PRODUCTION DE L’EAU

Cozzano (2A), des microcentrales hydroélectriques pour un territoire rural autonome

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cozzano, village de l’intérieur de la Corse, est équipé de deux microcentrales hydroélectriques qui, depuis 2022, couvrent les besoins domestiques des communes du canton, et d’une population qui, en période de crête, atteint les 3 500 à 4 000 habitants. L’une est connectée au réseau d’adduction d’eau potable, l’autre se situe au fil de l’eau sur la rivière Le Mezzanu. Les deux centrales ont la capacité de produire 2 000 000 kWh, une électricité revendue à EDF qui constitue une manne pour le village, avec 330 000 € de recettes nouvelles.

Le village s’est engagé dans une démarche de territoire à énergie positive, au sein d’une Corse qui est une zone non interconnectée, dépendant ainsi de l’extérieur pour satisfaire ses besoins en électricité. Une chaudière biomasse, produisant une énergie équivalente à 220 000 KW/h, complète le paysage. Elle alimente en chaufferie l’ensemble des bâtiments publics. « Nous remplissons notre part du contrat en utilisant ainsi une énergie potentielle, des énergies renouvelables, issues de ressources propres », souligne Jean-Jacques Ciccolini, maire de Cozzano depuis 1986.

Une source à 1300 mètres d’altitude, un réservoir d’eau potable à 740 mètres, un village implanté plus bas encore. Un delta de puissance qu’on pouvait transformer en énergie électrique.

Jean-Jacques Ciccolini

Comment l’installation d’une micro-centrale hydroélectrique sur le réseau d’adduction d’eau potable de Cozzano, puis d’une seconde sur le cours de la rivière, s’est-elle imposée à l’agenda de la commune ?

Quand j’observe les montagnes qui dessinent la vallée, et plus loin le plateau du Cuscione, je vois l’immensité et à la richesse d’un château d’eau naturel qui surplombe Cozzano et le Haut-Taravo. Cela a alimenté ma réflexion : comment canaliser l’énergie de cette eau qui, de sources en cascades, dévale sans retenue vers la mer. L’idée s’est donc portée sur cet usage secondaire de l’eau potable. Comment exploiter cette différence de potentiel sur le réseau puisque nous avons une source captée à 1230 m d’altitude, un réservoir à 740 mètres, et un village à 700 mètres ? Un delta de puissance que nous devions transformer en énergie électrique.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Pourquoi dans des zones reculées de la Corse profonde ne pas s’engager sur des process aussi pertinents ? Je suis allé dans les Alpes, j’ai visualisé des installations de ce type. Il s’agissait de faire de cette chute une force. Là où d’autres installent un réducteur de pression, j’ai choisi de positionner une turbine. La rénovation du réseau d’adduction d’eau potable a ouvert une fenêtre d’opportunité.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

On ne peut pas dévier ou augmenter la production d’une source sans une déclaration d’utilité publique et une autorisation préfectorale.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

D’abord, repérer les sources potentielles, évaluer la production, faire un étalonnage de la source, un hydrogéologue nous a aidés. Un bureau d’études spécialisé est intervenu en amont de la réflexion. La contribution d’EDF s’est concentrée sur le raccordement au réseau électrique. Nous sommes dans une relation commerciale, mais l’ingénierie d’EDF a répondu à des questions essentielles : comment se raccorder au réseau ? Comment injecter la production ?

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

L’adhésion des administrés s’est faite à travers l’enquête publique. Le bureau d’études spécialisé sur le réseau d’eau nous a permis de mieux appréhender le projet et de le dimensionner correctement afin de garantir un débit suffisant pour faire tourner une turbine de ce type. J’étais conscient que cela sortait des sentiers battus de l’action municipale, et que cela susciterait perplexité et incompréhension parmi les autres élus insulaires, prompts à considérer que la production d’électricité relève uniquement d’un processus industriel.

Comment la collectivité a-t-elle financé le projet, et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Pour la centrale sur le réseau d’eau potable, l’investissement de près de 300 000 €, comprenant notamment la création d’une conduite d’amenée d’eau enterrée de 3 420 mètres de longueur, a été soutenu par la Collectivité de Corse et le Fonds européen de développement régional. La contrepartie est que le prix de vente de l’électricité à EDF, unique opérateur sur l’île, est inférieur au marché à 0,1025€ le kWh. Mais la démonstration a été faite, auprès de la population notamment, qu’une eau turbinée ne subit pas d’altération, que sa potabilité reste intacte.
Concernant la deuxième centrale au fil de l’eau, la commune a emprunté pour financer l’intégralité des travaux, un investissement de 1 400 000 € réalisé sans aides publiques, nous permettant de vendre l’électricité au prix du marché, soit 0,19€ le kWh. Elle fonctionne d’octobre à juin afin de respecter les périodes d’étiage de la rivière, et de préserver aussi la biodiversité.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la commune de Cozzano dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le partenaire incontournable reste l’État – préfecture, Draf et ARS - qui délivre les autorisations nécessaires et, en bout de course, EDF pour la viabilité de l’installation, le contrôle et l’évacuation de l’énergie.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2008

    Inspiration

  2. 2009

    Mise à l'agenda

  3. 2017

    Installation de la microcentrale hydroélectrique sur le réseau d'eau potable

  4. 2022

    Installation de la microcentrale hydroélectrique au fil de l'eau

Chiffres clés

  • 299 000 €

    Coût de la microcentrale sur le réseau d’adduction d’eau potable

  • 380 000 kW/h

    Production d'énergie de la microcentrale sur le réseau d’adduction

  • 168 tonnes CO2

    Émission évitée Tonne CO2/An de la microcentrale sur le réseau d’adduction

  • 1 400 000 €

    Coût du projet de la microcentrale au fil de l’eau

  • 1 600 000 kW/h

    Production d'énergie de la microcentrale au fil de l’eau

  • 918 tonnes CO2

    Emission évitée Tonne CO2/An de la microcentrale au fil de l’eau

À retenir

  • Nous sommes vertueux en termes de production et de consommation d’énergie.

  • Tout cela sans conséquence sanitaire sur la qualité de l’eau potable distribuée aux consommateurs, ou sur la qualité de l’eau rejetée dans le Taravu, le fleuve longtemps affecté par les rejets de la production porcine, mais depuis méthodiquement dépollué, au point de bénéficier du Label Site Rivières sauvages de niveau 3.

  • La longueur des procédures, un système administratif un peu kafkaïen, il faut passer par les fourches caudines des diverses administrations.

  • Collectivité de Corse

  • Agence de l'Eau Rhône Méditerrannée Corse

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience