POLLUTIONS

Dans la Dombes (01), des essais de cultures zéro phyto

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Depuis 2020, la communauté de communes de la Dombes a mis en place une plateforme zéro phyto, afin d’essayer de nouveaux types de cultures.

Animée en partenariat avec la chambre d’agriculture de l’Ain, et avec un groupe d’agriculteurs locaux, la plateforme vise à répondre aux enjeux climatiques qui se dessinent, notamment le manque ou les excès d’eau. Il s’agit également d’identifier des espèces adaptées à la particularité des sols de la Dombes, très souvent limono-argileux battants et hydromorphes. Légumineuses, céréales, sont ainsi testées en rotations sur sept bandes.

Entourée de haies, équipée d’une mare, la plateforme constitue un site de formation pour les jeunes agriculteurs, et un espace de sensibilisation pour les enfants et le grand public.

L’objectif est de tester des cultures qui soient compatibles avec une démarche zéro phyto, adaptées aux caractéristiques locales, et, bien sûr, économiquement viables.

Anaé Degache

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté de communes de la Dombes ?

Le projet est né en 2020-2021, quand l’équipe des élus réalise que les parcelles à côté de l’étang ne sont plus exploitées. Avec la chambre d’agriculture, ils envisagent alors de mettre en place une plateforme d’essais agricoles, en lien avec le Projet alimentaire territorial, pour tester des cultures zéro phyto. La parcelle représente 6,5 hectares, avec un verger d’un hectare. La réflexion conduit à intégrer également dans le projet l’Isara, l’école d’ingénieurs agronomes et l’objectif va être de tester la rotation de cultures sur plusieurs bandes.

Sur notre territoire, il y a des problèmes de présence de pesticides dans l’eau, pour les cours d’eau, comme pour les captages. Nous n’avons pas de captages prioritaires sur la communauté de communes, mais les rivières ne sont pas en bon état : il y a des matières en suspension, des pesticides, des nitrates et des herbicides, et ces indésirables se retrouvent aussi dans les captages.

Cultiver davantage en zéro phyto permettrait de protéger la qualité de l’eau.

Mais ce sont de nouvelles pratiques, qui engendrent beaucoup d’incertitudes pour les agriculteurs. L’objectif de cette plateforme est de tester des cultures qui soient compatibles avec une démarche zéro phyto, adaptées aux caractéristiques locales, et, bien sûr, économiquement viables. La communauté de communes, avec cette plateforme, vient en renfort des agriculteurs pour éviter qu’ils prennent ces risques sur leur exploitation. C’est le principe : c’est la communauté de communes qui porte le risque et essaie ces cultures.

Aussi, en Dombes, le sol s’avère particulier : limono-argileux, il est hydromorphe : il garde l’eau lorsqu’il pleut, et par temps sec, il se craquelle. C’est très technique : il faut gérer les excès d’eaux superficielles en hiver et le manque d’eau en été.

En base de rotation, sur certaines bandes nous avons semé pendant deux à trois ans du trèfle, qui est une légumineuse qui possède la double qualité de structurer le sol avec ses racines et de capturer l’azote de l’air pour le redonner dans le sol. Nous le voyons ici, sur les bandes d’essais où pousse le trèfle, il n’y a pas d’excès d’eau : le trèfle a fait son travail, l’eau s’infiltre mieux dans le sol.

La culture en zéro phyto impose de repenser l’amendement en matière organique. Ici, les éleveurs apportent du fumier et repartent avec du fourrage produit sur les bandes d’essais.

Le taux de matière organique était de 1,7 en 2021, il a été mesuré à 1,9 en 2024 : la qualité du sol s’améliore. La valeur cible est de 2,2.

Les cultures testées ont été valorisées pour les cantines scolaires : les lentilles, les blés anciens ont pu être transformés en farine et des pains ont été fabriqués, qui ont été servis dans les cantines. Ce sont de petites productions, qui servent principalement à la sensibilisation. L’an dernier nous avons cultivé du petit épeautre en méteil avec de la féverole. Nous cultivons du méteil régulièrement, c’est un mélange de céréales et de légumineuses.

Toutes les cultures n’ont pas vocation à intégrer l’alimentation humaine, mais elles donnent toutes lieu, au minimum, à une valorisation fourragère. Cette année, nous essayons le pois chiche et le sorgho. Ce dernier est plus rustique que le maïs, il résiste mieux à la sécheresse. Il est également intéressant pour les éleveurs, il résiste mieux au désherbage mécanique.

Le site a été planté de haies également, qui servent de brise-vent, et stimulent la biodiversité en abritant notamment certains insectes auxiliaires des cultures. À ce titre, une mare a aussi été créée, qui permet aussi de mieux évacuer l’eau des lieux de culture. Une personne a installé des ruches sur le site, limitant à trois ruches, afin de ne pas faire concurrence aux abeilles sauvages.

Le site est ouvert au public, il est utilisé à des fins de sensibilisation. Des visites grand public sont organisées, pour la fête de la science notamment.

Enfin, le lieu est ouvert aux étudiants : deux lycées agricoles viennent réaliser des observations pratiques.

Aussi, des classes de CM1/CM2 de la communauté de communes participent à des pêches commentées de l’étang.

Des formations à la taille et à la greffe de fruitiers sont organisées sur le verger.

C’est un site support pour la formation des agriculteurs sur différents sujets : plantation et entretien des haies, préservation des sols et apports de matières organiques, aménagement pour les auxiliaires des cultures… etc.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons visité la ferme expérimentale d’Étoile-sur-Rhône, dans la Drôme, qui est portée par la chambre d’agriculture de la Drôme.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Il faut bien s’entourer, avec des partenaires compétents. La chambre d’agriculture ici est notre principal partenaire. Pour ce qui concerne les conseils techniques, nous bénéficions de l’accompagnement de David Stéphany, d’Alter Agro Conseil, conseiller indépendant qui maîtrise les pratiques alternatives, notamment issues de l’agriculture biologique.

C’est un projet qui prend beaucoup de temps, il faut être très présent. Deux conseillers de la chambre d’agriculture se consacrent à cette plateforme, ce qui permet de maximiser la disponibilité et aide à la communication avec les intervenants (CUMA de l’Abergement-Clémenciat, lycée de Cibeins…). Nous avons un groupe WhatsApp qui nous permet de communiquer avec les agriculteurs, et c’est très apprécié : nous nous en servons pour échanger des informations sur les itinéraires techniques et les formations. Un groupe d’une dizaine d’agriculteurs participe aussi régulièrement aux échanges techniques sur place à la plateforme AgroDombes. Beaucoup de contacts ont été noués grâce au projet de paiements pour services environnementaux, sur lequel la communauté de communes est engagée.

Voir le retour d'expérience sur aquagir.fr : La Dombes (01) déploie les paiements pour services environnementaux auprès des agriculteurs et des pisciculteurs

Le groupe d’agriculteurs qui participe à cette expérimentation intervient principalement sur le volet économique et technique. À leur demande, nous avons fait un essai avec la silphie, qui n’a pas été concluant mais nous a apporté des enseignements. Ce sont des agriculteurs en bio, et aussi en conventionnel, qui sont intéressés par l’aspect production alimentaire et fourragère.

Les vergers permettent de donner des formations aux habitants et aux agents communaux, sur la taille et sur l’entretien des fruitiers. La communauté de communes a offert des arbres fruitiers aux communes pour mettre en place des vergers communaux avec les habitants.

Il y a aussi de forts enjeux autour de la communication, c’est pourquoi nous réalisons des fiches sur certaines cultures, nous avons aussi une approche économique, pour comparer la valorisation et les marges selon les cultures. Au dernier comité de pilotage des démarches agroenvironnementales, nous avons sollicité les agriculteurs pour connaître leurs envies : ils veulent des vidéos, il y a aussi une demande de développer des fiches, une base de données, nous multiplions les canaux et les supports afin de pouvoir parler à tous.

Enfin, il faut faire le lien avec tous les programmes – PAT, PTGE, projet Life, animation du site Natura 2000…- qui sont développés sur notre territoire.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

L’Isara a réalisé pour nous une étude, afin d’identifier quels types d’essais nous pouvions mettre en place, et c’est avec cette étude à l’appui que nous avons mis en place ce système à six bandes de cultures.

Nous avons élaboré le dimensionnement petit à petit, à partir de la parcelle dont nous disposons. Nous avons avancé en faisant des essais. Il faut prendre en compte le fait que, bien que nous travaillions sur des surfaces limitées, quand c’est un échec, cela coûte de l’argent ! Nous restons donc mesurés dans nos prises de risque !

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement est d’environ 20 000 euros par an, cela inclut le temps de suivi, les travaux et les semences.

La communauté de communes est en partenariat avec la chambre d’agriculture, et le temps de travail des chargés de mission est pris en charge.

À l’avenir, nous espérons être accompagnés davantage financièrement, nous sommes en train de préparer une demande pour bénéficier de financements dans le cadre du « Contrat eau et climat » de l’Agence de l’Eau, notamment sur le volet temps de suivi et pour l’organisation d’événements. Nous voudrions étendre encore les essais avec les agriculteurs volontaires : des essais annuels de cultures ou de techniques.

Pour le moment, le financement est en fonds propres, le projet a aussi bénéficié de quelques financements de la chambre d’agriculture, dans le cadre du projet PEPIT, qui est un réseau de plateformes d’essais avec des chambres d’agriculture, dans le Rhône, la Drôme et en Isère.

Le projet PEPIT a permis la réalisation de posters, et une analyse économique a été réalisée avec l’outil Systerre développé par Arvalis : à partir d’un essai, une simulation est réalisée pour une exploitation agricole, en ramenant les résultats d’essais obtenus à la surface potentiellement exploitée sur la ferme et au matériel d’une ferme. Cela permet de mesurer l’intérêt économique des différentes cultures.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Il y a un grand nombre d’acteurs investis dans ce projet, avec, au premier rang bien sûr, le groupe d’agriculteurs pilote, constitué d’agriculteurs du territoire.

Le suivi technique, on l’a vu, est assuré par la chambre d’agriculture. Il faut signaler que le duo communauté de communes / chambre d’agriculture fonctionne très bien !

Cet appui technique est renforcé avec l’aide d’Alter Agro Conseil.

La coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA) de l’Abergement-Clémenciat est un partenaire clé également pour les différentes interventions (semis, désherbage mécanique, amendements etc.). Ce projet n’est cependant pas prioritaire pour nos partenaires, et ça peut être limitant en cas d’urgence, comme lorsque les fenêtres météos sont courtes. Pour le désherbage mécanique par exemple : tout le monde a besoin des outils au même moment ! Mais au final, ça fonctionne bien !

Les lycées agricoles sont aussi dans la boucle, ils viennent en visite au cours de leur formation. Quel que soit leur projet, c’est intéressant qu’ils puissent avoir cette approche.

Nous travaillons enfin avec les coopératives pour l’achat de semences. Là encore, la chambre d’agriculture est d’une grande aide. La Maison Marion est notre partenaire pour les semences bio.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

J’insisterais sur le fait qu’il faut bien analyser le fonctionnement de la parcelle : comment l’eau se comporte-t-elle sur la surface à cultiver ? Quels sont les cheminements qu’elle va emprunter ? Avec quelles conséquences ?

Il faut également être attentif à la qualité des sols.

Nous avons voulu tester rapidement des cultures, ce qui nous a menés parfois dans des impasses agronomiques : si c’était à refaire, nous laisserions tout en trèfle davantage de temps.

Aussi, nous n’avons pas suffisamment anticipé l’excès d’eau en hiver, dû à la nature du sol. Or, s’il est noyé tout l’hiver, ça ne donne pas envie, il y a aussi un enjeu d’image et de communication à prendre en compte avant de démarrer. L’état des parcelles va donner envie, ou non, de participer à ces expérimentations.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2020

    Lancement de l’animation technique par la chambre d’agriculture, animation d’un groupe d’agriculteurs, mise en place du suivi agronomique

  2. 2020

    Plantation de 650 mètres de haie champêtre autour de la parcelle

  3. 2020 - 2021

    Au verger, plantation de 160 arbres fruitiers et organisation de formations de taille et plantation d’arbres fruitiers à destination du grand public

  4. 2023

    Première distribution de lentilles produites sur la plateforme AgroDombes

Chiffres clés

  • 6,5

    hectares de culture

  • 4

    années d’essais agronomiques avec des résultats techniques et économiques

  • 755

    kg de féveroles récoltées en 2025

À retenir

  • Les agriculteurs ont envie de faire des propositions, de s’investir dans l’expérience

  • Nous avons eu des récoltes qui ont pu être valorisées dans les cantines

  • Nous sommes allés un peu trop vite, nous sommes en difficulté aujourd’hui pour la gestion de l’eau à la parcelle, nous avions envie d’avoir des résultats rapidement, or, l’agronomie prend du temps

Les partenaires du projet

  • Chambre d'agriculture

  • La Maison Marion

  • Coopérative d'utilisation de matériel agricole de l’Abergement-Clémenciat

  • Arvalis

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience