PRODUCTION DE L’EAU

La source de la Foux retrouve un nouveau souffle à Grasse (06)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Dans les Alpes-Maritimes (06), la Communauté d’agglomération du Pays de Grasse a entrepris des travaux d’ampleur pour améliorer la qualité de l’eau de la source de la Foux qui émerge en plein cœur de la ville de Grasse, dans une galerie creusée dans la roche, à l’intérieur d’un parking couvert.

Cette source historique, sous exploitée, retrouve aujourd’hui un rendement à la hauteur de ses capacités. Le projet de modernisation de cette unité de traitement se situait dans un environnement urbain très contraint, littéralement dans une épingle à cheveux. Les travaux entrepris ont permis de requalifier un espace public, tout en redonnant de la visibilité à cette source pour les grassois. Le parti pris architectural laisse volontairement apparaître six dômes en acier sur l’esplanade du square : ce sont les filtres à sable à l’intérieur desquels passe l’eau pour son traitement, en sous-sol.

Autrefois totalement invisible, l’eau de la source redevient un élément présent dans la cité, pour l’agrément des piétons traversant le square. En effet, outre la présence des dômes, une petite cascade a pu être créée sur le site, alimentée par les eaux de lavage des filtres à sable, permettant ainsi d’arroser également les espaces verts.

Optimiser nos propres ressources en eau dans un contexte de sécheresse devient une nécessité.

Cédric Diaz

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse ?

La source de la Foux qui émerge en plein cœur de la ville de Grasse est une source d’origine karstique qui provient des montagnes de notre arrière pays.

Jusqu’à maintenant, nous lui appliquions un traitement conventionnel au chlore, mais cela ne nous permettait pas de nous prémunir de toutes les pollutions accidentelles, ni d’éliminer sa turbidité lors des épisodes de fortes pluies, ce qui limitait son exploitation. Or nous avons mené des investigations géologiques en 2021 qui ont mis en évidence le fait que nous pouvions prélever un volume trois fois plus important que celui prélevé jusqu’alors. Dans un contexte de sécheresse qui s’accentue nous avons alors décidé de lancer un appel d’offre pour construire une nouvelle unité de traitement qui allait pouvoir répondre à l’ensemble de ces problématiques.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Ce projet était en réalité en attente depuis presque dix ans… Mais en raison de contraintes techniques assez fortes (emplacement de la source en pleine ville, difficulté à positionner les nouveaux équipements sur une micro-parcelle) nous ne parvenions pas à le faire aboutir. Et puis en 2019 nous avons connu un épisode de pollution des eaux du Foulon, une autre source située sur notre territoire et géré par le Syndicat Intercommunal des Eaux du Foulon (SIEF). Pour cette problématique, une unité de traitement en urgence a été construite. Après cet épisode très formateur, l’ingénieur hydraulicien Marc Flocon qui fait partie des équipes du SIEF a été mis à disposition de l’intercommunalité pour nous aider à réfléchir à notre problématique et piloter le projet. Cela nous a permis de trouver enfin une solution ensemble. Nous avons décidé de lancer un appel d’offre qui comprenait à la fois la conception du projet et sa réalisation, d’un point de vue technique (filtration) comme architectural (l’emprise sur l’espace urbain).

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet, et avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens ou co-construit avec eux ?

Comme nous n’avions pas les compétences en interne, l’appui de l’ingénieur hydraulicien a été déterminant. S’adjoindre les compétences techniques d’une personne qui est neutre est important, surtout dans le cadre du lancement et de l’analyse de l’appel d’offres. Par « neutre » j’entends une personne qui ne fait pas partie des équipes du délégataire par exemple.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous avions deux objectifs bien clairs : garantir en premier lieu la fourniture d’une eau répondant à l’ensemble des exigences sanitaires, c’est à dire permettant les quatre étapes de filtration suivantes :

  • coagulation préalable en fonction de la turbidité de l’eau brute
  • filtration sur six filtres sous pression en cas de turbidité
  • stérilisation aux ultra-violets
  • désinfection rémanente de l’eau au chlore.

En second lieu nous souhaitions optimiser pleinement l’exploitation de la ressource en augmentant les prélèvements sur la source de la Foux, ce qui permet à l’intercommunalité de réduire les achats d’eau extérieure en période estivale ou en cas de turbidité.

D’un point de vue architectural, la source étant située en plein cœur de ville, nous souhaitions que le projet permette de requalifier le square de la Foux où nous avions choisi d’implanter le projet, un espace relativement contraint, dans une épingle à cheveux, sur deux niveaux distincts.

Comment la collectivité a-t-elle financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Le projet s’est élevé à 4,2 millions d’euros HT. Environ 240 000 euros HT ont été consacrés à l’étude préalable et à la conception et 3,9 millions d’euros HT aux travaux d’aménagement.

Le département des Alpes-Maritimes a financé à hauteur de 18% et la Communauté d’Agglomération a financé le reste.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le groupement qui a emporté l’appel d’offre était composé d’un architecte, d’une entreprise spécialisée dans le processus de potabilisation, d’un fabricant de filtres et d’une entreprise de travaux. Nous avions formulé l’appel d’offre en ce sens, afin que ceux qui répondent se soient déjà constitués en équipe. Cela nous a permis de gagner plusieurs mois par la suite entre l’étude et l’exécution des travaux.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Juillet 2022

    Lancement de la procédure de conception/réalisation – appel à candidature

  2. Mai 2023

    Attribution du marché de conception/réalisation

  3. Janvier 2024 à Mai 2025

    Réalisation des travaux

  4. Juillet 2025

    Mise en service totale

Chiffres clés

  • 2 800

    m3, le volume d'eau produit chaque jour avant l’unité de traitement

  • 5 800

    m3, le volument d’eau produit chaque jour après l’installation de l’unité de traitement

  • 600 000

    euros, l'économie d’achat d’eau par an

À retenir

  • Le principal point positif se situe sur le fait que cette opération nous permet d’optimiser nos propres ressources. Cette eau coule directement en plein cœur de la ville, avec un coût d’acheminement proche de zéro pour les grassois

Les partenaires du projet

  • Département des Alpes-Maritime

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