À Saint-Lyphard, une zone d’expansion limite le risque d’inondations (44)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Une prairie humide remblayée a été restaurée en zone d’expansion de crue. Cette zone tampon stocke et restitue l’eau lors de fortes pluies. Couplée à des travaux de réhabilitation du réseau d’eau pluviale, elle réduit la vulnérabilité aux inondations du bâti et restitue l’eau plus lentement vers les marais de Brière.
Avec cette solution fondée sur la nature, CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo redonne sa place à l’eau dans la commune de Saint-Lyphard (44) tout en intégrant des enjeux de biodiversité, de restauration des milieux aquatiques et d’adaptation du territoire au changement climatique.
La prairie humide restaurée offre une zone d’expansion de crue d’un hectare © Cap Atlantique 2026
L'efficacité de la zone d’expansion a été démontrée lors de période de fortes précipitations du début 2026, qui ont servi de premier test grandeur nature.
L'interview
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Claude Bodet : La commune de Saint-Lyphard est située sur un axe d’écoulement du bassin versant du Brivet. Parallèlement, le secteur était identifié comme l'un des neuf points noirs de l'agglomération avec des problématiques de gestion des eaux pluviales. L’eau, en provenance du bourg, s’écoulait dans un étroit fossé qui longeait les habitations, risquant de provoquer des débordements chez les riverains et à l’EHPAD situé en amont par la montée en charge des réseaux contraints à l’aval. En 2021, l’adoption du schéma directeur des eaux pluviales a permis de prioriser les interventions.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Claude Bodet : C’est tout le cycle de l’eau qui a été revu sur ce secteur. Le renforcement du réseau d’eau pluviale a été combiné aux enjeux du grand cycle. Un champ, remblayé par le passé, a été transformé en zone d’expansion des eaux d’eaux pluviales et de ruissellement. Les travaux ont restauré sa topographie naturelle pour lui permettre de jouer un rôle tampon. En cas de fortes pluies, l’eau est dirigée vers la zone où elle trouve un espace pour s’épandre. L’eau est ralentie. Elle est évacuée par une buse d’un diamètre plus petit qu’à l’entrée pour une restitution plus lente en aval, vers le marais de Brière. Dans le cadre de la Loi sur l’eau, la création d’un bassin technique dans une zone identifiée comme une zone humide aurait pu imposer une compensation en dehors de l’emprise de ce bassin. Il aurait été dommage de se contenter d’un simple bassin technique alors que nous pouvions faire un projet répondant à de nombreux enjeux : lutte contre les inondations, restauration des milieux aquatiques, qualité de l’eau, préservation de la biodiversité ou encore adaptation du territoire au changement climatique. Nous avons transformé une infrastructure technique en un espace valorisé.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?
Juliette Deniard : Une connaissance des enjeux du territoire et de la Loi sur l’eau est indispensable pour anticiper les enjeux liés aux zones humides et les transformer en leviers. C’est aussi un atout pour obtenir des financements comme le Fonds Vert.
Philippe Della Valle : Il faut aussi comprendre les besoins des espèces locales pour ajuster les niveaux d’eau avec des batardeaux pour permettre, par exemple, aux tritons d’accomplir leur cycle de reproduction. Il faut aussi identifier et connaître le fonctionnement des milieux rares. Les prairies humides oligotrophes sont pauvres en nutriments mais riches en espèces. À l’inverse, les mégaphorbiaies (végétation haute comme les roseaux) sont riches en nutriments, elles assurent la phytoépuration de l'eau en fixant le phosphore et les nitrates. Contrairement à un terrassement classique, le projet demande à l’entreprise de TP de maitriser la création de pentes douces pour accueillir différents gradients de végétation et ainsi favoriser la biodiversité.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Maud Danet : Un travail d’inventaire et de cartographie des eaux du territoire a été mené. Il a permis d’identifier les axes de ruissellement naturels et les espaces de débordement naturel historiques de l’eau. Une parcelle a été repérée du fait de sa topographie propice à l’accueil de l’eau. Le Porter à connaissance (PAC) sur les espaces de fonctionnement des ruisseaux et du ruissellement, naturels et dégradés a révélé qu’il s’agissait d’une ancienne prairie humide, remblayée par le passé pour la rendre cultivable.
Juliette Deniard : Parallèlement, une modélisation du bassin versant de collecte des eaux pluviales a été réalisée. La zone d’expansion est dimensionnée pour protéger le secteur contre des pluies correspondant à une période de retour de 30 ans (crue trentennale).
Philippe Della Valle : L’Atlas de la biodiversité communale (ABC), porté par le Parc naturel régional de Brière entre 2020 et 2023 à Saint-Lyphard, a mis en évidence la rareté des prairies humides oligotrophes sur le territoire, ce qui a orienté le projet vers la restauration de ce type de milieu.
Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Claude Bodet : Au début, les riverains craignaient l’aggravation des inondations. Une réunion, organisée un mois avant le lancement du chantier, a réuni de nombreux participants. Un habitant a proposé d’installer des buses de plus gros diamètres. Il a fallu expliquer la nécessité de ralentir l'eau en amont pour la restituer lentement vers les marais de Brière. Cela évite d’accentuer les problèmes dans des zones déjà saturées en aval.
Juliette Deniard : Un suivi de proximité a été mis en place. Un chef de projet était joignable par téléphone. Son numéro a été communiqué à l'ensemble de la population pour répondre immédiatement aux craintes et interrogations.
Claude Bodet : Tous ces échanges ont contribué à l’acceptation du projet. Suite aux épisodes pluvieux du début d’année 2026, les habitants ont vu l’efficacité de la zone d’expansion. Ils ont constaté la rapidité avec laquelle l’eau arrivait puis son évacuation. Certains riverains, qui ne dormaient plus les nuits de grosse pluie, nous ont remerciés !
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Claude Bodet : Sur la commune de Saint-Lyphard, CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo a investi 1 500 000 € TTC au titre de la compétence eaux pluviales sur le secteur des Aubépines et du Fauzard, dont 243 600 € TTC pour la renaturation de la prairie humide inondable. Ces travaux de renaturation ont fait l’objet d’une subvention au titre du Fonds Vert à hauteur de 70 % (soit max 170 520 € TTC). L'obtention de ce fonds a été facilitée par la capacité du projet à transformer une contrainte réglementaire avec la gestion d'une zone humide dégradée en une opportunité de génie écologique.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Ce projet a nécessité une coordination étroite entre les services du cycle de l'eau, de la biodiversité, de l'urbanisme et de l'agriculture de CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo.
Assistant à maitrise d’ouvrage : Balé SE
Maitre d’œuvre : EGIS EAU
Bureaux d’études :
- Terra Innova : gestion des déblais et revalorisation agronomique des terres
- GEORIVES : modélisation hydrogéomorphologique pour l’inventaire Territoire d’eau
- SAFEGE : Schéma directeur des eaux pluviales
Exécution des travaux de restauration : Charier TP Environnement
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Claude Bodet : Mon conseil est d’anticiper les problèmes. Les usagers n’ont pas conscience que la Loire-Atlantique peut aussi être confrontée à un manque d’eau. Il va falloir partager l’eau ! Il faut aussi profiter de tous les projets d’aménagement pour désimperméabiliser et créer des zones de fraicheur afin d’adapter le territoire au réchauffement climatique. Il est important de ne pas se fier uniquement aux pluies décennales comme repère. Désormais, il faut aller plus loin en intégrant le dérèglement climatique qui va multiplier les événements majeurs. Bien sûr, on ne peut pas systématiquement viser des ouvrages pour des pluies centennales car l’argent public reste limité. Nous devons optimiser nos actions et tenir compte de la réalité environnementale actuelle.