Ault (80) redéploie des réseaux qui s’intègrent dans un vaste projet de réaménagement du centre
Bordée par une falaise fragilisée par les assauts de la mer et l’infiltration de l’eau de pluie, la commune d’Ault a mené un projet global pour se protéger des inondations et d’éventuels effondrements.
Dans le cadre du PAPI Bresle-Somme-Authie, le Syndicat Mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard a piloté, pour la commune, l’imperméabilisation des espaces publics et redéployé les réseaux d’assainissement et d’eau potable. Alors que ces derniers longeaient la falaise, ils passent désormais par l’arrière et le haut du village, et leur capacité a été doublée.
La gestion des eaux pluviales et usées s’est accompagnée d’un nouvel aménagement du cœur de ville (piétonisation, mobilier urbain) pour limiter l’impact des visiteurs sur la falaise et surtout renforcer l’attractivité de la commune.
La requalification des espaces publics prévoit un espace dévolu aux piétons plus généreux - Crédits photo : SMBS-GLP
Les travaux nous ont permis d’éviter des inondations et ils ont renforcé l’attractivité de la commune.
Pour quelles raisons une nouvelle gestion des eaux pluviales et des eaux usées s’est-elle imposée dans l’agenda de votre commune ?
C’était clairement une nécessité. Ault dispose d’un littoral de falaises d’environ trois kilomètres. Le recul du trait de côte est inéluctable en baie de Somme et déjà tangible dans notre commune. Les falaises de craie sont attaquées, à la fois par la mer à leur base, et par l’infiltration des eaux pluviales sur leur hauteur. En avril dernier, un morceau de falaise s’est détaché pendant la tempête Pierrick. Il ne s’agissait pas d’un éboulement majeur mais il est aujourd’hui certain que d’autres éboulements se produiront. La commune est d’ailleurs couverte par un plan de prévention des risques littoraux (PPRL) depuis 2001. À Ault, les réseaux d’assainissement, d’eau potable et électrique longeaient jusqu’alors la falaise. Nous nous devions de les redéployer et d’imperméabiliser la falaise pour éviter que si un jour elle s’écroule, elle emporte tout avec elle ! Nous avons travaillé main dans la main avec le Syndicat Mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard à qui nous avons délégué la maîtrise d’ouvrage, et sommes allés plus loin en profitant de ces travaux pour réaménager complètement le centre-bourg.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
En tant que valleuse, Ault est assez spéciale dans sa configuration. Nous nous inspirons surtout de ce que faisaient les anciens et du bon sens paysan. Les travaux dont il est question ici concernent le cœur de station et le bord de mer, mais ils font partie d’un projet encore plus global. Nous nous apprêtons à réimplanter des fossés à redents en haut du village et avons misé sur des prairies inondables pour retenir l’eau de pluie sur les hauteurs plutôt qu’un bassin de rétention.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui, c’est le Syndicat Mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard, en tant que maître d’ouvrage délégué, qui a apporté toutes les études. Une commune modeste comme la nôtre est incapable de porter seule de tels projets.
Quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Il est impératif de trouver des partenaires financiers. Une fois encore, une commune comme Ault, avec moins de 1 500 habitants, ne pourrait se permettre de tels coûts. Le projet avoisine les 8 millions d’euros, avec 1 million d'euros rien que pour le redéploiement des eaux usées. Mais pour mobiliser les partenaires financiers, il faut une réflexion globale. Sans réflexion qui prend en compte tout un écosystème d’enjeux (le rehaussement du niveau de la mer, l’emploi, le tourisme, la protection des habitants et des biens…), nous n’aurions pas mobilisé autant de partenaires.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré l’adhésion des citoyens ?
L’adhésion des citoyens n’a pas été simple, nous avons dû nouer un vrai dialogue, notamment via des réunions publiques. Il a fallu presque trois ans pour que les habitants comprennent où nous souhaitions en venir et s’approprient le projet. Au début, lors des réunions publiques, c’était la foire d’empoigne, tout le monde déversait son « trop-plein », mais à force de discuter, les échanges ont évolué. Aujourd’hui, ces temps de dialogue sont beaucoup plus constructifs. L’ensemble de la population est convaincu de l’utilité des actions menées car elle ne peut que constater les bénéfices. Le redéploiement des réseaux d’eaux usées et d’eau potable font partie intégrante du grand projet de réaménagement du centre bourg. 24 nouveaux commerces se sont installés à Ault depuis deux ans et la ville attire de plus en plus de touristes. Or, le tourisme, c’est notre industrie, et c’est de l’emploi !
Comment le projet a-t-il été financé ?
Le projet tout compris a coûté 8 millions d’euros. Il a été financé en très grande partie par l’Etat, le Département, la Région mais aussi le FEDER. Il restait un peu moins de 20 % à la charge de la commune, soit 2 millions d’euros.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le Syndicat Mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard a piloté les travaux, nous avons travaillé main dans la main avec ses équipes. Nicolas Aubert, chef de projet Aménagement (toutes les semaines sur le terrain !) et Florian Bouthors, directeur de l’Aménagement, étaient d’une grande compétence et avec un bon relationnel. Nous avons pu nous appuyer sur eux. Quand je vois le résultat, je ne peux que les remercier.