PRéVENTION DES INONDATIONS

Dispositif global contre le ruissellement et l’érosion à Hon-Hergies (59)

Niveau d'expertise : intermédiaire

5 années ont été nécessaires pour identifier et valider un schéma d’aménagement de lutte contre les coulées d’eaux boueuses à Hon-Hergies.

Ce dispositif global se matérialise par des aménagements visant à réduire les ruissellements à la source, favoriser l’infiltration à la parcelle, ralentir les écoulements par la mise en place de freins hydrauliques, écrêter les crues par un stockage temporaire des eaux, accompagner les écoulements, enfin, résorber les points de blocages.

L’objectif est d’assurer une protection des habitants et des biens. Ils contribueront également à réduire la charge en sédiment des écoulements, limitant les envasements et améliorant la qualité des eaux de surface sur 14 secteurs de la commune.

Nous avons quasiment la certitude que le dispositif peut faire face à une pluie centennale, c’est rassurant.

Luc Berthaux

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de Hon-Hergies ?

Depuis 2018, notre commune subit régulièrement des épisodes d’inondations et de coulées de boue. Certains riverains ont même été touchés plusieurs fois à quelques semaines d’intervalle. Ces situations sont invivables pour les sinistrés et les habitants. En tant que maire, mon devoir était de prendre en charge ce sujet pour sortir de la sidération et des discours fatalistes.

Deux à trois mois après les premiers épisodes, sur proposition de la commune, tous les acteurs concernés se sont rencontrés pour imaginer des solutions. Si lors des premières rencontres, il a été question d’identifier « une responsabilité », afin de faciliter la prise en charge des premiers sinistrés, très rapidement il a été question de trouver des réponses sur le terrain pour limiter les risques.

Ces sinistres ont été le point de départ d’une réflexion pour limiter le ruissellement et les coulées de boue. Cinq années plus tard, un système global de haies, fascines, mare tampon et un réseau sous voirie d’écoulement des eaux permet de sécuriser le secteur de la rue Laurent Niogret, un des 14 secteurs de la commune concernés par les inondations.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

L’inspiration est partie du terrain car chaque solution doit être envisagée sous le regard de son efficacité. Dès 2019, la commune avait engagé 90 000 euros pour réaliser des travaux d’urgence afin de replanter des linéaires de haie, d’installer des fascines, d’inverser le sens de la pente de certaines voiries pour limiter le ruissellement vers les zones impactées. Nous avons constaté que ces premiers aménagements étaient efficaces. Alors, lorsque de nouveaux épisodes de fortes pluies sont intervenus dans d’autres secteurs de la commune, nous nous sommes associés à la communauté de communes pour apporter notre retour d’expérience. Il fallait mettre en place un dispositif global. Chacun avec sa compétence a apporté ses idées et propositions. Les liens réguliers avec le maître d'œuvre et les agents du Parc Naturel Régional de l’Avesnois ont été indispensables.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Oui bien entendu, cette phase a été déléguée au cabinet chargé d’études. Les propositions étaient discutées avec l’ensemble des parties prenantes avant d’être soumises à validation aux administrations compétentes.

Même si cette mise en œuvre est nécessaire, elle est parfois très compliquée. Sur le terrain l’individualisme n’aide pas et dans les bureaux, les rouages techniques de certains dossiers sont lourds à porter pour un élu. En tant que maire, je suis face à certains habitants qui ont parfois subi jusqu’à 9 sinistres en quelques mois. Il faut pouvoir agir car il en va de la sécurité des personnes et des biens. Même si le cadre légal et réglementaire est nécessaire, chacun doit se mettre au diapason des réalités du terrain. C’est parfois difficile d’avancer, ça demande beaucoup (trop) d’énergie et ça crée aussi de l’incompréhension.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

L’ingénierie hydraulique a été déléguée au bureau d’études, le Cabinet LIOSE, et l’assistance à la maîtrise d’ouvrage aux équipes de l’intercommunalité en partenariat avec le Parc Naturel de l’Avesnois. Le volet juridique a été géré par la commune, moi en l'occurrence.

Même si c’est ma formation, ça n’est jamais facile, nous manquons parfois de conseils et de ressources. En parallèle, la motivation et l’esprit de conciliation ont été plus que nécessaires. Chacun a son vécu, son histoire, il ne faut jamais lâcher car la conscience collective et l’intérêt public sont parfois à géométrie variable.

Enfin, la maîtrise d'œuvre opérationnelle a été confiée au Cabinet ECAA de Saint Quentin.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Dès 2019, Nous avons installé des réunions mensuelles pour avancer dans les réflexions et les prises de décisions. Ces rendez-vous ont permis de faire évoluer les mentalités et les idées. Même si chacun à conscience de la gravité des sinistres, faire passer les personnes du stade de rejet d’une proposition à une posture d’acceptation demande parfois beaucoup de temps.

Ces mois de suivi ont permis de faire avancer les propriétaires, les exploitants agricoles et tous les membres présents, vers l’idée qu’il était possible d’agir efficacement sur le terrain. C’était loin d’être joué au départ. Le maire joue un rôle central dans cette concertation, pour faire vivre l’intérêt public et pour sortir du fatalisme.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Une enveloppe globale de 800 000 euros pour les travaux sur les 14 secteurs concernés, et de 160 000 euros (par an) dédiée aux frais de fonctionnement et d’entretien, a été dégagée.

Des appels à projet avec le Parc Naturel, des actions avec des acteurs privés ont permis d’alléger certains postes comme le financement et la plantation d’arbres.

L'État a accepté de nous attribuer la dotation des équipements ruraux. Le département du Nord, l’Agence de l’eau sur certaines parties du projet, la Région aussi qui a mis en place un fonds spécifique suite aux inondations, toutes les aides ont été les bienvenues.

Nous avons également bénéficié d'un aquaprêt de 116 120 € financé par la Banque des Territoires.

Pour le secteur de la rue Laurent Niogret, la répartition et le reste à charge est de 39 500 euros pour la commune sur un budget total de 195 000 euros. Ces coûts ne comprennent que les investissements réalisés. Ne sont pas comptabilisés les différents soutiens techniques, humains, matériels et financiers apportés aux sinistrés.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La commune, le département, les propriétaires exploitants, la régie Noréade du Syndicat Intercommunal de Distribution d'Eau du Nord (SIDEN) et du Syndicat Intercommunal d'Assainissement du Nord (SIAN), le Parc Naturel Régional de l’Avesnois, le Cabinet LIOSE (bureau d’Etude) et notre maîtrise d'œuvre opérationnelle, le Cabinet ECAA de Saint Quentin, l’Agence de l’Eau… Chacun a apporté sa pierre à l’édifice dans sa compétence.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2018 - 2024

    Réunions mensuelles, préconisations, montages des dossiers…

  2. Décembre 2024

    Validation de notre projet par l'Etat

  3. Avril 2025

    Début des travaux pour le secteur rue Niogret

  4. Décembre 2025

    Réception des aménagements

Chiffres clés

  • 198 000

    euros, le coût des travaux pour le secteur Niogret, et 800 000 euros d’enveloppe budgétaire pour les 13 autres secteurs

  • 2 585

    m3, le volume d'eau pouvant être stockée par la mare tampon créée

  • 850

    mètres de haies et fascines plantées

À retenir

  • L’efficacité des premiers aménagements nous a donné une direction pour la suite. Nous avons quasiment la certitude que le dispositif peut faire face à une pluie centennale, c’est rassurant

  • On se sent utile à l’échelon local. Les élus terrain sont dans leur fonction en créant du lien et de l’engagement avec les agents de l'État

  • La forte contrainte administrative et le décalage d’action face à l’urgence des situations. On trouve peu d’aide, il faut vraiment faire l’effort de ne pas lâcher. Un lieu ressources serait un plus

Les partenaires du projet

  • Département du Nord

  • La régie Noréade du SIDEN-SIAN

  • Parc Naturel Régional de l’Avesnois

  • Agence de l'eau Artois-Picardie

  • Banque des Territoires

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