Construction d’un bassin écrêteur de crue pour lutter contre les inondations (47)
À la suite de la crue centennale de 2008, qui avait fortement touché Roquefort et plusieurs autres communes du Bruilhois, la nécessité d’un ouvrage de protection contre les débordements soudains s’est imposée.
Le bassin de Samazan, situé à Aubiac, est l’un des trois équipements inscrits dans le PAPI visant à sécuriser durablement le territoire.
Ce projet, mené sur plus d’une décennie, illustre la complexité des opérations relevant de la GEMAPI : études multiples, prise en compte de la biodiversité, maîtrise foncière et coordination entre acteurs.





Entretien avec Jean-Marc Causse, conseiller municipal et ancien maire d’Aubiac
Ce projet est présenté par :
- Jean-Marc CAUSSE, conseiller municipal et ancien maire d’Aubiac, en Lot-et-Garonne
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La crue centennale de 2008 avait provoqué l’inondation de 150 maisons ainsi que d’entreprises et d’équipements publics à Roquefort. Face à la soudaineté de la montée des eaux et à sa puissance, la nécessité d’une solution structurelle s’est imposée pour protéger durablement les communes situées en aval.
Le projet s’inscrit dans la compétence GEMAPI, initialement portée par la communauté de communes de Laplume-en-Bruilhois puis, dès 2013, par l’Agglomération d’Agen. Intégré au PAPI du Bruilhois, il prévoyait la création de trois bassins pour un montant total de 3,2 M€. Le bassin de Samazan représente 1,3 M€ d’investissement pour une capacité de 50 200 m³. Les autres ouvrages – le bassin de Vidounet (140.000 m3) à Estillac/Roquefort et le bassin de Pitot (30.000 m 3) à Estillac, Aubiac, et Moirax – ont été inaugurés en décembre.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
La démarche s’est appuyée sur les exigences réglementaires applicables aux ouvrages hydrauliques : études préalables, dossiers environnementaux, Déclaration d’Utilité Publique (DUP) validée en 2022 puis autorisation environnementale obtenue en avril 2023.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?
Le projet a mobilisé de nombreuses expertises : hydrauliciens, géotechniciens, écologues, géomètres, spécialistes du foncier… L’ensemble a permis de consolider les scénarios techniques et d’assurer la conformité aux réglementations en vigueur. C’est l’Agglomération d’Agen qui a porté le projet, avec Henri Tandonnet, 1er vice-président de l’agglo et maire de Moirax, et Philippe Morin, maire de Lusignan-Saint-Hilaire, et membre du bureau délégué à la gestion des milieux aquatiques et à la prévention des inondations (GEMAPI).
L’accueil citoyen a été globalement favorable, même si certaines phases de travaux ont suscité des interrogations. Une coopération étroite avec Roquefort s’est mise en place, la commune disposant d’indicateurs utiles sur la montée des eaux : lorsque la route d’Aubiac était submergée, une vague atteignait Roquefort quelques heures plus tard. Un ruisseau de 1 mètre de large devenait alors plus large que la Garonne, jusqu’à 100 mètres.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Plusieurs études successives ont été conduites pour valider la faisabilité du projet, définir son impact et choisir la solution la plus pertinente pour le territoire. Les premières réflexions, engagées dès 2009, portaient sur la création d’une retenue humide qui aurait rempli plusieurs fonctions : soutien d’étiage, réserve incendie, irrigation agricole, création potentielle d’un espace de loisirs. Si cette approche semblait particulièrement intéressante, elle s’est révélée difficile à maintenir sur le plan opérationnel : garantir un niveau d’eau constant tout en permettant l’absorption des crues représentait un enjeu technique majeur.
Les études menées par la suite ont progressivement orienté le choix vers une retenue sèche, mieux adaptée à la configuration du site, situé à la jonction de deux ruisseaux dont l’un génère des apports très importants. Ce type d’ouvrage répond plus efficacement au besoin d’écrêtement des crues rapides.
En parallèle, des études environnementales approfondies ont été réalisées. Elles ont mobilisé des associations de protection de la nature et des bureaux spécialisés afin d’évaluer l’impact écologique du projet. La découverte d’espèces protégées a d’ailleurs conduit à ajuster le projet et à intégrer des mesures conservatoires renforcées.
Ces étapes successives ont permis d’aboutir à un dimensionnement robuste, conciliant sécurité hydraulique, contraintes environnementales et faisabilité technique.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L’ouvrage a été intégralement porté par l’Agglomération d’Agen, qui en assurait la maîtrise d’ouvrage dans le cadre de la compétence GEMAPI. Le programme global prévoyait un investissement de 3,2 millions d’euros pour la réalisation des trois bassins destinés à réduire le risque d’inondation sur le Bruilhois.
Le bassin de Samazan, situé à Aubiac, représente 1,3 million d’euros de ce montant. L’État a soutenu l’opération à hauteur de 1,4 million d’euros d’aides réparties sur l’ensemble du programme. Ce cofinancement était indispensable pour permettre à l’agglomération de concrétiser un projet techniquement indispensable mais financièrement lourd pour une collectivité seule.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Au-delà du financement, l’État a joué un rôle essentiel dans l’accompagnement et l’instruction des aspects réglementaires. Il a notamment étudié l’hypothèse, envisagée un temps, de démolir certaines habitations particulièrement exposées aux inondations, avant que la solution du bassin écrêteur ne soit confirmée comme la plus pertinente.
Les services de l’Agglomération d’Agen ont été fortement mobilisés, aux côtés des nombreux intervenants spécialisés :
- bureaux d’études hydrauliques et géotechniques,
- écologues chargés d’identifier les espèces et habitats sensibles,
- géomètres,
- experts fonciers et juristes, notamment pour les procédures d’acquisition et d’expropriation,
- associations environnementales et acteurs locaux concernés par les travaux et les impacts sur leur territoire.
Cet écosystème de compétences a permis de mener un projet techniquement solide, juridiquement sécurisé et conforme aux attentes en matière de préservation des milieux.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il est essentiel d’identifier les zones à risque dans les documents d’urbanisme et, lorsque c’est nécessaire, d’avoir le courage politique de déclasser des terrains constructibles situés en zones inondables. C’est une condition indispensable pour limiter l’exposition future des populations.
Les zones humides jouent un rôle majeur dans l’atténuation des crues, en stockant temporairement l’eau. Leur protection doit donc être considérée comme un levier de prévention à part entière, complémentaire des ouvrages construits.
La maîtrise du foncier est également un élément clé. Sur le projet des 3 bassins, l’agglomération a dû recourir à des procédures d’expropriation.
La présence d’espèces protégées peut modifier le calendrier et la conception du projet. Il faut donc évaluer rapidement la faune et la flore de la zone afin d’intégrer les mesures compensatoires ou conservatoires dès le début, afin de ne pas perdre de temps.
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Le projet en détails
Dates clés
2008
2014
2020
12 février 2025
Chiffres clés
1,3
7
50 200
À retenir
Soutien financier solide, notamment de l’État et de fonds européens
Haute technicité des équipes impliquées, de l’hydraulique à la biodiversité
Durée du projet, liée à la nécessité d’étudier plusieurs options et de prendre en compte les enjeux environnementaux.
Ressources
Trois communes du Lot-et-Garonne s’équipent de bassins pour lutter contre les inondations
La Dépêche
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