PRODUCTION DE L’EAU

Rénovation du barrage de Rophémel (22)

Niveau d'expertise : intermédiaire

La Collectivité Eau du Bassin Rennais (35) a rénové en 2024 le barrage de Rophémel situé sur les communes de Guenroc et de Plouasne (22), utilisé pour la production d’eau potable et d’électricité.

L’opération a consisté à effectuer des réparations localisées du béton et à poser une membrane PVC sur la face amont du barrage (côté lac). Le principal défi était de synchroniser le calendrier avec la rénovation de l’usine de potabilisation attenante et avec la contrainte de terminer avant les pluies hivernales.

Un soin particulier a été apporté à la préservation de la biodiversité du lac (poissons, tritons notamment) et des cours d’eau en aval (stockage des sédiments). Pour la rénovation du barrage, le budget s’élève à 13,5 millions d’euros.

Il y avait une forte volonté politique de préserver la biodiversité, les poissons, les tritons et chauve-souris, pendant la vidange du barrage

Jean Ronsin

Comment la rénovation du barrage de Rophémel s’est‐elle imposée à l’agenda de votre collectivité ?

Le barrage a été construit en 1936, initialement pour la production électrique. Depuis 1963 la ville de Rennes pompe de l’eau dans le lac ainsi formé. Depuis 2015, le barrage a été rétrocédé à Eau du Bassin Rennais. La partie production électrique a été rénovée en 2018 (suppression de l’une des deux turbines pour créer à sa place une continuité écologique pour les anguilles).

Dès 2012, des diagnostics de la structure du barrage ont été réalisés. Ils ont été complétés d’une observation par drones en 2018 et d’une inspection subaquatique en 2019. Ces opérations ont révélé une bonne solidité de la structure mais des défauts d’étanchéité, avec des conséquences, à moyen terme, sur le béton armé de la structure. Nous avons coordonné le calendrier des travaux avec celui de la modernisation de l’usine d’eau potable, la vidange du barrage entraînant logiquement un arrêt de l’usine.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le projet s’est inspiré des retours d’expérience proposés par le Comité français des Barrages et des Réservoirs au niveau national (barrage de Pannecière et barrage des Settons, 58) et au niveau local (barrage de Guerlédan, 56).

Est‐ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Deux études ont été menées en 2022. La première, de faisabilité, a permis de déterminer les enjeux techniques et les contraintes de calendrier et la continuité de l’alimentation en eau potable pendant la période de vidange. Ainsi, le lancement des travaux a pu être décidé en 2023 en fonction de l’état des ressources en eau. Une telle rénovation aurait été difficile si les ressources avaient eu le faible niveau de 2022.

La seconde est une étude d’impact environnemental, basée sur un inventaire environnemental (faune, flore, habitats). Elle visait à identifier les impacts environnementaux et développer la méthodologie « Éviter-réduire-compenser » pour ce projet.

Lors d’une précédente vidange en 1998, environ 10 tonnes de poissons ont été perdues. Pour cette rénovation-ci, il y avait une forte volonté politique de préserver la biodiversité. Des pêches de sauvegarde ont permis de déplacer 7,5 tonnes de poissons vers des cours d’eau à 30 km à la ronde ; les pertes s’élèvent à environ 200 kg de poissons seulement. Les sédiments ont été pompés et déposés dans des lagunes artificielles à proximité. L’objectif était d’éviter qu’ils ne se déversent en grande quantité dans la Rance lors de la vidange, au risque de perturber l’écosystème en aval. Des abris à chauve-souris et une mare pour déplacer les tritons ont été créés. Une frayère pour les brochets a été aménagée dans la queue de la retenue (i.e. la zone du plan d’eau éloignée du barrage).

Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

L’équipe du projet regroupe des compétences multiples, notamment un agrément pour la sécurité des ouvrages hydrauliques, mais aussi des compétences en environnement, en physico-chimie, etc. pour prendre en compte la préservation de la biodiversité sur le site.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a‐t‐elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Pour améliorer l’étanchéité, le choix s’est porté sur une membrane en PVC sur l’amont (du côté du lac de barrage). Il y a eu une réflexion poussée pour le choix de la membrane. Nous souhaitions avoir un matériau de qualité et minimiser les risques pour la qualité de l’eau. Le PVC est apparu être ce qu’il y avait de mieux du point de vue de la sécurité de l’eau potable pour ce chantier-ci.

La bâche est divisée en plusieurs parties (une par voûte du barrage) pour faciliter des réparations ultérieures.

Des réunions locales ont été menées avec les représentants des communes et des EPCI, des associations environnementales locales, des riverains. Une enquête publique a été conduite fin 2023. Plusieurs rendez-vous ont été proposés au public, pendant la vidange : une balade à vélo, une randonnée gourmande qui a réuni 1 000 personnes, une balade le long de la rivière lors des Journées européennes du Patrimoine qui a attiré plus de 600 personnes. Une trentaine d’agriculteurs locaux ont bénéficié d’une visite dédiée avant les travaux.

Comment la collectivité a‐t‐elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget de 13,5 millions d’euros a été couvert à 50 % en autofinancement par Eau du Bassin rennais et à 50 % par le Syndicat mixte de gestion Eau 35 (SMG Eau 35), qui finance ces actions via la contribution des usagers du territoire (sur leur facture d’eau).

En parallèle, la rénovation de l’usine de Rophemel a coûté 20 millions d’euros.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Géos : maître d’œuvre (agréé pour les travaux de réhabilitation sur les barrages de classe A)

Ingérop : bureau d’études en environnement

Idra Environnement : bureau d’études spécialisé dans le dragage

Diverses entreprises de travaux spécialisées sont aussi intervenues : Demathieu Bard, CarpitTech, Athos Environnement.

Des associations environnementales locales ont aussi été impliquées, notamment pour la sauvegarde es poissons : fédération de pêche, AAPPMAs locales (Association Agréée pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques) …

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2016 - 2019

    Inspiration

  2. 2021

    Mise à l'agenda

  3. été 2023

    Recherches des compétences

  4. 2023-2024

    Réalisation

Chiffres clés

  • 4,9

    Millions de m<sup>3</sup> d'eau stockées par le barrage

  • 31

    Mois de travaux dont 9 en phase de vidange

  • 126

    mètres de long et 26 mètres de haut (dimension du bassin)

À retenir

  • Nous avons réussi à tenir un calendrier serré, pour arrêter la production le moins longtemps possible. Il a fallu attendre début 2023 pour savoir si les ressources en eau seraient suffisantes pour se passer de la production de ce barrage pendant l’été. Et il fallait aussi terminer les travaux sur le barrage avant novembre et la période des pluies : le barrage peut se remplir en une journée lors de crues importantes ! Ce calendrier devait aussi être coordonné avec celui de la rénovation de l’usine de potabilisation, qui pompe l’eau dans la retenue du barrage.

  • La mise en place du dragage et de la purge des sédiments a été complexe : 1,5 km de tuyaux ont été nécessaires pour les guider vers la lagune voisine ! Ceci a entraîné du retard pour les étapes suivantes, la pose de la grue et de l’échafaudage nécessitant un sol dur, et par conséquent un retard pour la pose de la membrane d’étanchéité.

  • Syndicat Mixte de Gestion Eau 35

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