Une unité de décarbonatation à Houdain (62)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Ce projet d’unité de décarbonatation, décidé par l’ancienne mandature, permet d’améliorer la qualité de l’eau pour 69 000 habitants. Basé sur une technologie éprouvée qui permet de réduire l’indice de dureté, l’usine intègre un volet d’économie circulaire avec la réutilisation des résidus de calcaire générés en fin de traitement.
Au delà des études de faisabilité et d’impact qui ont validé sa pertinence environnementale, le projet repose sur une bonne connaissance de la ressource, une concertation locale et une communication adaptée. Financée sans aides, l’opération s’appuie sur un montage en délégation de service public, sans impact sur le prix de l’eau pour les usagers.
L’usine qui traite 360 m3 d’eau par heure a nécessité des travaux pour regrouper et interconnecter les principaux forages du périmètre. - Crédits photo : Banque des Territoires
Aucune charge supplémentaire dans le prix de l’eau n’est à prévoir pour les habitants. Les 5M€ de financement ne déclencheront aucun amortissement pour la population.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Ce projet communautaire, initialement décidé et voté par l’ancienne mandature, a été poursuivi dans le cadre du contrat de service public qui nous lie avec Véolia. Cette unité de décarbonatation soulève la question légitime de la place d’un tel investissement dit de confort à notre époque. Si actuellement, les priorités sont tout autres, le traitement et la qualité de l’eau font l’objet d’une attention particulière, il fallait tenir l’engagement pris auprès des habitants. Aujourd’hui, ce dispositif permet d’alimenter 69 000 habitants en eau potable, 20% de l’agglomération, avec un indice de dureté de 15 à 20°f. Le gain est important, c’est indéniablement un confort supplémentaire qui facilite l’entretien des équipements et limite les désagréments liés au calcaire.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Très simplement, nous avons bénéficié de la Recherche et Développement de notre délégataire de Service Public, Véolia. Cette technologie est expérimentée et déployée depuis plusieurs années. Il n’y a pas d’innovation particulière, si ce n’est que nous avons souhaité employer un procédé basé sur une réaction chimique de variation de PH qui permet de fixer le calcaire sur des grains de sable. En fin de procédé, ces billes de calcaire sont récupérées et utilisées dans le cadre d'opérations de travaux publics. C’est un plus pour nous.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Si une étude de faisabilité a été menée en amont du projet, en parallèle, une étude d’impact a aussi été engagée sans être nécessaire au sens réglementaire du terme. Il fallait étudier les impacts environnementaux de cette technologie en matière de rejets. Cette unité de traitement supplémentaire ne vient pas dégrader l’exploitation de la nappe phréatique, elle n’impacte pas non plus l’équilibre physico-chimique de l’eau distribuée. De plus, nous avons poussé la démarche pour optimiser le processus et générer un maximum de valeur dans le projet en proposant les billes de calcaire en fin de circuit aux industriels. C’était important pour nous d’aller au bout de la démarche en envisageant aussi la réutilisation du calcaire récupéré par le traitement de l’eau.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Il n’y a pas de véritables enjeux technologiques sur la décarbonatation. Il est par contre nécessaire de bien connaître la ressource « eau brute » pour étudier la problématique de sa dureté. Ce constat permet de déterminer les impacts sur les abonnés et les éventuels préjudices qui pourraient être compensés par un tel équipement. Toujours au regard de la balance bénéfice/coût, il faut aussi prendre en compte l’impact d’un tel équipement sur le tissu économique local. Il a été demandé aux habitants concernés de se déconnecter de leur adoucisseur domestique d’eau potable. Ce projet communautaire a été porté vers les citoyens à travers la voix des élus. Cet échelon local est central pour poser les bases d’un projet de cette ampleur. La commission communautaire « Cycle de l’eau » a permis de discuter et de délimiter le cadre technique, réglementaire et économique avec l’ensemble des interlocuteurs concernés. Le projet a ensuite suivi un chemin institutionnel classique. Le volet communication a été porté via les réseaux sociaux et des campagnes de mailing de l’agglomération. Véolia, notre délégataire de service public, a aussi communiqué par courrier et mail auprès de l’ensemble des usagers.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
La nature du projet ne nous a pas permis de solliciter d’aides financières. Le financement a été possible sur les fonds propres de l’agglomération sous la forme d’un investissement concessif de l’ouvrage. Notre délégataire, dans le cadre du contrat de délégation de service public qui lui a été confié, a assuré la construction de l’ouvrage en s’appuyant sur des fonds provisionnés pour assurer des investissements futurs. Aucune charge supplémentaire dans le prix de l’eau n’est à prévoir pour les habitants. Les 5 millions de financement ne déclencheront aucun amortissement pour la population.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
L’Agence de l’eau, les services de l’État, la DDTN Pas de Calais.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Pour mener un projet de cette ampleur, il est nécessaire d’adopter une vision globale dès le départ, en définissant clairement les objectifs et les conditions de l’équilibre économique. C’est un investissement important qui impose de maîtriser l’ensemble du processus afin d’assurer sa rentabilité dans le temps. Cela suppose également d’intégrer une dimension de sens et d’utilité, en dépassant une simple logique de confort. La valorisation des sous-produits par les industriels, en réutilisant les billes de calcaire en fin de traitement, permet d’inscrire le projet dans une démarche durable. Aussi, l’analyse approfondie des aspects juridiques et financiers constitue un autre point essentiel. La structuration d’un contrat de délégation de service public, et son volet touchant le financement des travaux concessifs, peut représenter un levier déterminant pour un projet d’une telle envergure. Ce type de montage permet de répartir les coûts et de rendre l’investissement supportable pour une collectivité tout en évitant une hausse significative des tarifs pour les usagers.