PRéVENTION DES INONDATIONS

Andres (62) : du diagnostic hydraulique à un projet global de résilience

Niveau d'expertise : intermédiaire

À Andres, la commune a engagé un schéma directeur de gestion des eaux pluviales, première étape d’une stratégie globale de résilience hydraulique. Le diagnostic mené sur l’ensemble du réseau, tant souterrain qu’aérien, a permis d’identifier précisément les zones de dysfonctionnement et les besoins de remise en état.

Mais la commune a choisi de dépasser la simple logique de réparation : elle s’engage dans une gestion plus durable et intégrée de l’eau.

Elle a ainsi répondu à un appel à manifestation d’intérêt de l’Agence de l’Eau pour créer des zones d’expansion de crue reposant sur des solutions fondées sur la nature. Ce travail constitue la base d’une réflexion d’ensemble, destinée à repenser le fonctionnement hydraulique de la commune, restaurer les milieux humides et renforcer la protection des habitants face aux aléas climatiques.

La commune repense aujourd’hui complètement son système hydraulique pour l’adapter aux enjeux actuels.

Allan Turpin

Pour quelles raisons ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la commune d'Andres ?

Cela faisait longtemps que nous observions des dysfonctionnements dans l’écoulement des eaux : fossés moins efficaces, débordements ponctuels, lenteurs inexpliquées dans le réseau souterrain. L’eau entrait correctement dans certains conduits mais ressortait difficilement, laissant supposer des obstructions ou des casses. Les inondations de 2023 ont confirmé ces doutes : problèmes d’écoulement, réseau saturé, fossés bouchés ou détournés de leur fonction.

Le diagnostic lancé en septembre 2024, appuyé par un passage caméra, a révélé la situation réelle : affaissements, amas de béton, gravats, raccordements incohérents et même des tuyaux sans exutoire. Dans ces conditions, l’évacuation de l’eau ne pouvait pas fonctionner correctement.

Cet état des lieux nous permet désormais d’intervenir de manière ciblée, de retrouver une connaissance précise du réseau et de rétablir une logique hydraulique cohérente. L’objectif est de mieux répartir l’eau sur l’ensemble du territoire, d’éviter les concentrations et de réduire la pression sur les communes situées en aval.

Ce diagnostic constitue une première étape. La commune repense aujourd’hui complètement son système hydraulique pour l’adapter aux enjeux actuels. Nous avons notamment répondu à un appel à manifestation d’intérêt de l’Agence de l’Eau pour créer des zones d’expansion de crue sur notre territoire.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies ?

Je reste constamment à l’écoute de ce qui se fait ailleurs et m’inspire des expériences réussies pour voir comment les adapter à notre commune. Je m’entoure aussi de partenaires compétents : je travaille par exemple avec l’association Restore sur un projet de mares, et avec Arnaud Gauthier, hydrogéologue et universitaire à Lille, sur les questions de gestion de l’eau. Leurs expertises nourrissent nos réflexions.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Avant de se lancer dans un tel projet, il est essentiel de maîtriser plusieurs sujets. D’abord, avoir une bonne compréhension du fonctionnement hydraulique d’un territoire : connaître les points hauts et bas, les zones sensibles, les écoulements naturels et les interactions entre réseau souterrain et fossés. Ensuite, la gestion de l’eau implique une dimension réglementaire importante : maîtrise des compétences entre la commune, l’intercommunalité et les différents acteurs, et une connaissance des dispositifs de financement mobilisables. Enfin, un tel projet repose aussi sur le dialogue : capacité à associer les habitants, à travailler avec des experts et à coordonner les partenaires institutionnels. C’est un ensemble de compétences techniques, réglementaires et relationnelles qui permettent d’avancer.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la commune a-t-elle assuré l’adhésion des citoyens ?

Nous n’avons jamais voulu imposer quoi que ce soit. Nous présentons les faits en réunion publique, puis nous échangeons pour faire émerger des solutions. Chacun apporte son vécu, son ressenti. C’est essentiel que les habitants s’approprient le projet. Je dis souvent : ce n’est pas un projet municipal, c’est un projet communal. Et cela change tout. Avec le schéma directeur, de nombreux habitants sont venus partager leurs expériences : « J’ai eu un problème ici », « Moi c’était là-bas ». Ces retours nous permettent d’aller plus loin que les simples réparations. Ils nous aident, par exemple, à identifier les zones pertinentes pour les futures zones d’expansion de crue, dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt de l’Agence de l’Eau.

Comment le projet a-t-il été financé et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le diagnostic représente un coût de 80 000 euros. Il a été financé à 70 % par l’Agence de l’Eau et à 10 % par la Région. L’étude liée à l’appel à manifestation d’intérêt, quant à elle, a été financée à 100 % par l’Agence de l’Eau.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L’Agence de l’Eau a été notre principal partenaire.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2023

    Inondations (problèmes d’écoulement, réseau saturé, fossés bouchés ou détournés de leur fonction)

  2. Septembre 2024

    Lancement du diagnostic

  3. Février 2025

    Lancement de l'AMI

  4. Février 2025

    Restitution du diagnostic

Chiffres clés

  • 80 000

    euros, coût du diagnostic

  • 80 000

    euros, coût de l’étude pour l’AMI

  • 1 520

    habitants, population protégée

À retenir

  • Les moyens importants mobilisés par l’État, le conseil départemental et le Conseil Régional après les inondations de 2023

  • La possibilité de résoudre des problèmes anciens et d’anticiper ceux de demain grâce au diagnostic, et une population pleinement embarquée dans une démarche beaucoup plus globale

  • La difficulté à trouver les bons interlocuteurs, ce qui est démobilisateur pour les petites communes dépourvues de DGS, et la difficulté d’être écouté par la communauté de communes, qui impose les projets

  • Agence de l'Eau Artoie-Picardie

  • Région Hauts-de-France

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