Des filtres à charbon actif sur le réseau d'eau potable de la Métropole Rouen Normandie (76)
La Métropole Rouen Normandie a implanté en 2024 un système de filtration par charbon actif en poudre (CAP) à l’usine de La Jatte, afin d’améliorer la qualité de l’eau potable en ciblant pesticides et PFAS. Ce choix s’inscrit dans une démarche proactive face à l’évolution des polluants et des normes.
Le CAP, injecté en continu avant ultrafiltration, permet une élimination efficace sans surcoût de renouvellement de filtres.
Le projet, d’un coût de 695 000 €, traite 24 000 m3/j. Il s’appuie sur des études comparatives et l’expertise de partenaires techniques, tout en anticipant les réglementations futures sur les PFAS.
Vue panoramique de la métropole de Rouen - Crédits photo : Métropole Rouen Normandie.
Aujourd’hui, on doit faire la différence entre la pollution de l’eau brute et la qualité de l’eau qu’on distribue. L’important, c’est de garantir une eau saine.
L'interview
Comment cet aménagement s’est-il imposé à l’agenda de la Métropole Rouen Normandie ?
La décision d’installer des filtres à charbon actif s’est imposée face à la présence croissante de PFAS et de pesticides dans les ressources en eau. Bien que le charbon actif ne soit pas une innovation, son efficacité contre ces polluants, couplée à l’absence de solutions alternatives immédiates, a motivé son adoption.
Le site de La Jatte, point névralgique du traitement et de la distribution, a été retenu pour concentrer les efforts. Le dispositif, opérationnel depuis un an, répond à un double enjeu : garantir une eau de qualité tout en préservant les substances bénéfiques.
L’objectif est aussi d’anticiper la future réglementation nationale sur les PFAS, prévue pour 2026.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les services techniques se sont inspirés de retours d’expérience sur d’autres sites, notamment des projets pilotes ayant démontré l’efficacité du charbon actif en poudre (CAP) pour le traitement des pesticides. La décision politique s’est appuyée sur les propositions du groupement d’entreprises en charge de l’ultrafiltration membranaire, qui a présenté des résultats d’études comparatives et des analyses de projets pilotes. Ces éléments ont permis de valider la pertinence du CAP, plus compact et adapté aux contraintes urbaines que les solutions conventionnelles.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui des études ont été effectuées à partir du moment où il y a des mesures d'adaptation en fonction des premiers résultats. Une première comparative sur deux filières de traitement des pesticides, orientant le choix vers une solution plus compacte (injection de CAP) ; une seconde sur le broyage in-situ du charbon, optimisant l’efficacité et réduisant les coûts d’exploitation. L’avantage du CAP réside dans son injection continue et son élimination totale par les membranes.
Cependant, le surcoût lié à la rotation rapide des filtres a été identifié comme un inconvénient majeur.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Je dirais de la documentation, de l’écoute, et surtout, s’entourer des bonnes personnes. Un élu n’a pas besoin d’être chimiste pour comprendre et décider. L’important, c’est d’avoir des experts autour de soi, des gens qui savent de quoi ils parlent. La volonté politique, c’est le moteur, le reste, c’est l’équipe technique qui le fournit.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
On a communiqué après coup, c’est vrai. J’ai fait des interventions, et il y a eu des journalistes qui sont venus poser des questions. On a expliqué que la pollution de l’eau brute, c’est une chose, mais que l’important, c’est la qualité de l’eau distribuée. Aujourd’hui, on respecte les normes, et on sera prêts pour 2026. Les gens comprennent qu’on fait ça pour leur santé, même si c’est compliqué avec tous les polluants qui traînent depuis des années.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Les financements de ce type d’installation se font toujours de la même manière, par le biais du budget. Concernant ce projet, aucune aide financière n’a été sollicitée. Concernant l’usine de la jatte :
- Coût de construction de l’atelier CAP (Charbon Actif en Poudre ) : 695 000 €
- Durée de la construction : 1 année
- Coût annuel du CAP en fonctionnement : 31 800 €.
Contrairement au CAG (Charbon Actif en Grains), il n’y a pas de renouvellement de filtre à proprement dit pour le CAP (Charbon Actif en Poudre) donc pas de surcoût lié. Le CAP est injecté en permanence dans l’eau à petite dose (4 mg/l) et est ensuite retenu et évacué par les filtres à membranes.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Métropole Rouen Normandie dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Tous les services techniques du technicien chimiste de terrain sur les tenants et aboutissants de la mise en œuvre.
- L’entreprise SOGEA, mandataire du projet (ultrafiltration + charbon actif), porteur de l’ensemble du projet.
- L’entreprise MEMBRATEC, en charge de la conception et de l'intégration du système de filtration membranaire, porteur des études pilotes et optimisation du traitement des pesticides par du CAP broyé. Le bureau d’étude NALDEO, en charge de la Maîtrise d’œuvre conception sur ce projet