Planter des haies et aménager des talus sur les parcelles agricoles pour endiguer l’érosion des sols et le ruissellement des intrants (61)
Chaque année depuis plus de dix ans, 1 à 2 kilomètres de haies sont plantés par le Syndicat mixte de restauration de la Haute-Rouvre dans le bocage ornais. Sur les parcelles des agriculteurs volontaires, des talus sont aménagés et des haies plantées, constituant des barrières végétales qui fractionnent les parcelles et freinent ainsi le phénomène d’érosion des sols agricoles, et le ruissellement des parcelles en cas de forte pluie.
Ces aménagements répondent à deux grands enjeux : la protection des rivières de la pollution agricole, en vue de protéger la ressource en eau potable prélevée dans les cours d’eau, et la protection de la biodiversité de la Rouvre, dont l’habitat est propice à plusieurs espèces protégées.
Un talus en bordure de parcelle, photographié juste après son aménagement – Crédits photo : Banque des Territoires
Nous nous sommes aperçus que même les parcelles agricoles les plus éloignées des cours d’eau peuvent générer des pollutions de l’eau
L'interview
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat ?
Au vu de mauvais résultats des différentes analyses de l’eau concernant les matières en suspension et les pesticides ; Dès l’année 2010, le Syndicat s’est intéressé au Bassin versant du territoire en effectuant des diagnostics de vulnérabilité. Avec une méthode développée par la Cellule d’animation technique pour l’eau et les rivières (Cater), nous avons scruté chaque parcelle et défini l’aléa du risque faible au fort, pour proposer ensuite au cas par cas des aménagements pour protéger la ressource en eau potable. Nous avons commencé à travailler avec les plantations de haies sur talus à partir de 2012. Depuis, nous enchaînons les projets chaque année, en plantant une moyenne de 2 kilomètres de haies par an.
Quelles sources d’inspiration avez-vous suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
J’ai observé ce qui se passait en Bretagne, avec le programme régional Breizh-bocage, qui accompagne les agriculteurs, particuliers et communes dans des projets de plantation de haies bocagères. Cela a été l’une de nos sources d’inspiration, sachant que nous avons un peu les mêmes problématiques de qualité d’eau et d’érosion, et que géologiquement le territoire ornais est dans le prolongement du territoire breton.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
En cartographiant le terrain, nous nous sommes aperçu que même les parcelles les plus éloignées des cours d’eau peuvent générer des pollutions de l’eau. Les entrées de champs, en bas de parcelles par exemple, rejoignent souvent des fossés qui ruissellent jusque dans les cours d’eau. Des particules de limon et d’argile s’en détachent avec les précipitations et finissent par se déposer dans les cours d’eau. C’est un problème pour les agriculteurs qui perdent du bon sol, et pour les rivières, dont la biodiversité se retrouve étouffée. Et les molécules chimiques fixées à ces particules, issues des pesticides, transfert vers les cours d’eau. Avec la création de talus et de haies, nous agissons sur l’érosion de surface pour freiner ce phénomène. Des études de vulnérabilité ont été faites, et nous ont poussé à proposer le maximum d'aménagements. Mais c’est ensuite beaucoup de négociation, car ces aménagements dépendent des démarches volontaires des agriculteurs et propriétaires.
Pour une collectivité voulant entreprendre un projet similaire, quelles sont les compétences principales ou sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Il faut bien identifier les problèmes de terrain et travailler avec un spécialiste sur ces compétences, à plein temps. Et surtout, bien comprendre qu’une partie du travail doit se faire en lien avec les agriculteurs, sur le long terme : c’est de l’animation de territoire. Je suis là depuis 2001, je commence à bien connaître les agriculteurs, et ils ont pu voir le fruit de notre travail. C’est tout une démarche qui s'inscrit dans le temps, pour que la confiance s’installe, c'est très important. Et puis, il faut faire preuve d’adaptabilité, c’est beaucoup de dialogue, essayer de comprendre les problématiques agricoles, et puis négocier. Il faut que les élus s’investissent également dans un tel projet. Et essayer de trouver une valeur économique pour les agriculteurs concernés.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Il faut mettre en lien publiquement le rapport entre nos travaux et les particules chimiques qu’on retrouve dans la rivière, et sur les coûts que cela implique pour la collectivité, comme l’investissement dans des stations de traitements, qui coûte aussi cher au citoyen via les impôts. Sur notre territoire, la collectivité a dû investir des millions d’euros dans une station de traitement d’eau potable pour traiter les pesticides, il y a quelques années. Nous faisons aussi des animations avec la Chambre d’agriculture pour montrer les aménagements de haies et talus réalisés. Nous sentons aussi l’impact du changement climatique sur le regard des citoyens et agriculteurs, sur l’importance de conserver les arbres autour du système agricole.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
L'Agence de l'Eau Seine Normandie (AESN) nous aide depuis environ dix ans, et finance ces travaux à 30 %. Nous sollicitons aussi le FEDER (fonds européen) à hauteur de 50%. Le Syndicat de la Rouvre prend en charge le coût du talus déduit des financements des partenaires (environ 5%) et le reste est à la charge du bénéficiaire (le plus souvent les agriculteurs) c'est à dire 15%.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le Syndicat dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les spécialistes de la Cater nous aident énormément. Sur leur site internet, il y a beaucoup de ressources techniques. Ils nous aident sur les modèles de vulnérabilités, ils ont un spécialiste zone humide, cour d’eau, bocage… La Cater organise aussi le réseau, et répond aux questions des nouveaux arrivants. Le Syndicat départemental de l’eau et le syndicat d’alimentation en eau potable du Houlme qui vend et traite l’eau potable ont aussi collaboré avec nous. Nous travaillons dans des milieux complexes avec beaucoup de variables, de produits chimiques, nous devons donc aussi faire appel à la recherche. Nous avons bénéficié de l’aide d'experts qui sont venus de Lyon, pour nous aider sur les mécanismes de transferts des molécules. Pour la partie plantation, nous faisons appel à des prestataires. Je fais moi même un peu de terrain, pour rester en contact avec les agriculteurs, ce que j’appelle aussi l’animation de territoire et qui est une part importante de mon travail.