À la suite de violentes crues, le Grand Cahors (46) réaménage en profondeur son entrée de ville
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
À la suite de crues violentes dans la zone commerciale de l’entrée de ville en 1996 puis en 2010, le Grand Cahors a décidé, en 2022, de mettre en place un Programme partenarial d’aménagement (PPA).
L’objectif ? Limiter le risque d’inondations en élargissant le lit du cours d’eau qui passe sous les constructions de la zone commerciale et redynamiser ce quartier urbain en déclin en permettant à de nouvelles entreprises de s’y installer et en donnant une plus grande place à l’habitat et aux mobilités douces. Près de 130 parcelles doivent être acquises par la collectivité dans les années à venir pour mener à bien ce projet.
Le projet implique de désimperméabiliser le sol pour permettre une renaturation du ruisseau du Bartassec – Crédits photos : Grand Cahors
Au vu du dérèglement climatique, la question n’est pas de savoir s’il y aura une prochaine crue violente mais quand elle aura lieu.
L'interview
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du Grand Cahors ?
Dans les années 1970, à l’entrée sud de la ville, a commencé à se développer une zone commerciale, autour de grandes enseignes de la grande distribution et de concessionnaires automobiles. Problème, ce quartier est traversé par un ruisseau, le Bartassec, qui, comme son nom l’indique, est à sec la plupart du temps mais peut déborder de manière rapide à la faveur d’un cumul de pluies. C’est ce qui est arrivé en 1996 puis en 2010 avec de violentes crues occasionnant d’importants dégâts matériels.
En 1996, un Plan de prévention des inondations (PPRI) zone rouge a été mis en place sur ce quartier. Le bâti a été gelé, les commerces n’ont plus eu le droit de s’y implanter, de s’agrandir ou de se moderniser. Le quartier a entamé son déclin. Les inondations, elles, n’ont pas cessé.
En 2010, des initiatives ont été amorcées par l’État, les collectivités et les propriétaires des commerces riverains pour limiter le risque inondation, sans conviction. Le projet a ensuite été relancé en 2021 et a abouti en juillet 2022 à la signature d’un projet partenarial d’aménagement (PPA) par l’État, la Communauté d’agglomération du Grand Cahors, les trois communes traversées par le Bartassec sur le secteur, l’Établissement public foncier d’Occitanie, l’agence de l’eau Adour Garonne et l’Établissement territorial de bassin du Lot. Ce dispositif nourrit trois ambitions : réduire la vulnérabilité du secteur par des travaux hydrauliques, accompagner le renouvellement urbain et commercial du quartier et renaturer le ruisseau du Bartassec de façon à ce que ce dernier puisse absorber une crue d’occurrence centennale. Aujourd’hui, le ruisseau coule sous une décharge puis sous des bâtiments commerciaux, sur un linéaire de trois kilomètres. L’objectif est qu’il contourne la décharge puis circule à nouveau l’air libre.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes beaucoup appuyés sur les projections du Cerema pour développer notre volet à la fois hydraulique et urbain. L’étude du Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) menée sur le Lot a montré que d’ici 2050, le département subira une alternance de périodes d’intenses sécheresses et de fortes pluies. Les sols secs, imperméabilisés, favoriseront le ruissellement et les crues seront de plus en plus intenses.
Nous avons également échangé avec d’autres territoires ayant des difficultés similaires comme Dax, Lacanau et Canet en Roussillon. Ces territoires sont confrontés au recul du trait de côte et doivent, comme nous, composer avec la question de la relocalisation du commerce.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Sur la partie compétence, il faut savoir porter un projet éminemment transversal, qui traite à la fois du volet urbain et hydraulique. Il y a par ailleurs une dimension foncière importante, avec l’objectif de construire une ville durable.
En ce qui concerne les citoyens, une première phase de concertation a été menée en 2015, suite à la crue de 2010. Depuis 2022 et la reprise du projet, nous avons proposé trois d’ateliers de médiation avec les propriétaires, les habitants et les commerçants du quartier… Premier objectif : faire un point d’étape du projet, c’est-à-dire expliquer la problématique aux personnes n’ayant pas la mémoire des inondations et du Bartassec en crue.
Le deuxième objectif était de montrer aux habitants la complexité du sujet. Ceux qui le suivent depuis une quinzaine d’années ont l’impression qu’il y a beaucoup d’inertie alors qu’en coulisses, un énorme travail est réalisé. Pour arriver à un programme hydraulique tel que le nôtre, nous avons dû étudier plusieurs scénarios avec différentes modélisations et des ajustements.
Il y a aussi le lourd volet réglementaire, qui n’est pas simple à appréhender pour le grand public. Par exemple, même si nous sommes dans une zone fortement anthropisée, nous avons dû réaliser un inventaire « faune/flore quatre saisons » afin de mesurer les effets des travaux sur les différentes espèces en présence.
Nous envoyons également aux citoyens un bulletin d’information trimestriel pour les tenir au courant de l’avancée du projet. Depuis quatre ans, nous recevons également, en réunions bilatérales, toutes les personnes impactées directement ou indirectement par le projet.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Oui, plusieurs scénarios ont été élaborés qui prenaient en compte les aspects financiers, fonciers et de faisabilité technique. Le processus réglementaire nous impose d’ailleurs de présenter toutes ces réflexions préalables et de justifier très précisément pourquoi nous avons choisi ce scénario plutôt qu’un autre.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L’État investit fortement à travers divers dispositifs (Fonds Barnier, fonds vert, FNADT, programme financier des PPA…). Le projet est par ailleurs lauréat du Plan de Transformation des Zones Commerciales et bénéficie à ce titre d’une subvention d’1 780 000 €. La région Occitanie et l’Agence de l’eau interviennent également au titre du Programme d’Actions et de Prévention des Inondations. Enfin, l’Établissement public foncier d’Occitanie (EPFO) co-finance les études liées à la stratégie foncière.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le Cerema, les bureaux d’étude, les partenaires financiers que sont l’État, l’Agence de l’eau, la Région et l’Établissement public foncier d’Occitanie. Ce dernier joue un rôle crucial : c’est lui qui acquiert les 130 parcelles nécessaires au projet, que nous rembourserons ensuite sur une période de dix-huit ans. Sans ce dispositif de « portage foncier », nous n’aurions jamais pu acquérir ces parcelles et investir en même temps des sommes conséquentes pour les travaux hydrauliques.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Un portage politique fort est indispensable : à chaque fois que le projet a connu des coups d’accélération, c’est parce que des élus se battaient pour le faire progresser. Le binôme État/collectivités se doit lui aussi d’être fluide dans la mesure où nous sommes interdépendants en termes de procédures et de finances. C’est l’avantage du PPA : il donne l’impression d’être une usine à gaz avec une énorme gouvernance mais il permet de tisser des liens étroits avec les partenaires. De fait, il ne s’agit pas d’un dossier classique avec des dossiers de subventions à remplir mais bien d’un projet co-construit avec des groupes de travail thématiques, au sein desquels chaque partenaire est représenté.