Dans le bassin du Cérou Vère (81), le syndicat de rivière tente de limiter le risque inondation
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
En 2021, dans le cadre de son Programme d’actions pour la prévention des inondations (PAPI), le Syndicat mixte de bassin Cérou Vère, dans le Tarn, a lancé le dispositif « Alabri ».
Ce programme consiste à permettre aux habitants des zones inondables de bénéficier d’un diagnostic gratuit pour évaluer la vulnérabilité de leur habitation face aux inondations. Plusieurs mesures peuvent être préconisées comme installer des batardeaux, rehausser le système électrique, créer une zone refuge à l’étage... Le coût des travaux est ensuite pris en charge par l’Etat à 80 % pour les habitations et par un co-financement Etat - Région à 70% pour les bâtiments publics et à 60% pour les entreprises.
En raison des difficultés administratives, seuls deux projets ont pu être déposés.
La crue de 2021 dans la commune Les Cabannes – Crédits photos : Syndicat Mixte de Bassin Cérou Vère
Certains riverains refusent le diagnostic car ils estiment que c’est à la collectivité « d’empêcher » les inondations.
L'interview
Comment le sujet de la prévention des inondations s’est-il imposé à l’agenda de votre syndicat ?
En 2010, nous avons lancé une première étude globale pour identifier les risques inondation à l’échelle des deux bassins du Cérou et de la Vère. Dans cette dynamique, les services de l’Etat ont élaboré les Plans de prévention des inondations (PPRI) du Cérou et de la Vère qui ont été validés en 2013. Puis en 2019, nous nous sommes lancés dans un Programme d’action et de prévention des inondations (PAPI), un dispositif financé par l’Etat à destination des collectivités souhaitant renforcer leur politique de prévention des inondations.
L’un des axes du PAPI est la réduction de la vulnérabilité des biens, c’est-à-dire le fait de réaliser des diagnostics et éventuellement des travaux dans les maisons et entreprises situées en zone inondable. C’est au sein de cet axe que nous avons mis en place le dispositif « Alabri ». Le principe est simple : nous proposons aux habitants des zones inondables de bénéficier d’un diagnostic gratuit pour évaluer la vulnérabilité de leur bien face aux inondations afin de les mettre « À l’abri ».
Plusieurs mesures peuvent ensuite être préconisées comme installer des batardeaux, rehausser le système électrique, créer une zone refuge à l’étage, installer des clapets anti retour dans les sanitaires ou encore arrimer des citernes de fioul... Le coût des travaux est ensuite pris en charge par l’Etat à 80 % pour les habitations et par un co financement Etat - Région à 70% pour les bâtiments recevant du public et à 60% pour les entreprises.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nos inspirations sont les retours d’expérience de Programmes d’action et de prévention des inondations (PAPI) et notamment l’axe sur la réduction de la vulnérabilité. Le cahier des charges est le même pour tout le monde mais il est intéressant d’avoir les avis d’autres chargés de mission pour savoir comment ils l’ont mis en place. Il y a quinze ans, un syndicat de rivière du Gard a décidé de labelliser les actions entreprises dans le cadre de l’axe réduction de la vulnérabilité.
« Alabri » est le nom qui a été choisi afin que les citoyens comprennent tout de suite de quoi il s’agissait. Et ça a marché : beaucoup de syndicats de rivière ont repris ce label, y compris nous. C’est le bureau d’études qui nous avait conseillé de le faire.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Nous ne disposons pas des compétences internes pour réaliser des diagnostics de vulnérabilité. C’est pourquoi il a fallu avoir recours à un bureau d’études qui lui-même fait appel à des géomètres, des ingénieurs et des hydrologues.
S’agissant de l’adhésion des citoyens, en 2023, le syndicat a envoyé 600 courriers aux foyers concernés puis a mené trois réunions publiques d’information pour les inciter à profiter du diagnostic. Malheureusement, une partie de ces courriers n’est pas arrivé à destination, car les adresses récupérées informatiquement par le bureau d’études étaient erronées. Une centaine de ménages ont cependant accepté d’ouvrir leur maison aux diagnostiqueurs. Nous avons également demandé aux élus de faire la promotion du dispositif Alabri dans leur commune. De notre côté, nous avons communiqué via la presse locale, sur notre site internet et participé à une interview dans une radio locale.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Oui, nous avons défini un Schéma de prévention des risques inondation réalisé de 2008 à 2010, complété en 2013 par le Plan de prévention des inondations (PPRI) porté par les services de l’Etat.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L’action a coûté 204 000 euros TTC. Elle a été financée par le biais du PAPI et des partenaires financiers, soit l’Etat (50 %) et la Région Occitanie (20 %).
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les partenaires du PAPI, soit l’Etat et la Région.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Un maire ne pourra pas porter seul un projet de cette ampleur, qui exige de déployer une stratégie globale sur tout un bassin versant. En revanche, il peut être moteur sur sa commune et sensibiliser le public sur la question de la prévention des inondations. Il faut notamment expliquer aux administrés que la réduction du risque passe aussi, en amont, par l’occupation du sol et le ralentissement de l’écoulement de l’eau : par des projets de desimperméabilisation des places, des trottoirs, des cours d’écoles en zone urbanisée, la conservation ou la plantation de haies ou de ripisylve, la préservation des zones humides mais aussi par des pratiques agricoles telles que les techniques de conservation du sol qui retiennent l’eau.