PRODUCTION DE L’EAU

Une usine pour traiter le fer présent dans l’eau à Saint-Germain-du-Crioult (14)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

En un an, le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable (Siaep) Clécy-Druance a construit une nouvelle usine de production d’eau potable. Celle-ci a remplacé une ancienne structure, vieille de plusieurs années. Ce nouvel aménagement a permis de moderniser l’usine pour traiter les traces de fer et de manganèse, substances présentes dans les sols et donc dans l’eau.

Inaugurée en décembre 2024, l’usine assure désormais une capacité de traitement de 300m3 d’eau par jour, dont les 900 habitants de Saint-Germain-du-Crioult bénéficient.

Grâce à ce traitement de l’eau, nous sommes dorénavant en mesure de réaliser des maillages de secours pour les communes alentours si nécessaire.

Michel Bar, président du syndicat SIAEP Clécy-Druance

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Notre syndicat actuel est issu de la fusion de plusieurs syndicats (Syndicat de l’eau de la Suisse normande et de la Druance) qui a eu lieu en 2017. Nous couvrons 27 communes, avec une évolution importante du nombre d’habitants concernés depuis 2020, avec l’intégration de la ville de Condé-sur-Noireau. Le syndicat dispose au total de huit sites de pompages et donc huit stations de production en service d’eau potable.

L’usine de traitement d’eau Les Forges existe depuis plus de 15 ans. Elle est positionnée sur un site où nous avons repéré des excédents de fer et de manganèse présents naturellement dans l’eau. Ce sont deux substances agressives pour les canalisations et à la limite des seuils autorisés de la distribution de l’eau.

Il y a trois ans, nous avons donc mis le site en arrêt et mis en place une pompe, avec un “essai pilote”, c'est-à-dire un bâtiment permettant d’observer quelle capacité d’eau nous pouvions traiter et comment le faire. Il faut savoir que le fer est un élément naturel du sol, qui n’est pas lié à une pollution humaine, mais qui est naturellement présent dans les forages profonds.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

C’est la première fois que nous étions investis dans un tel projet en tant que syndicat. Pour faire des consultations d'entreprises, nous avons été aidé par IngéEAU, une structure du Département du Calvados, qui accompagne les collectivités adhérentes et apporte son savoir-faire pour mener à bien des projets de gestion de l’eau. En tant qu'adhérent, nous avons pu bénéficier de renseignements et signer une convention financière pour nous appuyer sur l’expertise d’agents très compétents. En fonction du projet, l'agent d’ingéEAU estime le temps de travail. Cela a été un premier appui pour mener l'essai pilote avec une structure associée.

À l’issue de cet essai pilote, nous avons lancé une nouvelle consultation pour retenir une entreprise spécialiste de l’eau pour la partie construction. L’essai pilote a conclu que nous pouvions mettre en place un seul système filtrant pour répondre aux exigences de qualité de l’eau, mais nous avons préféré nous appuyer sur plusieurs filtres à sable oxygénés. Une pompe de 2,20 m, immergée à 42 mètres sous terre, apporte l’eau dans le premier filtre de déferrisation. Le deuxième filtre permet d'augmenter le pH et l’eau passe ensuite dans le troisième filtre de démanganisation. L’eau part dans un réservoir d’eau avant sa distribution.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Concernant les compétences, il faut savoir que nous sommes en régie directe, avec une équipe de six agents techniques à l'échelle de notre syndicat. Nous bénéficions de leurs compétences d’accompagnement, mais dans le cas de cette usine nous avons dû aussi nous tourner vers des structures extérieures.

Nous avons très peu communiqué sur le projet. Le site est très à l’écart de toute habitation, le long d’un chemin d'exploitation. Les seules communications ont été la Déclaration d’utilité publique avec enquête. Trois exploitations agricoles étaient concernées. À posteriori, nous avons convié la presse pour l'inauguration. Comme nous sommes un syndicat réunissant 27 communes historiques, nous avons aussi informé nos délégués à l'occasion des comités syndicaux, pour qu’ils puissent ensuite communiquer lors de conseils municipaux. Un mot a été mis sur le bulletin municipal.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Les études ont duré une bonne année. Nous avons aussi pu utiliser la documentation préalable qui existait sur ce forage. Nous avons établi un périmètre de protection avec une enquête publique afin d'être éligible aux aides de l’Agence de L’Eau Seine Normandie. Pour la construction, nous n’avons pas eu besoin de mener une enquête préalable, simplement de faire la demande d’un permis de construire.

Pour le dimensionnement, nous avons mené des essais pilotes à petite échelle, pour ensuite dimensionner l’usine en fonction de nos besoins. Nous avions prévu de dimensionner l’usine pour traiter près de 120m3/jour, mais au final nous avons fait le choix de la mettre en capacité de traiter l’ensemble de la ressource (près de 300m3/jour).

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le coût total de l’usine était de 1 027 521,62 €HT avec une subvention de l’Agence de l’eau Seine Normandie à hauteur de 40%.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Nous avons été aidés par IngéEAU. Il y a également les personnes présentes à l’inauguration qui a eu lieu le 13 décembre 2024 : Adrien RICHARD, Secrétaire Général à la Sous Préfecture de Vire, Valérie DESQUESNE, Maire de Condé-en-Normandie et Présidente d'IngéEAU.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

L'important, c’est l’accompagnement autour. Par exemple, IngéEAU nous a permis de bien veiller à la rédaction des cahiers des charges lors de nos appels d'offres.

Il faut avoir la chance de retenir le bon opérateur. À travers les références des entreprises, on peut déjà voir s’ils ont déjà réalisé un projet similaire : Il vaut mieux sélectionner ceux qui sont déjà experts.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2020

    Premières études et état des lieux du site des Forges

  2. 2021

    Essai pilote mené en 2021 pour définir le projet de traitement

  3. 2023

    Début des travaux

  4. 24 décembre 2024

    Inauguration officielle et mise en service

Chiffres clés

  • 100 à 120 m3/jour

    Ce qui est actuellement traité actuellement, rapport aux besoins des habitants de Saint-Germain-du-Crioult

  • 300 m3/jour

    la capacité de traitement de l’usine à son maximum, pouvant être utilisée en complément pour alimenter une petite partie

  • 42 mètres

    l'immersion de la pompe à eau sous terre

À retenir

  • La sécurisation du traitement : avec une bonne qualité de l’eau, nous serons par exemple en mesure de réaliser des maillages de secours pour les communes alentours, ce que nous évitions auparavant pour préserver nos canalisations.

  • Nous avons eu des accompagnements de qualité de la part de tous nos partenaires. On peut se féliciter de chacun des intervenants, que ce soit dans l'assistance et l'exécution des travaux.

  • Il faut simplement garder en tête que l'entretien et la recharge en calcaire a un coût : avec le contrat d’entretien que nous avons actuellement, cela correspond à près de 2 000 euros de maintenance par an. Il y a aussi le coût en électricité à mettre en rapport. Mais cela reste une petite somme au regard des avantages, la possibilité d’utiliser la ressource en eau du forage avec toute garantie de potabilité.

Les partenaires du projet

  • Agence de l’eau Seine Normandie

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