Arra² (38) : des formations entre pairs… et plus !
Les 15 et 16 octobre 2025, l’Arra² a organisé deux journées techniques centrées sur la restauration des processus naturels des rivières.
Présentation de l’état de l’art par des chercheurs états-uniens, rappel des principes d’action par le philosophe Batiste Morizot, visites sur le terrain, éclairages historiques : les 150 participants ont bénéficié durant ces deux jours d’une approche pluridisciplinaire.
Point d’orgue des événements organisés par l’Arra² en 2025, ces journées s’inscrivent dans un programme de formations et partages d’expériences calibrés en fonction des besoins du terrain, et dispensés par des spécialistes.




Entretien avec Julien Bigué, Directeur de l'Arra²
Ce projet est présenté par :
- Julien Bigué, Directeur de l’Arra²
Fondée par des professionnels de la gestion de rivières, l’association Rivière Rhône-Alpes-Auvergne (Arra²) anime un réseau de près de 4 000 professionnels, avec qui, et auprès de qui, elle propose des formations et des partages d’expérience.
Parole d'association
Découvrez comment les associations contribuent à préserver nos ressources en eau à travers les témoignages de celles qui ont mené des projets de gestion de l’eau.
Comment est né ce projet de journées techniques « Restauration des processus naturels des milieux rivières » ?
Notre engagement pour la restauration des processus de régénération naturelle de la rivière s’inscrit aux côtés du philosophe Baptise Morizot.
Pour comprendre le contexte, il faut revenir quelques années en arrière : Baptise Morizot est sollicité par l’artiste Susanne Husky. Elle l’invite en Californie, pour prendre connaissance de ce qui a été mis en place pour redonner vie aux rivières. Au retour de ce voyage, Baptiste Morizot prend contact avec Cédric Cadet, chef de projet Gemapi à Valence Romans agglo. Ensemble, ils vont mettre en place des actions de restauration de la Lierne, dans le même esprit que ce qu’a pu observer Baptiste Morizot en Californie. La rivière réagit et retrouve un fonctionnement naturel, se recharge en sédiments. Membre de l’Arra², Cédric Cadet décide alors de partager ce retour d’expérience et, via l’association, propose d’en faire connaître les détails à ses pairs. Une pêche au cas pratique est alors organisée. Des représentants de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, des membres du conseil d’administration de l’Arra² y participent, ainsi que quelques techniciens de rivière. Sur le terrain, les participants sont conquis par ce qu’ils découvrent. C’est le point de départ de notre démarche pour explorer et faire connaître la restauration des processus naturels.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ? Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?
C‘est un vrai changement de paradigme : il s’agit de repenser la rivière, de la considérer en tant qu’élément vivant et activer ses processus de régénération par des procédés très simples, avec des ouvrages mimétiques de ceux du castor.
Cette approche va convertir notamment des participants qui travaillent pour la Métropole de Lyon. Cette dernière cherche aujourd’hui à mettre en œuvre ces principes pour la restauration d’un cours d’eau : le ruisseau des planches, qui se jette dans la Saône, après un passage en souterrain, au niveau du 9e arrondissement de Lyon.
La grande majorité des formations que nous organisons a lieu sur le terrain, et 60 % du temps, les participants sont dans la rivière, équipés de waders, ces bottes qui montent jusqu’à la taille. Ces formations immergées ont un grand impact pour les personnes qui s’y investissent. Le ressenti physique et émotionnel est puissant, et amène les techniciens à considérer leur métier différemment.
Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte ?
L’Arra² est une structure qui fonctionne selon une logique ascendante : les informations et les connaissances remontent des acteurs de terrain. C’est dans le cadre d’une mise en commun, avec des partages d’expérience, que les uns et les autres vont trouver des réponses à leurs questionnements.
L’origine de nos formations, ce sont les demandes qui émanent des personnes en charge de la Gemapi.
La typologie est très variée. Les formations sont d’une durée d’un à quatre jours, sur une dizaine de sujets différents.
La pêche au cas pratique, c’est souvent un collègue qui souhaite présenter une réalisation à ses pairs, partager ses découvertes et bénéficier d’un regard extérieur. Et les domaines abordés sont variés : on peut aller observer comment la rivière a été mise en défens, c’est-à-dire que l’abreuvement du bétail a été aménagé pour que les bêtes puissent se désaltérer librement, sans toutefois aller dans le lit la rivière, ce qui permet de limiter les pollutions. On peut aborder ce type de point technique très précis, sur des périmètres très localisés, puis lors d’une autre formation, s’intéresser à des expériences à grande échelle. Dernièrement, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a ainsi animé la présentation de maquettes qu’elle réalise dans ses entrepôts pour analyser le comportement d’un banc de sédiments.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Il n’y a pas de prérequis pour participer à nos formations. Il faut toutefois bien noter que les candidats sont nombreux pour participer à nos formations. En général, une heure après avoir ouvert les inscriptions, les formations sont complètes.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
Lorsqu’une collectivité vient nous voir pour organiser une formation pour ses agents, nous l’aidons à définir son besoin. Ensuite, nous cherchons si des formations existantes peuvent répondre à ce besoin. Puis nous discutons du projet au sein de l’Arra² pour repérer si d’autres membres de l’association sont confrontés à ce besoin, ce qui permettra de mutualiser la formation.
Ensuite, l’Arra² écrit un cahier des charges à partir des besoins exprimés, identifie le ou la spécialiste qui dispensera la formation, et enfin, elle gère l’organisation et la logistique.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Pour ce qui concerne les résultats concrets, si nous n’avons pas d’éléments statistiques, il y a tout de même des éléments tangibles, comme le fait qu’une des collectivités comme la métropole de Lyon, décide de mettre en œuvre, à la suite de formations avec l’Arra², des actions de restaurations basées sur les processus naturels et les ouvrages mimétiques du castor. Autre élément de mesure du succès : dans le Puy-de-Dôme, les castors ont investi des ouvrages mis en place par le Syndicat Mixte du Bassin-Versant de l’Arly, dans le cadre de chantier de restauration « low tech ».
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Nous venons de publier un guide technique de terrain : c’est l’adaptation d’un livret qui fait référence outre-atlantique et qui permet de mettre en œuvre concrètement les travaux de restauration. Nous distribuons gratuitement ce guide lors de nos événements. Il est illustré notamment avec des aquarelles de Suzanne Husky. Ce guide est le fruit de la collaboration d’une artiste peintre, d’un philosophe, de chercheurs et de techniciens : ces gens talentueux ont produit un outil qui tient dans la poche des techniciens qui veulent engager une démarche de restauration de leurs rivières. Le guide comprend aussi un glossaire, car ces nouvelles manières de faire s’accompagnent d’un nouveau vocabulaire et il nous faut partager un langage commun. Là où les États-Uniens utilisent le terme riverscape par exemple, nous pouvons utiliser l’expression « le milieu-rivière », qui nous permet de désigner non seulement la rivière, mais aussi ses berges et la biodiversité qui évolue sur cet espace.
Enfin, nous sommes en train d’élaborer des formations pour les élus qui seront nouvellement en charge de responsabilité Gemapi en 2026. Nous visons une approche à la fois technique et philosophique, qui rappelle également qui est en charge de quoi, dans le domaine du grand cycle de l’eau.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
1999
2010
2017
2020
Chiffres clés
300
4 000
43
À retenir
Des hommes et des femmes mieux formés, plus compétents
Des personnes qui expérimentent le savoir par des mises en situation physiques, qui souvent transforment leur rapport à leur métier
Nous ne pouvons pas toujours répondre à la demande : souvent nous avons plus de candidats que de places de formation
Ressources
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adhérents
Données de contact
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