En Haute-Loire (43), des légumineuses au service de la qualité des sols et de l’eau
Dans le cadre du dispositif Écophyto, l’association Haute-Loire Biologique a mené une expérimentation pour acquérir des références sur des pratiques agricoles qui nécessitent très peu d’intrants, et évitent donc la pollution de l’eau, tout en améliorant durablement la qualité des sols.
Elle a piloté des tests de culture de légumes secs et de diversification des rotations auprès d’un collectif d’agriculteurs. Les résultats sont prometteurs : ces pratiques vertueuses sur le plan agronomique améliorent les rendements et la résilience des cultures face aux changements climatiques.
Une preuve que les pratiques agricoles peuvent être respectueuses de la qualité de l’eau et rentables.
Depuis qu’Emmanuel Volle a allongé les rotations de ses cultures de lentilles, il obtient d’excellents résultats de rendement. Sur cette parcelle, il cultive des lentilles tous les 5 à 8 ans. Entre-temps, il cultive du blé, de l’avoine, du seigle et du colza - Crédits photo : Banque des Territoires
On demande aux agriculteurs d’être vertueux sur le plan agronomique pour préserver la qualité de l’eau, mais il est nécessaire de leur apporter des outils structurants pour garantir des débouchées économiques aux productions issues de la diversification des rotations. C’est notamment l’objet du groupe BIOtonomies : mutualiser les moyens des agriculteurs engagés pour créer des filières en circuit court.
Comment ce projet de groupe Écophyto s’est‐il imposé à l’agenda de l’association Haute-Loire Biologique ?
Julie Grignion : Ce dispositif financé par l’Agence de l’eau pour encourager des pratiques vertueuses pour la qualité de l’eau intéressait les agriculteurs bio que notre association accompagne car le développement de la culture de légumineuses répondait à deux enjeux d’actualité. La nouvelle réglementation bio a imposé l’introduction des légumineuses dans les rotations et le plan protéines végétales permettait alors aux agriculteurs de prétendre à des aides pour développer la culture de légumes secs. Par ailleurs, les légumineuses améliorent la résilience des exploitants face aux changements climatiques : elles prospèrent dans une grande variété de conditions climatiques et sont plus résistantes à la sécheresse. Quant à la diversification des rotations, elle a du sens sur le plan agronomique mais aussi économique : dans un contexte incertain au niveau du climat et des marchés, les agriculteurs ont conscience qu’ils doivent diversifier leurs cultures pour sécuriser leurs revenus.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous n’avons pas suivi de sources d’inspiration. Nous avons bénéficié des connaissances des agriculteurs engagés, très motivés pour monter en compétences ensemble, et de l’expertise de notre association. Chez Haute-Loire Biologique, nous fournissons des accompagnements techniques aux agriculteurs bio ou en conversion.
En revanche, cette expérimentation a vocation à devenir une source d’inspiration, en faisant la démonstration de l’intérêt de pratiques vertueuses sur le plan agronomique : pour la qualité de l’eau, mais aussi pour le rendement des cultures.
Est‐ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Cette phase « émergence » du dispositif Écophyto est une étude. Durant un an, les agriculteurs ont expérimenté la culture de différentes variétés de légumes secs sur des bouts de parcelle et ils ont testé différentes rotations. Ils ont bénéficié d’une formation mais surtout de l’échange de pratiques entre pairs. C’est la grande richesse de ce dispositif : ces agriculteurs aux profils diversifiés ont pu échanger sur leurs retours d’expérience.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Pour mener une expérimentation comme celle-ci, il faut connaître les caractéristiques du sol et du climat. Il faut aussi comprendre le contexte agricole. Enfin, le travail de gestion de projet, d’animation et de mise en réseau est important.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des agriculteurs ?
Les agriculteurs étaient motivés par ce dispositif, car le développement des légumineuses et la diversification des rotations répondent à leurs problématiques et aux évolutions du marché et du climat. La seule limite, c’est qu’ils ont été rattrapés par la réalité des conditions météo, une grosse contrainte sur cette expérimentation d’une seule année.
Comment avez-vous financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Ce projet à 12 050 euros a été financé à hauteur de 6 025 euros par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, dans le cadre du dispositif Écophyto qui accompagne les initiatives permettant de limiter l’usage d’intrants agricoles et le lessivage des sols.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, cet appel à projets a été lancé par la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) et la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). Nous avons également été accompagnés par Romain Coulon, qui était technicien grandes cultures chez Bio63, pour la formation sur les légumes secs.