépassent pas les normes et valeurs seuils, lorsqu’elles n’entravent pas l’atteinte des objectifs fixés pour les masses d’eaux de surface alimentées par les eaux souterraines considérées et lorsqu’il n’est constaté aucune intrusion d’eau salée due aux activités humaines (on parle de biseau salé). L’état quantitatif, lui, suppose que les prélèvements ne dépassent pas la capacité de renouvellement de la ressource, nécessaire au bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques. [2]

En France, l’eau potable provient à 62% d’eaux souterraines récoltées par captage ou forage de nappes profondes et à 38% des eaux de surface (fleuves, lacs, rivières) [3]. En ce qui concerne les eaux souterraines, le temps de transfert crée parfois un déphasage entre les pratiques en surface et leurs effets sur la ressource. La durée de ce déphasage dépend de la profondeur de la nappe et de la perméabilité du sol. Protéger les captages, notamment par des périmètres de protection, revient donc à sécuriser la ressource avant même le traitement.

Le cas de la source Perrier, qui a défrayé la chronique, illustre la fragilité de certaines ressources souterraines. Bien que ces captages plongent à plus de 100 mètres dans le sous-sol, la nappe reste vulnérable à la prolifération de bactéries et à la pollution diffuse aux nitrates et aux pesticides. Cela tient notamment à la géologie du sol, de nature karstique (c’est-à-dire constitué de calcaire), qui laisse pénétrer l’eau plus rapidement sans faire office de filtre naturel.

Par ailleurs, le changement climatique contribue à accroître les problèmes, aussi bien lors des sécheresses que lors des épisodes de pluie intenses. D’une part, le manque de rechargement hivernal de la nappe induit une concentration plus élevée des différentes sources de pollution. D’autre part, les fortes précipitations favorisent le phénomène de lessivage, venant charrier des matières fécales ou des eaux usées. [5]

Dans le cas de Perrier, le problème vient également du fait que les eaux minérales doivent, à l’inverse de l’eau du robinet, être non-traitées pour être commercialisées comme telles.

L’eau, l’aliment le plus contrôlé au monde

La directive européenne relative aux eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) vise à « protéger la santé des personnes des effets néfastes de la contamination des EDCH en garantissant la salubrité et la propreté de celles-ci. » Elle a remplacé la directive précédente de 1998 pour intégrer de nouveaux défis : changement climatique, nouveaux enjeux sanitaires, tensions qualitatives et quantitatives sur les eaux brutes, sécurité sanitaire, accès à l’eau potable pour les publics vulnérables... [1]

Avant d’arriver au robinet, l’eau est surveillée en permanence en différents points de son parcours, depuis son captage jusqu’à sa distribution en passant par les divers traitements de potabilisation.

Plusieurs acteurs interviennent pour garantir la qualité de l’eau :

  • La personne responsable de la production et de la distribution de l’eau (PRPDE) assure une surveillance permanente : protection de la ressource exploitée, vérification du fonctionnement des installations, analyses en fonction des dangers identifiés, ou encore études de vulnérabilité des systèmes de production et de distribution vis-à-vis d’actes de malveillance.
  • De leur côté, les Agences régionales de santé (ARS) mettent en œuvre le contrôle sanitaire indépendant, sous l’autorité du préfet. Elles établissent les programmes de prélèvements, font analyser l’eau par des laboratoires agréés, soumettent à expertise les résultats, surveillent les installations et informent les collectivités comme les consommateurs.
  • Enfin, l’ANSES (Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail) intervient également en évaluant les risques sanitaires liés aux micro-organismes ou polluants chimiques, l’innocuité des procédés de traitement et celle des matériaux en contact avec l’eau. [6]

Ce haut niveau de contrôle n’empêche néanmoins pas les inquiétudes et les non-conformités, puisqu’environ 19 millions de Français ont consommé au moins une fois en 2024 une eau jugée non conforme. Ces dépassements sont à l’origine de l’inquiétude de certains médecins, qui ont récemment qualifié la pollution de l’eau potable aux pesticides, aux microplastiques et aux PFAS de « menace systémique ».

Les sources de pollution de la ressource en eau et les traitements de potabilisation

La pollution de la ressource en eau peut avoir des origines multiples. Elle peut provenir des activités industrielles, via le rejet de produits chimiques comme les hydrocarbures ou d’eaux usées. Elle peut être liée à l’activité agricole, au travers de la trop forte concentration de matières agricoles ou de l’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais. A l’échelle des communes, elle peut être engendrée par des réseaux d’assainissement défectueux et par l’usage de produits cosmétiques ou chimiques. Enfin, des pollutions accidentelles peuvent également se produire avec le déversement accidentel de produits toxiques dans les milieux naturels.

L’eau prélevée dans le milieu naturel n’est donc pas nécessairement potable. Elle constitue une matière première qui doit être transformée pour respecter les normes sanitaires. La complexité du traitement dépend de l’origine et de la qualité de la ressource prélevée.

Les traitements les plus simples associent filtration et désinfection. Le dégrillage et le tamisage arrêtent les gros déchets puis les particules plus fines. La filtration, souvent sur sable ou charbon actif, retient les particules invisibles encore présentes. La désinfection neutralise les virus et bactéries pathogènes, par chlore, ozone, dioxyde de chlore, ultraviolet ou procédés membranaires. Une chloration finale permet de préserver la qualité microbiologique de l’eau dans les canalisations. D’autres traitements physico-chimiques peuvent être employés. La coagulation-floculation regroupe les impuretés en flocs qui peuvent ensuite être éliminés par décantation ou flottation. Des traitements spécifiques peuvent viser certains polluants : métaux lourds, fer, manganèse, ammonium, nitrates, pesticides ou micropolluants organiques. [9]

À l’échelle communale, les habitants peuvent accéder aux informations sur la qualité de leur eau. Les résultats du contrôle sanitaire peuvent être consultés en mairie et figurent dans une note de synthèse jointe à la facture d’eau.

Sources

[1] (lien externe, nouvelle fenêtre) [2] (lien externe, nouvelle fenêtre) [3] (lien externe, nouvelle fenêtre)[4] (lien externe, nouvelle fenêtre) [5] (lien externe, nouvelle fenêtre) [6] (lien externe, nouvelle fenêtre)[9] (lien externe, nouvelle fenêtre)

Pour aller plus loin sur des cours d’eau à celle du robinet en passant par les nappes souterraines : comment mesure-t-on la qualité de l’eau ?