PRéVENTION DES INONDATIONS

Bassin de la Sarthe (72) : un outil pour localiser et estimer les conséquences des inondations à l’échelle communale

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

L'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Sarthe porte le programme d’actions et de prévention des inondations (PAPI) sur un vaste territoire couvrant 515 communes.

Si les zones inondables sont cartographiées sur le territoire, anticiper les impacts économiques et sociaux d’une inondation nécessite des données spécifiques : par exemple concernant les bâtiments en rez-de-chaussée, les réseaux structurants de gaz et d’électricité, etc.

En partenariat avec le CEREMA, référent public en aménagement, l’EPTB Sarthe a contribué au développement de l’outil AgiRisk, qui permet d’harmoniser les données disponibles sur le bassin de la Sarthe, de localiser et d’évaluer les conséquences des inondations sur un territoire défini.

Elus et techniciens n’avaient pas tous les mêmes besoins par rapport aux données et aux cartographies : nous avons donc recherché des indicateurs répondant aux attentes.

Romain Barbé

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

L’EPTB Sarthe exerce la mission de planification de la prévention des inondations depuis 2019, à travers la mise en place d’un PAPI et la réalisation préalable d’un diagnostic de territoire sur la vulnérabilité du bassin de la Sarthe aux inondations. Nos études ont montré que les niveaux d’informations diffèrent fortement au sein de notre territoire, qui s’étend sur 3 régions et 5 départements.

Même si les indicateurs sont issus d’un référentiel national, le format et le niveau de précision des informations peuvent différer entre régions, entre départements et entre collectivités locales. Face à ce constat, nous voulions homogénéiser les données sur la vulnérabilité aux inondations sur notre territoire. Nous connaissons bien les aléas et les risques, mais nous souhaitions également mieux caractériser les conséquences potentielles des inondations, sur les plans humains, économiques et liées aux infrastructures.

Notre implication dans le développement de l’outil AgiRisk s’inscrit dans cette perspective.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Lors des assises nationales des risques naturels à Strasbourg en 2022, le CEREMA a présenté brièvement l’outil AgiRisk, alors encore en cours de développement, et lancé un appel à partenariat auprès des collectivités. J’ai pris contact avec le CEREMA et nous avons beaucoup échangé pour identifier dans quelle mesure AgiRisk pouvait répondre à nos besoins. Nous avons signé une convention de partenariat recherche et développement pour la période 2023-2025, prolongée jusqu’à mi-2026.

Nous avons apporté au CEREMA le point de vue d’un porteur de PAPI. AgiRisk permet de cartographier et d’évaluer les enjeux d’un territoire soumis au risque inondation, au-delà de la seule représentation des zones inondables. L’outil offre la possibilité d’affiner le diagnostic, à partir des indicateurs du référentiel national de vulnérabilité au risque inondation. Il permet de localiser et calculer les conséquences de l’aléa, en choisissant à la fois les indicateurs et le périmètre en fonction du territoire et des besoins.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Outre les compétences en hydraulique et en gestion du risque inondation, nous avons mobilisé notre géomaticien. Nous avons travaillé avec le CEREMA à l’élaboration de l’outil ainsi qu’à la valorisation des informations. La plupart des indicateurs sont calculés à partir de données en libre accès, notamment celles de l’INSEE et de l’IGN.
Nous avons souhaité associer les élus et techniciens le plus tôt possible afin de co-construire les formats des cartes et du tableau de bord avec eux. Nous nous sommes appuyés sur un groupe de travail, composé d’élus et de techniciens GEMAPI, intervenant en milieu rural et urbain. Des représentants d’ENEDIS, du SDIS ainsi que des services de l’État (DDT) ont également participé à cette démarche.

Ce groupe de travail a contribué au choix des 24 indicateurs, comme par exemple la population en zone inondable, le nombre de campeurs en zone dangereuse, le coût des dommages aux établissements publics et aux entreprises, les zones de fragilité électrique ou encore les surfaces agricoles impactées... Il a également défini un format de documentation répondant aux besoins des élus et techniciens des collectivités locales, composé d’un atlas cartographique et un tableau de bord à l’échelle communale, ainsi que d’un guide de lecture.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous avons confirmé la faisabilité et l’intérêt du projet et nous l’avons dimensionné au cours des nombreux échanges que nous avons eus avec le CEREMA en 2023. Il s’agit d’une démarche innovante, que nous avons construite progressivement, au fur et à mesure du développement de l’outil.

Nous avons pour l’instant développé AgiRisk uniquement pour les risques liés aux débordements, pour lesquels nous disposons de zonages complets. Mais notre territoire connaît de plus en plus d’inondations liées au ruissellement. Nous souhaitons mobiliser l’outil AgiRisk pour caractériser la vulnérabilité associée à ce risque, lorsque nous disposerons des zonages correspondants.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget global du développement de l’outil s’élève à 90 600 HT, avec un financement :

  • du CEREMA : à hauteur de 50%
  • de l’EPTB Sarthe : à hauteur de 50%, dans le cadre du PAPI, en mobilisant le fonds de prévention des risques naturels majeurs et le fonds vert.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Membres du groupe de travail / choix des indicateurs et réflexion sur les formats de l’atlas et du tableau de bord :

  • Élus et techniciens GEMAPI sur le territoire
  • DDT
  • SDIS
  • ENEDIS (en tant que gestionnaire de réseaux)

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le plus important est de bien identifier les besoins. Notre connaissance précise des données disponibles sur le territoire, ainsi que la cartographie des zones d’aléas, nous ont aidés pour cela.

Nous nous sommes également appuyés sur le travail collectif mené avec les partenaires et parties prenantes, qui doit intervenir le plus en amont possible pour adapter les choix d’indicateurs aux besoins des acteurs et au contexte du territoire. Ces échanges nécessitent du temps et doivent donc être anticipés.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2022

    Découverte de la démarche via le CEREMA

  2. 2023-2026

    Développement de l’outil dans le cadre de la convention R&D avec le CEREMA

  3. 2024

    Choix des indicateurs et mise au point des rendus cartographiques

  4. 2026

    Livraison des tableaux de bord et cartographies aux acteurs

Chiffres clés

  • 24

    indicateurs retenus

  • 515

    communes diagnostiquées

  • 7 681

    km2 de surface diagnostiquée

À retenir

  • La démarche de co-construction a très bien fonctionné, permettant de retenir des indicateurs pertinents et utiles aux acteurs du territoire

  • Nous disposons d’une base de données techniques très complète à l’échelle de notre territoire, mais aussi d’une information facilement mobilisable pour sensibiliser les élus et la population sur les différents enjeux associés au risque inondation sur le territoire

  • Nous n’avions pas anticipé le temps que prendrait le développement de l’outil, à la fois en termes d’investissement et de délai. Le projet a demandé une année supplémentaire par rapport au calendrier initial

Les partenaires du projet

  • CEREMA

  • DDT

  • SDIS

  • Enedis

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