De Porto-Vecchio (2A) à Solaro (2B), la chasse aux mauvaises odeurs
Porto-Vecchio voit sa population passer de 12 000 à 80 000 habitants pendant la saison estivale. Les résidences secondaires représentent plus de 60% de l’habitat de l’une des stations balnéaires les plus prisées de Corse. Pour la cité de l’extrême-sud de l’île, célèbre pour l’exploitation du sel et du liège par le passé, l’alimentation en eau potable et l’assainissement des eaux usées représentent un véritable défi, surtout quand la ressource devient précieuse par ces temps d’une sécheresse quasi-chronique en Méditerranée.
Dimensionnement des équipements, entretien des réseaux, niveau d’investissement et coût d’exploitation ne sont pas les seules questions à maîtriser sur le long terme pour un territoire communal très étendu de 17 000 hectares. Il s’agit de traiter aussi les nuisances qui se manifestent pendant l’été. Sur le réseau d’assainissement, elles peuvent être olfactives, très sensibles au nez des riverains et des touristes.
Porto-Vecchio a imaginé avec son délégataire, la Société des eaux de Corse, la pose de capteurs intelligents disséminés sur plusieurs portions du réseau et des points névralgiques comme la STEP. Grâce à un pilotage autonome, ils calculent le dosage exact de Nutriox qu’il est nécessaire d’introduire au niveau de la station d’épuration et des postes de relevage, afin de neutraliser les mauvaises odeurs. Ces capteurs mesurent en continu les concentrations de H2S, un gaz inflammable, incolore, à l’odeur nauséabonde d’œuf pourri, très toxique, potentiellement dangereux.
Porto-Vecchio, l’une des stations balnéaires les plus prisées de Corse, a lancé la chasse aux mauvaises odeurs sur le réseau d’assainissement - Crédits photo : Banque des Territoires
L’objectif est de tendre vers le zéro plainte en 2025 pour des nuisances olfactives sur le réseau d’assainissement.
Comment la pose de capteurs intelligents contre les mauvaises odeurs s’est-il imposé à l’agenda de votre ville, Porto-Vecchio ?
La nécessité de traiter cette question est apparue à la suite de plaintes de riverains, notamment pour les résidences qui se trouvent à proximité du cordon littoral. Ces plaintes faisaient état de nuisances olfactives en lien avec les écoulements des effluents.
Par ailleurs, nous observions aussi des traces de corrosion sur les canalisations, liées au dégazage d’H2S et une dégradation des équipements sur le réseau. Un besoin de traitement et de prévention a été envisagé pour résoudre cette problématique. La pose de capteurs intelligents contre les mauvaises odeurs s’est imposée à nous. Elle a été adoptée depuis par les communes du Sivom du Cavo, toujours dans l’extrême-sud de l’île, dans le prolongement de notre littoral. Calvi et Ghisonaccia mènent la même expérimentation.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous avions un état de fait négatif pour lequel il fallait impérativement trouver une solution.
Nous avons échangé longuement avec le délégataire, la Société des eaux de Corse, filiale de Kyrnolia, sur les possibilités et sur les réalisations encourageantes déjà déployées ailleurs.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Une étude de faisabilité a été réalisée par le délégataire en 2023 avec une mise en application au printemps 2024. Nous avons été un laboratoire avec un objectif de résultat.
Les chiffres qui suivent démontrent le patrimoine à gérer et les installations nombreuses qui peuvent libérer des nuisances olfactives. Quelques données clés à retenir : 25 postes de relevage pour la commune, répartis en 2 branches, appelées Nord et Sud, 6 systèmes de régulation, 1 STEP de capacité 30 000 équivalents-habitant encore sous-dimensionnée mais au fonctionnement amélioré, et une charge DBO5 (kg/j) de 1800 à prendre en compte.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce mode de traitement des mauvaises odeurs ?
Il est nécessaire de s’appuyer sur les compétences aussi bien internes qu’externes, des services techniques de la ville et du délégataire, la Société des eaux de Corse. Nos expériences croisées sont un atout considérable pour avancer sereinement sur des sujets innovants.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le dimensionnement répond à une équation simple : trouver des solutions de régulation intelligente permettant d’ajuster finement les taux de traitement en respectant les garanties de résultats au niveau de la dangerosité pour les usagers et le personnel exploitant, de la suppression des mauvaises odeurs, de la maîtrise de la corrosion sur le réseau et les équipements.
C’est pourquoi la mise en place d’une injection en ligne de Nutriox, de façon intelligente et autonome, a été testée, sous forme de campagnes, sur le territoire Grand Sud, afin de confirmer ou non la solution envisagée. Il s’agissait aussi de sécuriser les interventions des équipes exploitantes en limitant leur exposition à un gaz toxique.
L’adhésion des administrés et des riverains est aisée quand on propose une solution claire et durable. Avec un effet garanti et immédiat pour eux : la suppression des mauvaises odeurs.
Comment la ville de Porto-Vecchio a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?
Dans le cadre de la DSP d’assainissement collectif, les coûts d’investissement ont été exceptionnellement portés par le délégataire, la Société des eaux de Corse.
L’objectif de limiter les nuisances permet de facto de réduire les interventions humaines sur les installations et de baisser la consommation des réactifs, ce qui se traduit par un gain de 20 000 € d’achats de réactifs (Nutriox).
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la ville de Porto-Vecchio dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les services techniques de la mairie accompagnent notre délégataire.