Modélisation par drone de l’état des infrastructures de stockage de l’eau (33)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
La Régie de l’Eau Bordeaux Métropole expérimente l’inspection de ses réservoirs d’eau potable par drone afin d’améliorer la connaissance et le suivi de son patrimoine. Face à un parc d’ouvrages vieillissant et parfois difficile d’accès, cette démarche vise à optimiser les opérations d’inspection réglementaires, aujourd’hui réalisées manuellement.
Menée dans le cadre d’un marché innovant avec la société Lynxdrone, l’expérimentation repose sur l’analyse d’images haute définition et de modélisations 3D issues de capteurs embarqués. Testée sur trois réservoirs, elle doit permettre d’évaluer les gains opérationnels, la qualité des données produites et leur exploitation pour la maintenance préventive des infrastructures.
L'Eau de Bordeaux Métropole fait appel à la société Lynxdrone pour tester l'inspection par drone de ses infrastructures de stockage de l’eau. - Crédit photo : François Passerini
L’objectif est vraiment de mieux connaître nos réservoirs pour agir avant qu’un problème n’apparaisse. Le drone nous permet d’aller partout, plus facilement.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet est né d’un besoin opérationnel exprimé par les équipes d’exploitation chargées de la production et du stockage de l’eau potable. Le parc de réservoirs de Bordeaux Métropole est en partie ancien, avec des ouvrages parfois difficiles d’accès. Les inspections réglementaires, réalisées par inspection visuelle et par échantillonnage, nécessitent souvent l’installation d’échafaudages et mobilisent des moyens importants pour des observations parfois ponctuelles.
Dans ce contexte, la direction recherche et innovation a identifié l’opportunité de recourir à des drones pour améliorer la couverture et la précision des inspections, tout en réduisant les contraintes logistiques. Une phase de test (proof of concept) a ainsi été engagée sur trois réservoirs représentatifs afin d’évaluer l’intérêt d’un déploiement à plus grande échelle.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Le projet s’inscrit dans une dynamique locale d’innovation. La Régie de l’Eau Bordeaux Métropole, via son réseau d’innovation (notamment avec Bordeaux Technowest), est en lien régulier avec des startups du territoire. C’est dans ce cadre que la société Lynxdrone, spécialisée dans l’inspection par drone en milieux confinés, a été identifiée.
Si des expériences similaires existent ailleurs, notamment sur des aqueducs, ce projet n’est pas directement issu d’un modèle externe mais d’une rencontre entre un besoin opérationnel et une solution technologique locale. Le dispositif repose sur des drones équipés de caméras haute définition, de systèmes de géolocalisation et de capteurs LiDAR permettant de produire des modélisations 3D précises des ouvrages.
L’enjeu porte également sur la gestion et l’exploitation des volumes importants de données générées, ainsi que sur leur mise à disposition sous un format exploitable par les bureaux d’études spécialisés en génie civil.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Le projet ne nécessite pas de concertation spécifique avec les citoyens ou les élus, dans la mesure où il relève de la gestion technique du patrimoine. Néanmoins, il contribue indirectement à améliorer le service rendu aux usagers en favorisant une approche préventive de la maintenance des ouvrages.
Les compétences mobilisées sont principalement celles du prestataire pour la captation et le traitement des données, ainsi que celles des bureaux d’études en génie civil pour leur analyse. En interne, plusieurs directions sont impliquées : exploitation, recherche et innovation, puis ingénierie et patrimoine pour la mise en œuvre des travaux éventuels. Le projet s’inscrit dans une logique de prévention, ce qui permet d’identifier précocement les désordres structurels et d’éviter des interventions lourdes à plus long terme.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Aucune étude d’impact formelle n’a été réalisée en amont, le projet s’inscrivant dans une démarche expérimentale. L’objectif est précisément d’évaluer l’intérêt opérationnel et économique de cette solution. Le dimensionnement a été défini sur la base d’un budget contraint, avec une expérimentation limitée à trois réservoirs représentatifs des 49 ouvrages du parc métropolitain. Cette approche permet de tester la solution sans engager de moyens excessifs.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet est intégralement financé par la Régie de l’Eau Bordeaux Métropole, via son budget dédié à la recherche et à l’innovation. Aucune aide extérieure n’a été sollicitée. Le recours à un marché innovant, sans publicité ni mise en concurrence, a permis de contractualiser avec Lynxdrone dans un cadre adapté à une expérimentation technologique. À terme, en cas de déploiement, un marché public classique sera lancé.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Lynxdrone (prestataire spécialisé en inspection par drone), les directions internes de la Régie de L'Eau Bordeaux Métropole : exploitation, recherche et innovation, ingénierie et patrimoine, un bureau d’études en génie civil (pour l’analyse des données).
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je recommande une phase d’expérimentation via un marché innovant avant tout déploiement à grande échelle. Cette approche permet de tester la pertinence technique et économique du dispositif tout en limitant les engagements financiers. Il est important également d’anticiper les contraintes organisationnelles, notamment en articulant les interventions avec les opérations de maintenance existantes. Une montée en charge progressive apparaît comme la stratégie la plus adaptée.