ZEC de Gosnay (62) : écrêter au maximum les pics de crue
La communauté d'agglomération Béthune Bruay Artois Lys Romane, compétente en matière de lutte contre les inondations, conduit une politique de lutte concertée à l’échelle de son territoire.
Depuis 2016, elle a mené une vingtaine de projets dans le cadre d’un Programme d’Actions de Préventions des Inondations (PAPI Lys 3). Parmi eux : la zone d’expansion de crue de Gosnay qui permet d’écrêter les pics de crue en retenant l’eau de pluie sur ses terres. Avec une capacité de 230 000 m3, elle constitue l’ouvrage le plus conséquent du territoire en termes de stockage de volume d’eau.
Pleinement opérationnelle depuis janvier 2024, la ZEC de Gosnay fait partie d’un aménagement de trois ouvrages indissociables qui permettront, une fois les deux autres achevés, de stocker plus de 430 000 m3 d’eau.
La zone d’expansion de crue de Gosnay permet d’écrêter les pics de crue en retenant l’eau sur ses terres – Crédits photo : Banque des Territoires
Jusqu'à présent, chaque épisode de pluie générait une forte tension chez les habitants et les élus. Aujourd'hui, ils paraissent un peu plus sereins, se sentant mieux protégés.
Pour quelles raisons ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre territoire ?
Le bassin versant de la Lawe a connu d'importantes inondations ces dernières années, notamment en mai 2016. La géographie de notre territoire, avec ses reliefs, le rend particulièrement vulnérable à ce type d'événement. Les collines de l'Artois, aux pentes marquées, sont interrompues en fond de vallée par le canal d'Aire et l'autoroute, et bordées à leur base par un pays très plat. Lors de fortes pluies, l'eau dévale rapidement les pentes pour se retrouver bloquée dans cette plaine. Il était donc essentiel d'agir sur la vitesse d'écoulement et de retenir l'eau en amont afin de limiter les inondations. Nous avons ainsi mis en place des ouvrages structurants, comme la ZEC de Gosnay.
La collectivité a également engagé un programme de lutte contre les ruissellements par la mise en œuvre de dispositifs hydrauliques doux (haies, fossés à redents, etc). La ZEC de Gosnay permet de réguler les pics de crue en retenant temporairement l'excès d'eau, avant de la relâcher progressivement dans la Lawe une fois le pic passé.
Cependant, il est important de rappeler qu'elle fait partie d'un ensemble. Isolée, elle serait moins efficace. Deux autres ZEC sont en cours d'achèvement en amont pour ralentir davantage le flux d'eau. Cette stratégie combinée permettra, à terme, de protéger près de 62 % des zones à risque pour une crue de fréquence vicennale, soit environ 1 186 personnes.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Il n’existe pas de solution miracle en termes de ZEC. Ces ouvrages s’adaptent aux caractéristiques et contraintes rencontrées. Celle de Gosnay est en déblais-remblais et entourée de digues. Nous nous sommes servis de la topographie du territoire tout simplement.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui en fonction du type d’ouvrage, nous avons toujours des études d’impact à réaliser. La ZEC de Gosnay est soumise à autorisation environnementale avec un dossier réglementaire très lourd, car elle sert également de zone de compensation. La nature s’est d’ailleurs déjà fortement rapproprié le lieu ! Spatules blanches, avocettes, tadornes de belon… Le site attire de nombreux oiseaux.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Ils sont multiples. Pour mener un tel projet, il faut bien sûr des compétences techniques, juridiques et d’ingénierie. L’aspect foncier est aussi très important. Pour implanter cette zone de 25 hectares, il a fallu reprendre du terrain au monde agricole. Cela demande beaucoup de connaissances en termes de gestion de projet pour anticiper et imbriquer les différentes phases les unes après les autres. Tant que l’aspect réglementaire et foncier n’est pas réglé, la phase opérationnelle ne peut débuter.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Quand des communes sont régulièrement confrontées aux inondations, les populations sont en attente de solutions, donc nous n’avons pas eu trop de mal à convaincre de l’utilité de l’ouvrage. Nous avons eu l’adhésion des habitants même lorsque la communauté d'agglomération Béthune Bruay Artois Lys Romane a voté en 2021 la taxe GEMAPI pour pouvoir financer les différents projets. Ce qui est plus difficile à faire comprendre, c’est le temps nécessaire à la mise en œuvre.
Quand nous réalisons une ZEC comme celle de Gosnay, près d’un cours d’eau, nous avons de forte probabilité de se retrouver dans le secteur d’une zone humide. Or, quand on est dans une zone humide, on doit nécessairement la compenser, et l’instruction du projet demande du temps car la réglementation est lourde.
Une ZEC, alors même qu’elle est mise en place pour protéger les biens et les populations, est regardée exactement de la même façon qu’une ZAC. Expliquer aux habitants, régulièrement sinistrés, qu’il faut attendre 1 an pour une étude, et 6 mois pour obtenir une autorisation est difficilement entendable. Il faut beaucoup de pédagogie.
Comment le projet a-t-il été financé et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
La ZEC Gosnay a coûté 2 859 276 € HT. Les travaux ont été financés par l’Etat au titre des fonds FPRNM (fonds de prévention des risques naturels majeurs) et par l’Agence de l’Eau Artois-Picardie. Il faut ajouter aussi le montant de la ZEC La Comté (1 089 886 € HT) et de la ZEC Ourton (409 290 € HT), indissociables de la ZEC de Gosnay. Le coût total des travaux des trois ouvrages s’élève à 4 358 452 € HT.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les services de l’Etat et de l’Agence de l’Eau sont des acteurs prépondérants dans ce type d’opération, mais nous avons travaillé aussi main dans la main avec le Syndicat Mixte pour le Schéma d’Aménagement et de la Gestion des Eaux de la Lys (SYMSAGEL) qui planifie l’ensemble des ouvrages de lutte contre les inondations du bassin versant de la Lys.
J’ai aussi envie d’associer la commune de Gosnay et les riverains car le projet a nécessité le passage de 400 tracteurs-bennes par jour devant des secteurs habités. Les entreprises partenaires et les différents services de la Communauté d’Agglomération Béthune Bruay Artois Lys Romane ont réalisé un travail remarquable. Dans ce type de travaux, nous sommes tous dans le même bateau pour ramer dans la même direction !