Bassin de la Haute Ernée (53) : le développement concerté d’aménagements anti-érosion au service de l’eau potable
Situé au nord-ouest de la Mayenne, le captage de l’Ernée alimente 8000 habitants en eau potable.
Afin de préserver la ressource, la Communauté de communes de l’Ernée met en œuvre diverses actions sur le bassin, notamment le suivi de la qualité de l’eau et l’accompagnement au change-ment de pratiques agricoles.
Depuis 2021, des aménagements anti-érosifs sont également réalisés : plantation de haies, création de talus, de fascines ou de mares. Ces dispositifs réduisent le ruissellement des eaux, limitent l’érosion des sols agricoles et diminuent le transfert de produits phytosanitaires et de matières en suspension vers les cours d’eau.
13 agriculteurs volontaires se sont engagés dans l’installation de dispositifs anti-érosion prenant en compte les besoins de la collectivité et les contraintes des exploitants. - Crédits photo : Banque des Territoires
Le développement de ces aménagements, c’est une politique de petits pas, dans laquelle les agriculteurs comme la collectivité se retrouvent
L'interview
Comment le sujet des aménagements anti-érosion s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté de communes de l’Ernée ?
Aude Roby : Depuis l’arrêté définissant son périmètre en 2005, le captage prioritaire de l’Ernée fait l’objet de nombreuses actions pour préserver la qualité de l’eau. Celles-ci ont d’abord porté sur l’accompagnement des agriculteurs pour réduire les transferts de nitrates, avec des résultats positifs, puisque les analyses respectent les normes depuis 2009. Mais des produits phytosanitaires et des matières en suspension sont encore détectés dans l’eau. Historiquement, le remembrement a entraîné la disparition de nombreuses haies, qui jouent un rôle essentiel pour limiter le transfert de terre vers les fossés et les cours d’eau. Face à ce constat, la collectivité a développé, à partir de 2021, des aménagements anti-érosion. L’enjeu est à la fois environnemental, pour améliorer globalement la qualité de l’eau, et économique car la présence de polluants et de boues augmente les coûts de traitement.
Hugo Chemin : Près de 90 sièges d’exploitation sont situés sur le bassin de captage. En tant qu’animateur, mon rôle est de mobiliser l’ensemble des leviers disponibles pour améliorer la qualité de la ressource. Cela passe à la fois par l’accompagnement des agriculteurs vers des changements de pratiques, notamment à travers des dispositifs comme les mesures agro-environnementales, et par la mise en place d’aménagements anti-érosion.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Stéphanie Mareau : Nous avons avant tout été guidés par les enjeux de ruissellement et le constat de la disparition des haies sur le territoire. Sur le plan méthodologique, nous avons également tiré les enseignements d’expériences passées. La démarche habituelle est de faire réaliser le diagnostic sur l’ensemble du territoire par un bureau d’études, dont les préconisations sont mises en œuvre par la collectivité ensuite. Mais les passages successifs du bureau d’étude puis de la collectivité sur les exploitations ne sont pas toujours bien perçus. Même si la vue d’ensemble fournie par le diagnostic facilite le dimensionnement global sur le plan financier, cette approche introduit un délai entre le diagnostic et la mise en œuvre.
Par contre lorsque l’agent de la collectivité fait le terrain lui-même, le délai entre le premier contact et les travaux est raccourci. L’animateur se construit un réseau et peut aborder d’autres sujets avec les agriculteurs. Nous avons donc choisi de réaliser le terrain nous-même pour construire ces liens avec la profession agricole et saisir les opportunités de réalisation au fil de l’eau. Cette approche nous semble plus opérationnelle et plus fluide.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Hugo Chemin : Des connaissances de base en agriculture ainsi qu’en hydraulique douce sont nécessaires pour pouvoir adapter les aménagements et les installer aux bons endroits. Toutefois la compétence principale est celle d’animateur car la concertation est essentielle. Il s’agit de comprendre les attentes et contraintes des agriculteurs, tout en intégrant les enjeux de la collectivité en matière de qualité de l’eau.
En pratique, nous avons identifié les zones sensibles sur le terrain, puis nous avons contacté les exploitants et propriétaires concernés individuellement afin de proposer des solutions adaptées. Nous avons rencontré environ 60 % des agriculteurs et travaillé avec 25 % d’entre eux.
Lorsque l’agriculteur est volontaire, une convention est établie. La Communauté de communes prend en charge la création de l’aménagement. Le maintien et l’entretien sont à la charge de l’agriculteur.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Hugo Chemin : L’adaptation et le dimensionnement des solutions proposées se fait au cas par cas, via le travail de terrain sur les zones de ruissellement repérées. Nous réalisons une cartographie et un recensement en interne, sans toutefois qu’un rapport complet soit rédigé.
Stéphanie Mareau : Nous préférons mettre notre énergie dans les réalisations. Toutefois une étude de ruissellement est prévue dans le cadre de l’accord de territoire sur l’ensemble du bassin versant de l’Ernée, donc au-delà de l’aire d’alimentation de captage. L’objectif de cette étude globale est de mener un diagnostic quantitatif afin d’identifier des solutions pour retenir l’eau.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La démarche a été financée dans le cadre du contrat territorial Eau Colmont Ernée et désormais dans le cadre de l’accord de territoire Mayenne aval du lac de haute Mayenne. Le budget du volet “pollutions diffuses” dans le Contrat Territorial Eau 2020-2025, pour la Communauté de communes de l’Ernée, s’élève à 327 861 €.
Financement :
- Agence de l’eau Loire Bretagne, Région Pays de la Loire, Département Mayenne : subventions à hauteur de 80%.
- Communauté de communes de l’Ernée : auto-financement à hauteur de 20%, financés par le budget eau potable.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Entreprises privées locales et Lycée Rochefeuille : réalisation des travaux.
- Partenaires agricoles (CUMA, CA, CIVAM…) : démonstrations, conseil agricole.
- ARS, DDT, DREAL : accompagnement via le comité technique de l’aire d’alimentation de captage.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Aude Roby : Il est primordial de travailler dans le dialogue et la concertation, en s’appuyant sur une approche de terrain, dans un esprit d’accompagnement et non de contrôle pour continuer à travailler dans la confiance. Cela peut demander d’être patient.
Hugo Chemin : Le lien avec les agriculteurs est essentiel. Il faut les solliciter au moment opportun, en prenant en compte leurs contraintes et leurs calendriers. Il est intéressant de maintenir ce lien après la réalisation des travaux, car cela permet de voir comment évolue l’aménagement et s’il a vraiment un impact.