Une GEMAPI de haute précision avec la technologie drone (60)
Inspirée par un documentaire sur l’archéologie, l’équipe de l’Entente Oise-Aisne a intégré l’usage d’un drone à ses missions, sur la base de deux technologies complémentaires : la photogrammétrie pour modéliser finement les surfaces et le LIDAR pour obtenir un modèle précis du terrain même sous la végétation.
Une étude préalable, menée avec un prestataire, a permis de définir les besoins techniques et d’imaginer les usages pour l’ensemble des directions, positionnant le drone comme un outil transversal au service des missions GEMA, ruissellement et prévention des inondations.
La mise en œuvre du projet a nécessité une formation ciblée pour cinq agents, portant autant sur les techniques de vol que sur la réglementation aérienne et le traitement des données. Les capacités de l’outil permettent de collecter rapidement des informations d’une précision millimétrique sur de larges surfaces. Grâce à cette nouvelle technologie, l’Entente dispose désormais d’une aide à la décision en temps réel, optimisant ses actions et ses investissements.
5 agents de l’Entente Oise-Aisne ont été formés au pilotage du drone. - Crédits photo : Entente Oise-Aisne
Nous identifions précisément les cours d’eau, anciens ou actuels, afin de déterminer des zones d’expansion de crues, les merlons de curage (...)
L'interview
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de l’Entente Oise-Aisne ?
En réalité, le sujet ne s’est pas vraiment imposé à nous. J’ai évoqué les avantages et les éventuelles plus-values qu’un drone pourrait apporter à notre organisation. Au niveau de la Gestion des Milieux Aquatiques, notre volonté était d’être autonome pour couvrir rapidement des territoires vastes sans devoir faire appel à un prestataire. Avant l’intégration de cette nouvelle technologie, en matière de topographie, de couverture végétale, de détection des anciens lits de cours d’eau, nous devions faire appel à des cabinets de géomètres. Idem pour la Prévention des Inondations, nous étions dépendants et surtout il nous manquait toujours de la donnée factuelle, relevant du terrain. En parallèle, j’ai effectué quelques recherches, étudié les fonctionnalités intégrées au dispositif, estimé les coûts à prévoir… J’ai présenté le projet à notre directeur Jean-Michel Cornet et il a été convenu d’aller plus loin en sollicitant un prestataire pour nous faire une offre technique et économique.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Ma réflexion a débuté en regardant un documentaire qui retraçait les grandes constructions de l’Antiquité. Cette technologie est aujourd’hui utilisée dans toutes les missions d’archéologie. Le rendu que je voyais à la télé m’a impressionné et assez rapidement j’ai imaginé intégrer les mêmes principes de travail à notre organisation. Suite à cette première inspiration, nous avons recherché les outils qui pouvaient nous aider. Deux modules se sont imposés à nous. D’abord une technologie photogrammétrique qui nous permet de faire un modèle numérique de surface à partir d’un traitement 3D de prises de vue hyper précises. Ensuite le LIDAR qui, grâce à des impulsions laser, permet de topographier en passant au travers de la végétation pour construire notre modèle numérique de terrain. Les deux technologies sont complémentaires.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Notre prestataire nous a présenté le drone et ses équipements en fonction d’un cahier d’expression de besoins. Il fallait dépasser l’image que l’on peut se faire de l’usage du drone. C’est un outil professionnel qui doit répondre à nos missions. D’ailleurs, chaque direction de l’Entente a été sensibilisée pour imaginer un usage en fonction de leurs compétences, de leurs besoins. Ce travail préparatoire nous a permis de positionner ce drone comme un outil transversal à nos 3 compétences : GEMA, ruissellement et PI.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
5 personnes ont été formées 5 à 6 heures individuellement pour maîtriser les techniques de vol. Ensuite, l’essentiel de la formation s’est concentrée sur la réglementation et la maîtrise informatique des outils. Le drone est soumis aux règles de la Direction générale de l’Aviation Civile. Ensuite, nous avons été formés à la lecture et au traitement des données. Nous pouvons traiter lors de chaque survol une trentaine d’hectares par quart d’heure. Le rendu de l’outil nous donne toutes les informations avec une précision de l’ordre de 5 à 8 millimètres. Nous confirmons ensuite les données à la réalité du terrain. Cet outil est une excellente aide à la décision qui sécurise nos actions et les investissements. Nous travaillons différemment.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Comme expliqué, ce projet a été mené en interne. Nous l’avons construit de manière autonome en partant de nos besoins et de nos compétences. Par exemple pour la compétence GEMA, nous identifions précisément les cours d’eau, anciens ou actuels, afin de déterminer des zones d’expansion de crues, les merlons de curage, des zones de connexion entre différents milieux humides… Ça nous permet de monter nos projets très précisément. Pour les citoyens, les contraintes réglementaires cadrent et sécurisent l’usage en zone habitée.
Comment avez-vous financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
L’Entente a totalement financé sur ses fonds propres l’achat du drone (40 000 euros), des deux modules, les batteries, les formations. L'achat représente une enveloppe totale de 60 000 euros qui a été très rapidement amortie. Dès la première étude topographique menée par nos soins, notre investissement a été totalement couvert puisque le prix payé pour l’achat du drone correspondait au prix facturé par un prestataire externe pour une mission similaire. Nous avons ensuite dégagé une enveloppe de 16 000 euros pour former 4 personnes en interne (plus une en vol de base).
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Uniquement la société Pro drone qui nous a accompagnés tout au long du projet dans le cadre d’un marché public.