Définition générale
Le bocage renvoie d’abord à un type de paysage agraire très identifiable : un enchevêtrement de prairies, de cultures et de vergers, découpés par des haies vives, des talus et des chemins creux. Ce paysage se distingue des grandes plaines ouvertes, dites openfield, par une impression de cloisonnement doux, sans grands massifs forestiers continus mais avec une omniprésence de l’arbre et de la haie.
Historiquement, les bocages du nord-ouest (Normandie, Bretagne, Vendée, pays de Herve, etc.) se sont développés avec la spécialisation dans l’élevage bovin ou ovin, et la conversion de terres cultivées en prairies permanentes. Les haies formaient alors des clôtures végétales pour le bétail, servaient de réserve de bois de feu et de bois d’œuvre, et portaient souvent des arbres fruitiers qui complétaient les revenus paysans.
Sur le plan écologique, le bocage joue un rôle central pour l’eau et la biodiversité. Les talus, haies et fossés ralentissent le ruissellement, limitent l’érosion des sols et favorisent l’infiltration vers les nappes. Ils atténuent les crues en amont des centres urbains et filtrent une partie des polluants agricoles avant qu’ils n’atteignent les cours d’eau. Les haies agissent aussi comme corridors écologiques, qui relient mares, bosquets, prairies humides et cours d’eau, ce qui maintient une grande diversité d’oiseaux, de mammifères, d’insectes et de plantes en milieu agricole.
Le bocage porte aussi une dimension paysagère et patrimoniale. Il façonne l’identité de nombreux territoires ruraux, structure les vues, les chemins et l’habitat dispersé, et constitue un support pour des activités de loisirs et de tourisme de nature. Cette valeur paysagère devient un enjeu dans les projets d’urbanisation, de création de zones d’activités ou d’infrastructures, qui peuvent fragmenter ou détruire le maillage bocager.
Définition technique
D’un point de vue technique, le bocage correspond à un système agraire et paysager dans lequel les unités de production (parcelles cultivées, prairies, vergers) sont délimitées par des éléments linéaires arborés ou arbustifs, associés à des structures topographiques et hydrauliques. Ces éléments incluent haies vives, talus, fossés, talus plantés, murets, mares et petits bosquets, avec un maillage plus ou moins dense selon les régions.
La haie bocagère se définit classiquement comme une formation arborée pluristratifiée, de largeur inférieure à 20 mètres, avec une continuité d’arbres ou d’arbustes sur au moins 25 mètres et sans interruption de plus de 20 mètres, pour une hauteur potentielle supérieure à 1,30 mètre. Elle repose fréquemment sur un talus issu de l’épierrage des champs ou du creusement d’un fossé, ce qui renforce son rôle de micro-ouvrage hydraulique.
Les systèmes bocagers associent souvent une forte part de surface agricole en prairies permanentes ou temporaires destinées à l’alimentation animale, avec un élevage herbager dominant. La structure parcellaire, plus petite et enclavée que dans les plaines ouvertes, conditionne les itinéraires techniques, les types de matériel agricole et les coûts de production.
Sur le plan hydrologique, le bocage influe sur la cinématique des écoulements de surface et souterrains. Le réseau de haies et de talus crée une succession de micro-barrages qui ralentissent les vitesses de ruissellement, augmentent les temps de concentration et favorisent l’infiltration dans le sol et le sous-sol. Cette configuration réduit l’érosion, diminue les flux de sédiments et de nutriments vers les cours d’eau, et modifie la forme des crues.
En termes de modélisation environnementale, le bocage doit être intégré comme une trame d’objets linéaires aux fonctions hydrauliques et écologiques spécifiques, ce qui demande un niveau de détail cartographique élevé (photographies aériennes, Lidar, données cadastrales, inventaires de haies).
Définition juridique et réglementaire
En droit français et européen, le bocage n’apparaît pas comme une catégorie juridique unique, mais à travers divers statuts et dispositifs qui concernent principalement les haies, talus, mares et éléments paysagers associés. Les haies bocagères sont ainsi protégées ou encadrées par plusieurs textes sectoriels, liés à l’urbanisme, à l’environnement et à la politique agricole.
Dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), le maintien des mares, haies et bosquets fait partie des « bonnes conditions agricoles et environnementales » (BCAE), conditionnant l’accès à certaines aides. L’arrachage non autorisé de haies peut entraîner des pénalités sur les aides et des obligations de replantation, définies au niveau national par des arrêtés et circulaires d’application.
Les documents d’urbanisme locaux (SCOT, PLU, cartes communales) peuvent identifier les haies bocagères comme éléments de paysage à protéger, voire à classer, en s’appuyant sur le Code de l’urbanisme. Ces documents peuvent interdire leur suppression, imposer des mesures compensatoires ou conditionner les projets d’aménagement à la préservation et à la continuité du maillage bocager.
Le Code de l’environnement encadre par ailleurs la protection de la biodiversité, des zones humides et des continuités écologiques, ce qui inclut implicitement le bocage lorsqu’il s’intègre aux trames verte et bleue. Des programmes régionaux ou départementaux peuvent définir des plans bocage, avec des aides à la plantation, à la gestion durable des haies ou à la valorisation du bois bocager énergie.
Cas d’usage pour les collectivités
Le bocage offre aux collectivités un outil multifonctionnel pour la régulation hydrologique, la biodiversité et l’aménagement territorial, avec des retours concrets sur les risques et les coûts
| Cas d’usage | Description | Bénéfices pour les collectivités |
|---|---|---|
| Programme de replantation bocagère pour la gestion des eaux pluviales | Une intercommunalité identifie les bassins versants sensibles aux inondations, cartographie les haies disparues et finance la replantation ciblée de haies et talus bocagers en amont des bourgs, afin de ralentir le ruissellement, réduire les débordements de réseaux pluviaux et sécuriser les centres urbains. | Diminution des inondations récurrentes, baisse des coûts d’entretien des réseaux pluviaux, amélioration de la qualité de l’eau en aval, meilleure résilience au changement climatique et valorisation de l’image de territoire engagé dans des solutions fondées sur la nature. |
| Intégration du bocage dans le PLU et la trame verte et bleue | Une commune inscrit les haies bocagères structurantes dans son PLU comme éléments du paysage à protéger, définit des règles de non-arrachage, et relie ces haies aux corridors écologiques de la trame verte et bleue, pour concilier projets de lotissement, continuités écologiques et protection des captages d’eau potable. | Sécurisation juridique des haies stratégiques, cohérence entre urbanisme, eau potable et biodiversité, réduction des conflits d’usage, meilleure prise en compte des risques d’érosion et de ruissellement dans les projets et attractivité paysagère renforcée. |
| Valorisation du bois bocager pour les chaufferies territoriales | Un syndicat de communes met en place une filière bois-énergie issue de l’entretien des haies bocagères, avec une organisation de chantier, de stockage et d’approvisionnement des chaufferies communales, ce qui crée un débouché local pour les agriculteurs et renforce l’acceptabilité des programmes de replantation. | Réduction de la facture énergétique publique, diversification des ressources locales, création de revenus complémentaires pour les agriculteurs, acceptation sociale accrue des projets bocagers et contribution aux objectifs climat-air-énergie du territoire. |