Une station d’alerte sur la Mayenne, première pièce de la sécurisation de l’alimentation en eau potable du Pays de Craon (53)
Le captage de l’usine de la Roche-Neuville, appartenant au Pays de Craon, couvre 70 % des besoins en eau potable pour ses 37 communes ainsi qu’une partie du Pays de Château-Gontier.
Installée en 2025 à 2,5 km en amont de l’usine, la station d’alerte est un équipement simple et efficace pour sécuriser la production d’eau. Elle informe en continu sur 7 paramètres majeurs pour la qualité de l’eau brute, permettant d’anticiper l’arrivée d’une pollution. Hors d’une situation de crise, elle facilite l’exploitation en détectant en amont les modifications de la qualité de l’eau.
L’écluse de Neuville est un site patrimonial et touristique appartenant au Département de la Mayenne - Crédits photo : Banque des Territoires
La station d’alerte rentre dans un projet global de sécurisation de l’alimentation en eau potable.
L'interview
Comment le projet d'une station d'alerte s’est-il imposé à l’agenda du Pays de Craon ?
Fabienne Guiguen (ATD Eau 53) : Dans le Schéma départemental d’alimentation en eau potable de la Mayenne adopté en 2018, le risque pollution figure parmi les enjeux majeurs. La moitié de l’alimentation en eau potable du département repose sur la rivière Mayenne. Nous avons réalisé des traçages à la fluorescéine en amont des trois prises d’eau principales sur la Mayenne, pour connaître les temps de transit depuis le début du périmètre de protection jusqu’au captage. Entre l’écluse à 2,5 km en amont et la prise d’eau de La Roche-Neuville, le temps de transit est de 10h pour un faible débit (15 m³/s), 5h pour le débit moyen (30 m³/s) et 1h ou moins en cas de crue. L’installation d’une station d’alerte sur la qualité de l’eau donne à l’exploitant le temps de se préparer à une modification de la qualité de l’eau, voire à une pollution.
Mickaël Bouleau (Pays de Craon) : Le captage de La Roche-Neuville couvre 70 % de nos besoins. Nous avons d’autres ressources, mais une panne ou une pollution entraînant un arrêt de production de plus de 6 heures serait très problématique. La station d’alerte rentre dans un projet global de sécurisation de l’alimentation en eau potable. Nous activons également d’autres leviers, en particulier les interconnexions avec les territoires voisins, à l’horizon 2040. L’intercommunalité a également commencé à travailler son Plan de Gestion de la Sécurité Sanitaire des Eaux (PGSSE).
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Pierre Artuit (ATD Eau 53) : En charge de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, j’ai organisé des visites d’études pour observer différentes technologies. Nous avons visité un équipement autonome d’analyses en continu en Bretagne. C’était trop poussé et surdimensionné pour notre besoin. Nous avons aussi étudié l’outil utilisé par la laiterie voisine pour contrôler l’impact de ses rejets dans le cours d’eau. Nous avions envisagé un équipement installé sur une bouée flottante, ou bien à terre avec un système de pompage... Finalement, lorsque nous avons lancé la consultation, nous avons laissé ouverte la question de la technologie. En revanche notre cahier des charges était précis concernant les indicateurs à tracer, la transmission automatique des données et l’autonomie en énergie de la station.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Pierre Artuit : Nous ne maitrisions pas les différentes technologies. L’entreprise a bien joué le jeu et a été de bon conseil. Entre la notification du marché et l’installation, nous avons pris trois mois pour affiner la technologie.
Julien Debacq (Pays de Craon) : Concernant les compétences, l’équipe de production de l’usine a été formée par l’installateur. La station est facilement exploitable et nécessite très peu de maintenance : un passage une fois par mois pour nettoyer les sondes suffit. Concernant la visibilité pour le public, nous sommes satisfaits d’avoir une station peu encombrante qui n’attire pas trop l’attention, ce qui limite le risque de vandalisme.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Julien Debacq : Nous souhaitions analyser des paramètres identiques à ceux mesurés en entrée de l’usine. Nous avons une sonde contenant 6 capteurs qui mesurent la turbidité, l’oxygène dissous, le pH, la température, les phycocyanines (détection de cyanobactéries) et la matière organique dissoute colorée (CDOM). Une deuxième sonde détecte la présence de tout type d’hydrocarbures, sans mesurer. La station est modulable : nous pouvons remplacer un capteur pour mesurer un autre paramètre. Les données sont transmises à l’usine toutes les 5 minutes. C’est devenu un outil quotidien d’exploitation pour anticiper les modifications de dosage de réactif. En cas de dépassement de seuils, les personnes en service ou en astreinte reçoivent l’alerte sur leur téléphone.
Fabienne Guiguen : Sur le choix du site, l’écluse de Neuville présentait plusieurs avantages. D’abord la bonne distance par rapport au captage (2,5 km en amont), au début du périmètre de protection et juste après le pont de la Valette qui est un point de fragilité en cas d’accident de la circulation. L’écluse appartient au département, ce qui a également facilité l’installation de la station. Pour permettre la réalisation de travaux sur l’écluse, le choix s’est porté sur un équipement démontable. Une convention d’occupation du domaine public a été signée entre le Département et la Communauté de communes du Pays de Craon.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Mickaël Bouleau : La station a coûté environ 60 000 €
Le département de la Mayenne a apporté son soutien financier à hauteur de 30 %, soit 18 000 € de subventions.
L’Agence de l’eau Loire-Bretagne a subventionné à 25% l’opération sur une dépense éligible de 53 565 € HT, soit une subvention de 13 392 €.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Pierre Artuit : L’entreprise CNS instrumentation, attributaire du marché, a proposé, adapté, fourni l’équipement, réalisé la pose, le raccordement et la programmation de la station d’alerte. Avant de faire notre choix de prestataire, nous avons pris l’avis de la DREAL, sur son réseau hydrométrique, et de l’agence de l’eau qui connaissaient déjà cette entreprise.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Mickaël Bouleau : Pour la station d’alerte elle-même, le point essentiel est de bien savoir ce qu’on veut mesurer. Concernant la sécurisation de l’alimentation en eau potable, l’autre levier d’action est la discussion avec les industriels pour les amener à économiser l’eau et gérer le risque de pénurie. C’est par exemple le fait d’assurer leur défense incendie de façon autonome par rapport au réseau d’eau potable ou, pour les gros consommateurs comme les laiteries, d’être en capacité de mettre à l’arrêt leurs lignes de production sur demande du producteur d’eau tout en ayant nettoyé de manière sécurisée leur outil de production.