A Gruissan (11), IrriAlt’eau 2.0 expérimente l’irrigation de la vigne grâce à l’utilisation des eaux usées traitées
En 2013, collectivités locales et chercheurs de l’Aude ont décidé de s’allier pour venir en aide aux viticulteurs du Narbonnais. Les vignes souffrent d’un important stress hydrique et il faut trouver une solution d’urgence.
Se met alors en place le projet « IrriAlt’eau 2.0 » qui prévoit d’utiliser les eaux usées traitées de la station de Narbonne-Plage afin d’irriguer les vignes du massif de la Clape.
Dix ans plus tard, le projet a pris forme. 61 400 m3 d’eau sont distribués tous les ans sur 102 parcelles.
Aujourd’hui, le Grand Narbonne envisage de dupliquer cette solution sur d’autres communes du littoral.





Entretien avec Michel Jammes

Ce projet est présenté par:
- Michel Jammes, maire de Sigean et vice-président délégué du Grand Narbonne en charge du Grand Cycle de l’eau (eau potable, eaux usées, eaux pluviales et urbaines, GEMAPI)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La région a toujours connu des épisodes de sécheresse mais le phénomène s’est aggravé en raison du dérèglement climatique. Depuis une quinzaine d’années, les vignes du Narbonnais souffrent d’un stress hydrique important. Nous sommes donc constamment à la recherche de nouvelles ressources en eau. Il en va de l’économie de la région. Par ailleurs, la vigne est un coupe-feu très efficace. Sans elle, un incendie pourrait aisément se propager à travers le département, ce serait une catastrophe.
À partir de 2013, nous avons donc commencé à bâtir le projet pilote de réutilisation des eaux usées de la station de Narbonne-Plage. Cette dernière était située tout près des vignes de Gruissan, qui sont particulièrement en souffrance. Ce projet pionnier s’imposait comme la seule solution pour apporter une aide d’urgence au monde agricole. Il a fallu ensuite de longues années pour obtenir les autorisations légales et mettre tous les partenaires autour de la table. Dix ans après le début des premières discussions, le projet a démarré concrètement en 2022.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes inspirés de ce qui se fait déjà à l’étranger. En France, nous sommes en retard sur ces sujets : moins de 1% des eaux usées traitées est actuellement utilisé, un taux qui s’élève à 8 pour l’Italie et 15 % pour l’Espagne. Dans le cas de Gruissan, la mesure était d’autant plus pertinente que les eaux usées traitées ne servent pas à soutenir l’étiage d’un cours d’eau mais sont tout simplement rejetées à la mer.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui, il nous a fallu cinq ans pour parvenir à la conclusion que les eaux usées traitées n’étaient pas nocives pour les vignes, qu’elles n’étaient pas chargées en engrais supplémentaires et n’allaient pas non plus détériorer la santé des viticulteurs. Au départ, nous avons réalisé des tests sur 1,5 hectare seulement, en collaboration avec l’unité expérimentale de l’INRAE Pech Rouge. Outre l’aspect sanitaire, les études ont également permis de s’assurer que les viticulteurs disposeraient de suffisamment d’eau pour irriguer leurs parcelles. Un bureau d’étude a donc été mandaté pour évaluer leurs besoins hydriques et répondre à la question suivante : la station d’épuration de Narbonne-Plage va-t-elle pouvoir fournir ce volume ? Finalement, il a été déterminé que 61 000 m3 seraient distribués par an, une mesure qui ne met pas en difficulté la station. Cette dernière bénéficie en effet d’un volume d’eau suffisant et constant en période estivale, grâce à l’arrivée des vacanciers sur le littoral.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Ce qu’il faut maîtriser avant tout, c’est la réglementation, qui est complexe, notamment sur la qualité d’eau requise pour irriguer les vignes ou la manière d’irriguer. Par exemple, dans ce projet, nous avons aujourd’hui l’obligation légale d’utiliser un dispositif de goutte-à-goutte, situé au maximum à 40 cm du sol. Pour des questions sanitaires, nous devons en effet éviter que les viticulteurs entrent directement en contact avec les eaux usées traitées. Il faut aussi disposer de compétences techniques pour concevoir une unité de traitement tertiaire sur la station d’épuration. Pour cela, nous avons fait appel à un prestataire extérieur, Véolia, qui a installé sa Reut Box. L’entreprise Aquadoc a, pour sa part, conçu une application qui permet aux agriculteurs de commander à distance les volumes d’eau dont ils ont besoin pour irriguer.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le besoin a d’abord été exprimé par les viticulteurs. Au préalable, il a fallu connaître qui était réellement intéressé. C’est pourquoi nous sommes passés par la cave coopérative de Gruissan, qui regroupe 50 vignerons sur 280 hectares. Il a ensuite fallu s’assurer que les viticulteurs puissent financer une partie des travaux. En l’état, nous fournissons l’eau mais il revient aux agriculteurs de tirer toutes les canalisations jusqu’à leurs vignes, ce qui représente un budget significatif de 500 000 euros. Heureusement, l’association syndicale autorisée (ASA) de Gruissan, créée pour l’occasion, a réussi à obtenir des subventions permettant de couvrir 80 % de cette somme. Une fois que nous avons acquis la certitude que le projet serait viable économiquement pour les agriculteurs, nous nous sommes lancés.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le montant global du projet s’élève à 1,3 million d’euros HT. Les travaux sur le traitement de la station d’épuration ont coûté 532 400 € et ont été financés pour moitié par le Grand Narbonne et pour l’autre moitié par l’Etat, dans le cadre d’un appel à projet porté par la Banque des Territoires et la Région Occitanie. Les travaux sur le déploiement du réseau d’irrigation, qui ont coûté 774 200 €, ont, quant à eux, été financés à 20 % par l’ASA de Gruissan et à 80 % par la Région Occitanie, le FEADER et le Département de l’Aude.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné votre collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le dispositif a été porté par le consortium suivant : l’ASA de Gruissan, la région Occitanie, le FEADER, le Conseil départemental de l’Aude, l’INRAE, Véolia, Aquadoc et la cave coopérative de Gruissan.
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Le projet en détails
Dates clés
2013 - 2015
2016 - 2018
2018 - 2021
2021 - 2022
Chiffres clés
1,3 million
80
8
À retenir
L’aide d’urgence que nous apportons à la viticulture
L’économie d’eau qui, jusqu’alors, était rejetée dans le milieu naturel.
Les délais : il y a des études à mener, puis les délais d’instruction pour autorisation de l’administration sont longs également. Depuis trois ans, les ministres se déplacent régulièrement dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales et répètent qu’il faut avancer sur les projets de REUT. Mais dans les faits, c’est différent. À Narbonne, nous avons voulu utiliser les eaux usées traitées pour arroser un stade et des espaces verts. Dix-huit mois ont été nécessaires. Concrètement, cela veut dire laisser passer un été, ce qui peut se révéler critique dans la région
Ressources
Véolia - Projet Irri-Alt’Eau : le Reuse au service de la viticulture
Le manque d'eau pèse sur les cultures, notamment les vignes, dont le rendement diminue, mettant en danger la survie de certaines exploitations viticoles. Pour en assurer la pérennité et économiser l'eau, la micro-irrigation des vignobles par de l'eau usée traitée (REUT ou Reuse) est une solution pertinente, testée et éprouvée depuis 2012 par Veolia et ses partenaires. C’est le projet Irri-Alt'Eau
Les partenaires de ce projet

Grand Narbonne

Banque des Territoires

Région Occitanie

ASA de Gruissan

FEADER

Département de l’Aude

Véolia
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Aquadoc

La cave coopérative de Gruissan
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