Mieux gérer le risque inondations avec le diagnostic ALABRI proposé en zone inondable (06)
Face à un risque d’inondations qui s’intensifie, le Syndicat Mixte Inondations Aménagement et Gestion de l’eau Maralpin (SMIAGE) dans les Alpes Maritimes a lancé le dispositif ALABRI destiné à proposer aux propriétaires et entreprises situés entre autres dans la zone inondable du bassin versant de la Siagne de réaliser un diagnostic de vulnérabilité de leur bâti.
Au delà de la sensibilisation au risque auquel ils peuvent potentiellement être confrontés, ce diagnostic permet surtout de définir avec les propriétaires la stratégie à adopter en cas de crue soudaine : Résister ou céder, autrement dit mettre en place des protections pour empêcher l’eau de rentrer ou accepter que l’eau entre dans leur bâti et faire en sorte qu’elle s’écoule très rapidement hors les murs. Le diagnostic permet ainsi d’avoir une idée des travaux (et de leur montant) à engager en fonction de la stratégie retenue. Si en effet le propriétaire ou le chef d’entreprise engage des travaux, ils sont éligibles à une prise en charge à 80% via le fond Barnier. Dans le bassin versant de la Siagne, ce sont près de 4000 propriétaires qui ont été contactés, avec un premier envoi de courrier en 2023 et un second en 2025.
Un Ehpad inondé en 2019 à Pégomas sur le territoire du Syndicat Mixte Inondations, Aménagement et Gestion de l’eau Maralpin - Crédits photo : Banque des Territoires
Parvenir à sensibiliser des propriétaires situés en zone inondables est déjà une victoire en soi.
L'interview
Comment la création du dispositif ALABRI s’est-elle imposée à l’agenda de votre syndicat ?
En tant que Syndicat Mixte Inondations, Aménagement et Gestion de l’Eau Maralpin, nous sommes en charge du bassin versant de la Siagne à l’ouest du département des Alpes Maritimes où beaucoup d’inondations ont été recensées ces dernières décennies.
Notre syndicat, créé en 2017 a lancé un programme d’actions concrètes en 2023 pour lutter contre ces inondations qui s’accentuent depuis quelques années, notamment en informant mieux les propriétaires situés en zone inondable. Réduire la vulnérabilité est devenu une notion primordiale et avec la mise en place du Plan d’Action et de Prévention des Inondations (PAPI, initié par l’état) c’est même devenu une obligation. Nous avons donc choisi de nous inspirer du dispositif ALABRI initié par l’Etablissement Public Territorial de Bassin « Les Gardons » situé à Nîmes pour lancer notre propre outil. Il consiste à solliciter les propriétaires concernés pour leur proposer de réaliser un diagnostic de vulnérabilité de leur bâti, face à une inondation d’ampleur plus ou moins importante. Sachant qu’ensuite, une grande partie des travaux éventuels peuvent être subventionnés.
Malgré cet outil incitatif, il faut savoir que cela reste un sujet assez compliqué car les propriétaires, en France, sont généralement assez peu enclins à se saisir de cette main tendue (environ 15 à 20% d’entre eux acceptent le diagnostic) et encore moins à réaliser les travaux préconisés (seulement 1 à 2%).
Pour quelles raisons ? Ce sont souvent les mêmes réponses qui reviennent : « J’ai une bonne assurance », ensuite « C’est aux pouvoirs publics de faire des travaux en amont pour nous éviter l’inondation » et enfin « J’ai déjà connu un épisode semblable et je m’en suis sorti.. ». Or, jusqu’à maintenant, dans notre pays, nous n’avons pas de réduction de notre prime d’assurance si nous effectuons des travaux. C’est quelque chose que nous aimerions bien voir changer et une proposition de loi a d’ailleurs été formulée dans ce sens.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Ce type de dispositif existe depuis une vingtaine d’années dans certaines régions, et notamment au sein du pionnier, le bassin versant de la Loire, le plus vaste des bassins versants français, occupant près de 20% du territoire national. A cet endroit, beaucoup d’expérimentations inspirantes ont été faites.
Notre relief montagneux en bord de mer couplé au changement climatique des dernières années produisant des épisodes de montée des eaux soudains nous oblige à être plus proactifs dans ce domaine.
C’est aussi grâce au CEPRI, le Centre Européen de Prévention des Inondations auquel nous sommes adhérents et qui produit beaucoup de rapports, de guides, de retours d’expérience que nous avons pu nous faire une idée un peu plus précise du dispositif et nous lancer.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?
La première est de bien comprendre ce qu’est une carte d’aléas, avec notamment la notion de débit, vitesse et hauteur d’eau.
Une telle carte est produite par un bureau d’études que l’on sollicite pour nous modéliser une zone géographique en fonction de la crue d’une rivière qui la traverse. La carte ainsi produite va faire apparaître les zones qui vont se retrouver inondées à plus ou moins grande échelle. Si aucun Plan de Prévention des Risques n’a été établi et fourni par l’état par le passé pour cette zone, c’est ce type de carte d’aléa (qui doit être validée par l’état) qui sert de base de travail pour tous les acteurs de la prévention et qui fait foi. Nous l’avons faite réaliser par exemple pour le « Vallon des vallons » de Saint Cézaire sur Siagne pour lequel nous n’avions rien de cartographié.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Justement, le dimensionnement s’est fait sur la base de cette carte d’aléa. Elle a permis de mettre en lumière le fait qu’en cas de crue de la Siagne , une douzaine de communes étaient concernées : Auribeau sur Siagne, Grasse, Pégomas, La Roquette sur Siagne, Mouans Sartoux, Peymeinade, St Cézaire sur Siagne, St Vallier de Thiey, Callians, Fayence, Montauroux et Tourrettes.
Les quatre dernières étant, de surcroit, situés dans le département voisin du Var. Bien entendu, ces communes ne sont pas concernées sur la totalité de leur emprise géographique, mais seulement en partie. Et sur ces zones inondables, ne figure, heureusement pas du bâti partout.
Comment la collectivité a-t-elle financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?
Le SMIAGE ne fonctionne pas sur fonds propres, nous avons été crées conjointement par l’état et le département pour intervenir auprès des collectivités nous ayant transféré leurs compétences en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations. Elles nous rémunèrent via la taxe GEMAPI (pour Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations).
Pour le dispositif ALABRI, le financement de la communication pour les diagnostics et les diagnostics eux-mêmes sont pris en charge à 50% par le fonds Barnier (dispositif étatique qui finance les travaux de prévention ou de protection des biens exposés aux risques naturels majeurs), à 30% par la Région. Le reste à charge pour l’intercommunalité du Pays de Fayence en l’occurrence est donc de 20%.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
L’état et la Région Sud sont nos partenaires financiers en plus des intercommunalités nous ayant transféré la compétence. Pour le volet technique, nous avons fait appel à un partenaire spécifique, le bureau d’études OSGAPI, spécialisé dans l’identification et la caractérisation des risques liés aux inondations afin de réduire les dommages.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il faut commencer à se renseigner sur l’organe en charge de la GEMAPI sur le territoire : soit une commune, une intercommunalité ou un syndicat mixte.
Une fois en possession d’une carte d’aléa, cela nous permet de connaître les limites d’une zone inondable et ainsi de définir les propriétaires potentiellement impactés.
Ensuite, l’action consiste à communiquer sur le dispositif à destination de tous les propriétaires vivant dans cette zone inondable en question et cela, via tous les moyens à disposition : courriers en boite aux lettres, bulletin municipal, réunions publiques, mais aussi réseaux sociaux, affichage, bouche à oreille…
Ensuite, chaque propriétaire est libre ou non de répondre et d’accepter un diagnostic. C’est une notion à garder en tête. Mais nous avons vu que lorsqu’un élu communique de façon importante auprès de sa population, le taux de réponse s’améliore : à Pégomas, la maire de la ville est très motivée par la question et près de 30% de ses administrés a réalisé un diagnostic, ce qui est nettement mieux que les 15 à 20% habituellement constatés en moyenne ailleurs.