PRéVENTION DES INONDATIONS

Renaturer le Gariac pour mieux protéger : le pari du SYMAR Val d’Ariège (09)

Niveau d'expertise : intermédiaire

En 2019, le SYMAR Val d’Ariège, syndicat de bassin versant de l’Ariège (158 communes), hérite d’un dossier de digue fragilisée le long du Gariac, entre Foix et Ferrières-sur-Ariège. Plutôt qu’un confortement de l’ouvrage, le Syndicat de bassin versant de l’Ariège, de compétence Gemapienne, a privilégié la renaturation du cours d’eau.

Le projet, sur le point de passer en phase travaux, résout une double problématique : les risques d’inondation qui menacent 160 bâtiments et des établissements scolaires, d’une part, un mauvais fonctionnement hydraulique dû à la chenalisation du Gariac, d’autre part. Bientôt la libération pour ce ruisseau canalisé depuis des décennies qui retrouvera un écoulement plus naturel, le long de berges restaurées.

Avec l’enjeu initial de diminuer le risque d’inondation, on répond également à celui de lui redonner l’espace pour bien fonctionner.

Marie Berthelot

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du SYMAR Val d’Ariège ?

Avant que le dossier ne nous soit transféré en 2019 par la mairie de Foix, la Direction départementale des Territoires lui avait demandé de mettre cette digue aux normes et ce, dans le cadre d’un PPRN (Plan de prévention des risques naturels).

Pour être classée en système d’endiguement, des travaux s’imposaient sur cet ouvrage ancien et fragilisé, qui longe le Gariac, et classé en catégorie C. Le ruisseau, situé entre Foix en rive gauche et Ferrières-sur-Ariège en rive droite, descend du Prat d’Albis et a un régime torrentiel sur sa partie amont. En aval, dans sa traversée urbaine (avant la confluence avec l’Ariège), il a été chenalisé avant l’époque napoléonienne, ce qui lui confère son cours rectiligne et perché. Ce ruisseau présente des dysfonctionnements hydrauliques clairs : lit contraint, berges figées, manque d’espace pour dissiper les crues, continuités écologiques rompues. Il menace d’inonder des lieux habités sur les deux communes, une école primaire et un lycée professionnel. Cent soixante bâtiments sont concernés par une crue centennale.

Au moment où le SYMARVA hérite du dossier, la mairie de Foix a déjà engagé une première étude de diagnostic. Nous ne sommes pas partis de zéro mais il a fallu reprendre les investigations et les réflexions avec la considération GEMAPI. Dès lors, la renaturation n’est pas restée une option mais la meilleure réponse technique et durable aux enjeux du site.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Les références mobilisées sont majoritairement issues des prescriptions réglementaires : doctrine GEMAPI, exigences de la police de l’eau, règles de gestion des zones inondables pour l’urbanisme et l’environnement. Mais c’est la configuration topographique du site et la nécessité de s’appuyer sur le fonctionnement naturel du cours d’eau qui ont inspiré le projet de renaturation. Parce qu’il est impossible de copier un autre projet : on part forcément du terrain, du diagnostic et on adapte. Ici, il était opportun de réintroduire le cours d’eau dans un point bas et de dessiner un nouveau tracé de sorte qu’aucune inondation ne survienne jusqu’à la crue centennale. Il fallait lui redonner de l’espace pour bien fonctionner et restaurer des berges vivantes et favorables au retour de la biodiversité.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

En interne, nous pouvons compter sur la compétence technique d’une chargée de mission, ingénieure en hydraulique fluviale. Nous développons également des compétences en gestion foncière, soutenues par l’EPF (Établissement public foncier), la SAFER (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) et le service urbanisme de la Communauté d’agglomération du Pays de Foix Varilhes pour acquérir le foncier nécessaire au projet. Enfin, notre syndicat est en contact étroit avec les associations naturalistes et de protection de l’environnement locales.

Nous avons également rencontré l’ensemble des riverains concernés par le projet et une réunion publique de présentation a été organisée en phase avant-projet. Cette pédagogie est essentielle, notamment pour expliquer les avantages d’une renaturation sur la consolidation d’une digue, en matière de protection. Les habitants comprennent parfaitement l’intérêt de restaurer ce ruisseau pour réduire les risques d’inondations.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

À ce jour, le SYMARVA a finalisé l’évaluation environnementale. Plusieurs scenarii ont été étudiés : confortement de la digue, travaux partiels d’aménagement et déplacement complet du lit du ruisseau. Les premières options n’étaient pas concluantes : même renforcée, la digue restait un point de fragilité structurel. Pire, en cas d’inondation, elle peut être contournée par l’amont et inonder des biens censés être protégés par l’ouvrage. La renaturation du cours d’eau en un point bas offrait, elle, une solution robuste vis-à-vis du risque, en libérant l’espace de fonctionnement optimal au cours d’eau.

Le dimensionnement final s’est fait en cohérence avec le foncier potentiellement disponible, les distances de sécurité liées aux habitations, la topographie réelle et les contraintes réglementaires GEMAPI. Il ne s’agissait pas d’élargir excessivement le lit mais de retrouver un fonctionnement naturel grâce aux zones d’expansion latérales, aux berges végétalisées et à la suppression des ruptures de pente artificielles. Un dossier de déclaration au titre de la Loi sur l’Eau a également été déposé auprès du service instructeur de l’État. Nous prévoyons de lancer l’étude « phase PRO » en 2026.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Les financements sont alignés sur le modèle classique des projets de renaturation portés par le SYMARVA. Ils viennent de l’État via le FPRNM (fonds de prévention des risques naturels majeurs), l’Agence de l’eau Adour Garonne (achat du foncier), le Département de l’Ariège (qui construira un nouveau pont sur le tracé du nouveau lit), la Communauté d’agglomération du Pays de Foix-Varilhes, future propriétaire du foncier nécessaire au projet la taxe GEMAPI (pour le besoin en autofinancement et selon le principe de la solidarité financière entre les membres EPCI adhérents).

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Les mairies de Foix (porteur initial) et de Ferrières-en-Ariège, la communauté d’agglomération du Pays de Foix-Varilhes, les services de l’État (Police de l’Eau, PPRN), les financeurs précités, les agents du SYMARVA, les collaborations techniques avec EPF Occitanie, SAFER, RTM (ONF), ANA-CEN (Conservatoire d’espaces naturels Ariège), FDPPMA 09 (Fédération départementale de pêche et de protection des milieux aquatiques), la SAS Agerin (bureau d’études missionné jusqu’au stade AVP).

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Dans un projet de restauration de cours d’eau, la question foncière est complexe à résoudre et chronophage. Il ne faut pas la sous-estimer dans l’approche projet. Enfin, il faut garder en tête que la renaturation peut être la solution la plus vertueuse pour résoudre les problématiques à l’œuvre et pour une meilleure gestion des deniers publics.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2019

    Transfert de compétences GEMAPI au SYMARVA et études de deux scenarii (confortement de la digue versus renaturation du cours d’eau et son déplacement)

  2. 2023-2025

    Étude de dimensionnement jusqu’au stade AVP et dossier Loi sur l’Eau

  3. 2026

    Étude de dimensionnement au stade PRO et sélection des entreprises pour le marché de travaux + acquisitions foncières

  4. 2027-2028

    Travaux

Chiffres clés

  • 250 000

    € HT, le coût de l'acquisition foncière

  • 1 310 000

    € HT, le coût des travaux de renaturation

  • 490 000

    € HT, le coût associé à la création de 2 ponts routiers

À retenir

  • Projets multi-bénéfices (réduction drastique du risque d’inondation, restauration des fonctionnalités du cours d’eau et de ses abords sur la zone anthropisée...)

  • Portage politique majeur pour la dynamique du dossier

  • Longueur des démarches administratives et des négociations foncières, en particulier pour l’acquisition foncière

Les partenaires du projet

  • Agence de l’eau Adour-Garonne

  • Département de l’Ariège

  • Communauté d’agglomération du Pays de Foix-Varilhes

  • FDPPMA 09 (Fédération départementale de pêche et de protection des milieux aquatiques)

  • EPF Occitanie

  • SAFER

  • RTM (ONF)

  • ANA-CEN

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