POLLUTIONS

Actions préventives et traitement curatif pour éliminer les nitrates et les pesticides à Rang-du-Fliers (62)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

À Rang-du-Fliers, l’usine de traitement de l’eau potable du champ captant d’Airon-Saint-Vaast a été inaugurée en mai 2025. Elle dessert Berck, Verton, Rang-du-Fliers, Airon-Notre-Dame et Airon-Saint-Vaast, l’équivalent d’un bassin de population de 25 000 habitants. Malgré des actions préventives menées depuis 20 ans, la collectivité a engagé la construction de cette unité de traitement car des taux élevés de nitrate ont été constatés par l’Agence Régionale de Santé.

La collectivité a fait le choix stratégique de surdimensionner légèrement l’installation (...) portant la capacité potentielle à environ 35 000 usagers.

Bruno Cousein

L'interview

Comment le sujet de la qualité de l'eau s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet de la qualité de l’eau potable s’est imposé à l’agenda de notre collectivité, depuis vingt ans. Des actions préventives ont été mises en œuvre, notamment par l’adoption de pratiques agricoles plus respectueuses : réduction de certains intrants, plantation de haies et mise en place de dispositifs visant à limiter le transfert de polluants vers les nappes phréatiques. Ces méthodes dites « douces » visaient à agir à la source, pour réduire l’infiltration de nitrates et de pesticides sur les 2500 ha du champ captant d’Airon-Saint-Vasst. Malgré ces efforts de long terme, les résultats se sont révélés insuffisants.

En 2022, les diagnostics réalisés par l’ARS et l’Agence de l’eau, ont mis en évidence une dégradation continue de la qualité de l’eau, avec un risque à court terme de non-conformité pour la consommation humaine. Cette alerte a constitué un tournant décisif, imposant une réaction rapide de la collectivité. Face à l’urgence sanitaire et réglementaire, des solutions plus radicales ont été envisagées comme la création d’une usine de traitement, capable de dénitrifier l’eau et d’éliminer efficacement les polluants.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons surtout fait preuve de pragmatisme en étudiant cette option technique. Face à l’urgence imposée par les relevés des taux de nitrate, il fallait choisir la réponse la plus efficace, celle qui offrait un maximum de sécurité. Ce sujet de la pollution de l’eau est suivi depuis 20 ans par l'ARS et l'Agence de l’eau. Les valeurs s’imposent d’elles-mêmes. Il y a des périodes d’accalmie et des périodes de remontée, le constat est que nous n’avons pas vraiment trouvé de solution qui permet d'éradiquer le problème. Face à cette réalité, on ne peut pas se contenter de dire, peut-être que demain ça ira mieux, il fallait imaginer d’autres options. L'idée de l'unité de traitement s’est s’imposée car elle apporte une réponse immédiate et sécurisante. Elle traite et équilibre l’eau avant d’être réinjectée dans le réseau. Bien entendu, il y a des éléments favorables et d’autres qui le sont moins, les coûts notamment. Mais aujourd’hui, nous sommes persuadés d’avoir pris la bonne décision. Les résultats sont là grâce à ces actions curatives mais cela ne nous empêche pas de poursuivre en parallèle nos actions préventives.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Une étude préalable a bien été menée afin d’évaluer la faisabilité du projet et d’en définir les contours techniques. Elle a été déléguée à la maîtrise d’ouvrage sous contrôle de la CA2BM et de l’Agence de l’eau. Le chantier, réalisé sur environ deux ans, a permis de mettre en service cette unité de traitement garantissant une eau de qualité pour près de 25 000 habitants.

Dès la conception, la question du dimensionnement a été centrale. La collectivité a fait le choix stratégique de surdimensionner légèrement l’installation, afin d’anticiper les besoins futurs et de pouvoir desservir, si nécessaire, les communes voisines de la Communauté d’agglomération, portant la capacité potentielle à environ 35 000 usagers. Ce dimensionnement s’inscrit dans une logique d’interconnexion progressive des réseaux, facilitée par la structuration à l’échelle de l’agglomération. L’objectif était de disposer d’un outil adaptable, capable d’accompagner les évolutions du service et de sécuriser l’approvisionnement en cas de modification des captages.

L’implantation du site a également été réfléchie en amont : le terrain, mis à disposition par la commune, permet une intégration discrète dans l’environnement, avec un bâtiment conçu pour s’apparenter à une structure agricole.

Enfin, le fonctionnement technique repose sur une adaptation du système existant, sans nécessiter de lourdes extensions de réseau, grâce à un dispositif de traitement connecté en dérivation.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?

Avant de se lancer dans un tel projet, il est essentiel de maîtriser des compétences techniques, juridiques et organisationnelles spécifiques. La réalisation d’une unité de traitement de ce type nécessite le recours à des marchés publics adaptés et à des entreprises hautement qualifiées. La collectivité doit donc s’appuyer sur une assistance à maîtrise d’ouvrage afin de définir précisément le cahier des charges et de choisir les solutions techniques les plus pertinentes. Ce type de projet mobilise des expertises pointues que les opérateurs habituels de l’eau ne possèdent pas toujours en interne, d’où le recours aux marchés de conception-réalisation pour trouver les opérateurs qualifiés. Par ailleurs, le suivi technique est très exigeant, avec des outils de pilotage en temps réel qui nécessite de réelles compétences.

Concernant l’adhésion des citoyens, la communication joue un rôle central. Face à une sensibilité croissante aux enjeux environnementaux et sanitaires, il est indispensable d’expliquer les démarches engagées, les résultats obtenus et les limites rencontrées. La collectivité a organisé plusieurs actions d’information : supports de communication institutionnels et relais médiatiques. Elle a également justifié les coûts du projet en insistant sur leur étalement dans le temps et sur les bénéfices pour la santé publique. Cette transparence a permis d’obtenir une bonne compréhension et une confiance globale des habitants, sans nécessiter de véritable co-construction.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget global s’élève à 5,3 millions d’euros. Il a été supporté par la Communauté d'Agglomération des Deux Baies en Montreuillois. Les aides sollicitées ont été très nombreuses, les aides obtenues quasiment nulles, en dehors de l'Agence de l'eau qui nous a apporté 10% de subvention, donc 500 000 euros, et 15% d'avance remboursable, sous forme de prêt à taux zéro. Pour le reste, rien. C'est important de le dire parce qu'on parle de sécurité publique. Nous nous sommes retrouvés seuls au moment de financer, l'État n'était pas au rendez-vous. C’est un constat.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L'Agence de l'eau, et l’ARS, au démarrage. Ensuite, ce sont les services de l’agglomération qui font le lien avec la maîtrise d’ouvrage et les entreprises. L’Agence de l’eau est restée présente tout au long des travaux, elle poursuit désormais ses missions de contrôle. Donc, hormis la maîtrise d’ouvrage, il n'y a pas eu d'acteurs qui ont accompagné la collectivité.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Il faut anticiper les problématiques liées au climat parce qu'il ne faut pas s'attendre à de bonnes surprises dans ce domaine. Pour un projet comme celui d’Airon-Saint-Vaast, il n’y finalement que très peu d'aides à obtenir malgré l’enjeu de sécurité publique. S'il est tout à fait normal de pouvoir répondre à de tels enjeux, j'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi l'État ne prend pas sa part. Face à l’urgence de la situation et les injonctions de l’Agence Régionale de Santé, cette absence d’accompagnement de l’État a créé un sentiment d’isolement. D’autant plus que les délais imposés nécessitaient une réaction rapide. Nous nous sommes retrouvés coincés entre les attentes de l'ARS qui nous demandait de démarrer rapidement et les services de l'État qui disaient qu’aucun dispositif financier n’existait pour l'instant pour nous aider. Avec au milieu, un projet à 5,3 millions d’euros… Il faut espérer qu’à l’avenir ces sujets seront mieux pris en compte. Un tel budget impacte une collectivité, c’est une responsabilité qui devrait être partagée.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2021

    Début de la phase d’études

  2. 2022

    Lancement des travaux

  3. 27 septembre 2024

    Lancement de la phase de tests

  4. 28 mai 2025

    Inauguration officielle de l’usine de traitement

Chiffres clés

  • 5,3

    millions d’euros de budget

  • 250 000

    euros, le montant des frais de fonctionnement annuels

  • 10 800

    mètres cubes, le volume d’eau traitée chaque jour

À retenir

  • Nous connaissons désormais la composition de l’eau en temps réel. Ce suivi des produits qui entrent dans le processus de désinfection, ce qui en ressort en fin de process, la traçabilité est totale. C'est très important pour nous car ça permet de manager la qualité de l’eau. C’est un véritable système de surveillance qui permet de détecter la moindre anomalie et de la traiter.

  • Même si le poids économique d’un tel équipement est conséquent, ce que cela apporte comme bénéfices est tout à fait soutenable et compréhensible par la population. Les usagers préfèrent effectivement que les collectivités dépensent de l'argent pour des résultats probants, notamment en matière de santé publique.

  • Le côté négatif, c'est le poids de l’investissement global, 5,3 M d’euros, qui ne permet pas d’obtenir d'aides publiques. Face à un enjeu de santé publique, il faudrait pouvoir mutualiser le financement dès le départ afin de ne pas bloquer la décision ou tout du moins la faciliter. En parallèle, le coût de fonctionnement reste assez lourd, 250 000 euros par an.

Les partenaires du projet

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