Grand Avignon (84) sécurise l’île Piot face aux crues du Rhône
Suite aux inondations de 2003, le Grand Avignon (Vaucluse) a engagé un vaste chantier de sécurisation sur l’île Piot, au cœur du Rhône.
L’opération, inscrite dans le plan Rhône, vise à consolider un système d’endiguement existant tout en respectant le patrimoine paysager exceptionnel du site.
Les travaux, lancés fin 2025 se poursuivront jusqu’en 2026.
L’île Piot, un espace naturel stratégique au cœur d’Avignon, marqué par des enjeux d’inondation et de gestion hydraulique. - Crédit photo : Grand Avignon
L’enjeu était de concilier protection hydraulique et intégration paysagère dans un secteur classé.
L'interview
Pouvez-vous rappeler en quelques mots l’objet du projet ?
Camille Riotte : L’objectif est de sécuriser le système d’endiguement déjà présent sur l’île Piot, qui se situe dans le lit majeur du Rhône, entre deux bras du fleuve. C’est une zone inondable où vivent environ 1000 habitants permanents, mais où se trouvent aussi des campings et des clubs nautiques : au total, plus de 5000 personnes sont concernées.
Béatrice Marti : Le site est aussi un lieu emblématique d’Avignon : en face du pont, des remparts et de la tour Philippe Le Bel à Villeneuve-lès-Avignon. L’enjeu était de concilier protection hydraulique et intégration paysagère dans un secteur classé.
Comment est né ce projet de sécurisation ?
Béatrice Marti : Il fait suite aux inondations de décembre 2003. Le Rhône avait débordé sur tout le secteur, des brèches s’étaient formées dans les digues existantes et il fallait renforcer le système pour éviter qu’une telle situation se reproduise.
Camille Riotte : Le projet était au départ porté par la ville d’Avignon, avant la création de la compétence GEMAPI. Lors du transfert, le Grand Avignon a repris le dossier et poursuivi les études jusqu’en 2021. L’enquête publique a ensuite conduit à scinder le projet : seule la partie Piot a été retenue, la Barthelasse nécessitant des compléments.
En quoi consistent les travaux ?
Camille Riotte : Nous rehaussons un mur existant, créons un nouveau mur le long de la RD 228 et aménageons des merlons de terre pour assurer la continuité du système d’endiguement. La voirie est également adaptée pour renforcer la protection.
Béatrice Marti : Le chantier a démarré fin octobre 2025 et se poursuivra jusqu’en avril 2026, peut-être mai selon la météo et les contraintes du fleuve.
Quelles études ont précédé le lancement du chantier ?
Camille Riotte : Le projet s’inscrit dans le plan Rhône, programme global de prévention des inondations piloté par la DREAL. Nous avons réalisé des études hydrauliques, faune-flore et réglementaires, afin de vérifier l’impact du projet sur l’environnement et la cohérence avec les autres protections du Rhône.
Béatrice Marti : Les premières études avaient été menées par la ville d’Avignon. Nous les avons actualisées après le transfert de compétence GEMAPI.
Quelles compétences faut-il mobiliser pour mener à bien un tel projet ?
Béatrice Marti : Il faut des compétences en hydraulique et en ouvrages de prévention des inondations, mais aussi une bonne connaissance du cadre réglementaire, très exigeant.
Camille Riotte : Des notions en environnement sont indispensables : nos projets se déroulent toujours à proximité de cours d’eau et doivent prendre en compte la biodiversité et les paysages.
Comment avez-vous associé la population à ce projet ?
Béatrice Marti : Nous avons travaillé avec les associations de riverains de l’île, notamment l’ASCO de la Barthelasse, et organisé des réunions publiques dans la mairie annexe. Nous avons aussi rencontré individuellement les habitants et les professionnels directement concernés, comme les gérants de camping ou de clubs nautiques.
Camille Riotte : Ces échanges ont permis d’expliquer concrètement les travaux et de renforcer l’adhésion au projet.
Quel est le coût global et comment a-t-il été financé ?
Béatrice Marti : Le montant total s’élève à 3,4 millions d’euros.
Camille Riotte : L’État finance 40 % du projet, la région Sud 30 %, le département de Vaucluse 10 %. La ville d’Avignon participe pour les aménagements urbains et paysagers, et la Compagnie nationale du Rhône pour les cheminements doux.
Quels partenaires vous accompagnent ?
Camille Riotte : Nous travaillons en concertation avec la ville d’Avignon, les associations de riverains, les architectes des bâtiments de France et les services de l’État.
Béatrice Marti : Côté entreprises, le lot principal de terrassement et de murs a été confié à Guintoli, en groupement avec Valérian, et la partie paysagère à PEC : débroussaillage, plantations, mobilier urbain. Ce sont toutes des entreprises locales.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres collectivités ?
Béatrice Marti : Je leur conseillerais de s’appuyer très tôt sur les services de l’État, qui sont les interlocuteurs clés pour les dossiers réglementaires. Cela évite beaucoup d’allers-retours administratifs et permet d’ajuster les études dès le départ.
Camille Riotte : Il faut aussi bien anticiper la concertation avec les riverains. Plus le dialogue est engagé tôt, plus l’adhésion au projet est forte, surtout dans des secteurs sensibles où les usages sont multiples.