Le cours d’eau du Gioulé renaturé (40) au Vignau et à Cazères-sur-l’Adour
Des recalibrages et curages successifs ont modifié l’hydromorphologie de nombreux cours d’eau du bassin de l’Adour.
Impacté par l’usage local de l’irrigation et fortement dégradé au niveau des communes de Cazères-sur-l’Adour et du Vignau (40), un secteur de 400 m du ruisseau de Gioulé a fait l’objet d’importants travaux de renaturation réalisés en mars 2025 par EGAN Aquitaine, une société coopérative spécialisée dans les travaux de génie écologique.
Porté par le Syndicat Adour Midouze, le chantier a permis d’atteindre une restauration fonctionnelle du cours d’eau par la combinaison de solutions techniques à la fois végétales et minérales.




Entretien avec Morgan Dabbadie et Lucas Lesbats
Ce projet est présenté par :
- Morgan DABBADIE, Gérant de la SCOP EGAN Aquitaine
- Lucas LESBATS, conducteur de travaux
Parole d'entreprise
Afin de compléter votre sourcing opérationnel, aquagir part à la rencontre des entreprises qui ont accompagné vos pairs lors de leur passage à l’action
Pouvez-vous nous décrire le projet par Egan Aquitaine ?
Situé au nord de la commune d’Aire-sur-Adour (40), le ruisseau de Gioulé est un petit affluent de l’Adour qui s’étale sur près de 18 km et traverse cinq communes. Comme d’autres cours d’eau du territoire, il a subi de nombreuses modifications au niveau de l’hydromorphologie lors du remembrement. D’importants travaux de recalibrage et de rectification ont notamment conduit à une certaine homogénéisation du lit, et donc à une perte de diversité conséquente. Très encaissé, incisé parfois jusqu’à 2 m de profondeur, s’écoulant sur une terre argileuse très dure et caractérisée par une absence de substrats, le Gioulé ressemblait quasiment à une canalisation avant travaux. C’était particulièrement vrai à la limite des communes de Cazères-sur-l’Adour et du Vignau. Un seuil avait en outre été formé artificiellement, créant une barrière écologique du point de vue de la sédimentation, de la faune et de la flore. Situé en aval d’un étang, ce secteur du Gioulé était de surcroît régulièrement impacté – en été – par des lâchers d’eau destinés à l’irrigation. Notre chantier de renaturation a donc consisté en priorité à casser la linéarité du cours d’eau. Après avoir arasé le seuil, nous avons ainsi recréé une succession de zones de mouille profondes et de zones de radiers destinées à « rediversifier » les écoulements afin d’améliorer la qualité de l’eau et des habitats aquatiques.
Comment le syndicat mixte Adour Midouze s’est-il adressé à vous ?
L’amélioration de la qualité des cours d’eau relève du programme pluriannuel de gestion du syndicat Adour Midouze. Ce document permet au syndicat mixte de mener des actions sur le bassin versant de l’Adour jusqu’en 2027. Dès 2022, le syndicat Adour Midouze avait identifié deux secteurs du Gioulé nécessitant des travaux de renaturation. Suite à un appel d’offres, nous avons remporté le marché, en partenariat avec EQUO VIVO, la marque génie écologique de Terélian.
En mars 2023, EQUOVIVO s’est chargé de réaliser la première portion de chantier, et notre société coopérative EGAN Aquitaine a pris le relais en mars 2025 sur le second tronçon.
Ce n’est pas la première opération que nous réalisons pour le syndicat Adour Midouze. Dans les faits, nous travaillons avec eux depuis plus de 15 ans, bien avant la fusion en 2022 du syndicat du moyen Adour landais et du syndicat mixte du bassin versant de la Midouze. Les équipes du syndicat Adour Midouze connaissent depuis longtemps notre savoir-faire, nos domaines d’expertise et notre approche généraliste. Ils savent que nous disposons d’une équipe de techniciens spécialisés capable d’intervenir aussi bien en milieu terrestre, montagnard ou littoral.
Pouvez-vous nous expliquer les solutions que vous avez mises en œuvre pour renaturer le Gioulé ?
L’objectif du syndicat Adour Midouze était d’agir sur le lit mineur, mais nous avons eu carte blanche pour proposer les solutions qui nous paraissaient les plus pertinentes. Dans le respect de certaines clauses, bien entendu : la justification des techniques proposées en adaptation avec le contexte local, l’engagement d’informer régulièrement le technicien de l’avancement des travaux, l’organisation d’une réunion pour valider la fin des travaux, l’utilisation de matériaux d’origine locale… Nous avons proposé d’associer à la fois des solutions végétales et minérales. Cette mixité est une véritable plus-value qui nous distinguait des concurrents.
Nous avons par exemple placé des troncs et des souches afin de créer des embâcles susceptibles de générer ensuite des banquettes naturelles. Une dizaine d’épis en bois ont été ainsi disposés avec des angles différents. Nous avons en outre créé une douzaine de banquettes minérales avec des cailloux issus d’une carrière voisine, d’une granulométrie allant de 0 à 80 mm.
Comment expliqueriez-vous à un profane votre solution et la valeur qu’elle apporte ?
Disons que nous nous sommes inspirés de solutions fondées sur la nature. L’objectif principal était de recréer une alternance entre des zones de mouille et des zones moins profondes qu’on appelle des radiers. L’intérêt de ces techniques est d’accélérer naturellement les processus à l’œuvre dans les cours d’eau. Les obstacles végétaux favorisent les dépôts, l’ajout de cailloux dans les radiers permet de recréer artificiellement des sédiments… Pour le dire simplement, les différents procédés mis en œuvre visent à diversifier les écoulements afin d’améliorer, in fine, la qualité du cours d’eau et des habitats.
Nous avons choisi une approche empirique en adaptant nos solutions à la réalité du terrain et en nous servant de ce qu’il y avait déjà sur place. Durant le chantier, nous avons ainsi dû adapter le protocole de réalisation des banquettes minérales, pour finir par réaliser une banquette test constituée à 100 % de matériaux tout-venant. Le chantier a été, du reste, confronté à des montées d’eau qui ont complexifié notre intervention. Nous en avons profité pour mieux ajuster le calage des aménagements et observer les réactions du cours d’eau vis-à-vis des premières banquettes créées. Dans ce type d’opérations, il est important de rester toujours réactif, afin d’être en mesure de faire évoluer les interventions en fonction des conditions réelles du site.
Quels sont les principaux prérequis qu’une collectivité doit maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Au-delà de la bonne connaissance des enjeux, la collectivité doit disposer d’un minimum de compétences techniques pour maintenir un dialogue avec l’entreprise intervenante, tout au long de l’opération. C’est d’ailleurs le cas du syndicat Adour Midouze, qui compte dans ses rangs des techniciens de rivière aguerris, avec qui il est aisé de travailler. À défaut, je conseillerais à une collectivité qui ne dispose pas en interne de ces compétences de faire appel dès le départ à un bureau d’études spécialisé dans le génie écologique.
J’insisterais également sur la nécessité pour la collectivité de procéder en amont à une concertation exhaustive avec les usagers et les riverains du cours d’eau. C’est indispensable pour prendre en compte les attentes respectives avant le lancement du chantier et éviter ainsi d’être confrontés en cours de route à des malentendus ou à des oppositions. Dans le cas du Gioulé, le syndicat Adour Midouze a, par exemple, travaillé en amont avec un propriétaire qui avait lui-même créé un seuil afin d’irriguer sa parcelle située en amont. Ces échanges précoces nous ont permis d’imaginer une solution permettant d’améliorer les écoulements du cours d’eau sans porter atteinte aux besoins d’irrigation. Concrètement, nous avons créé un puits en berge, avec une buse en béton de trois mètres de profondeur, permettant de répondre à ses besoins de pompage sans pour autant altérer l’écoulement du cours d’eau.
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
J’insiste à nouveau sur la nécessité d’engager une concertation le plus tôt possible avec l’ensemble des usagers et des riverains. Dans ce type d’opérations, l’acceptabilité est un aspect essentiel du bon déroulé des travaux et de la mise en œuvre des solutions les plus appropriées. Sans oublier la bonne compréhension des enjeux par l’ensemble des élus de la collectivité. L’idéal est d’associer les entreprises le plus en amont possible, en les faisant par exemple participer à des réunions publiques d’information.
Je pense aussi que le choix des entreprises est fondamental. La collectivité doit vraiment s’assurer de la compétence de chacun des acteurs retenus. Le génie écologique n’est pas un domaine comme les autres. EGAN Aquitaine dispose, par exemple, de la qualification Kalisterre destinée aux structures réalisant des travaux de génie écologique de qualité. Cette qualification est fondée sur un référentiel précis regroupant des critères techniques, des références et des valeurs humaines et environnementales afin d’apprécier l’engagement de la structure envers la biodiversité. Suivant des prescriptions environnementales poussées, la qualification est obtenue à la suite d’une instruction sur le terrain réalisée par des pairs, des professionnels du génie écologique, pour visiter des chantiers et rencontrer les équipes des agences.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Je dirais que le premier résultat a été « audible » dès la fin du chantier, lorsque nous avons entendu à nouveau le bruit de l’eau qui s’écoulait dans le Gioulé ! D’un point de vue plus scientifique, nous avons retenu le protocole CARHYCE [CARactérisation de l’HYdromorphologie des Cours d’Eau] pour suivre l’évolution du secteur et mesurer l’amélioration de la morphologie du ruisseau. C’est indispensable pour orienter les mesures de gestion et définir un cadre de travail lors d’opérations de restauration. Ici, sur le Gioulé, un premier relevé a été effectué avant travaux et de nouveaux relevés seront réalisés à n+3 et N+5. Le bureau d’études ECCEL Environnement a été mandaté pour effectuer l’ensemble des campagnes de mesures : mesures physico-chimiques in situ, inventaire piscicole basé sur l’indice IPR, prélèvements et analyses hydrobiologiques, etc. Il est encore trop tôt pour donner des résultats concrets, mais ECCEL Environnement a bon espoir que le projet de restauration hydromorphologique augmente l’attractivité du milieu pour les cortèges aquatiques, en diversifiant les substrats et les écoulements. Il estime également que la densification de la ripisylve devrait permettre de limiter l’impact des activités environnantes sur le milieu.
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Nous sommes spécialisés dans les travaux de génie écologique, au service des collectivités comme des entreprises, pour toute opération de restauration. Nous sommes plus particulièrement reconnus dans cinq domaines : la restauration hydromorphologique des cours d’eau, la gestion de la ripisylve, la restauration des zones humides, les plantations et le traitement des espèces végétales exotiques envahissantes [EVEE]. Pour la ripisylve, nous avons par exemple procédé à des abattages d’arbres le long du gave de Pau et de ses affluents pour le compte du syndicat mixte du bassin du gave de Pau (SMBGP). Pour les zones humides, nous avons été sollicités pour restaurer un site dégradé à Biganos (33). Concernant les EVEE, nous sommes intervenus dans les barthes de la Nivelle, entre Ciboure et Ascain (64), pour lutter contre deux espèces végétales invasives : le baccharis et l’herbe de la pampa. Nous travaillons essentiellement en Nouvelle-Aquitaine, du Pays basque à la Corrèze, en passant par la Charente-Maritime. Nous avons également mené des chantiers en Occitanie, des Hautes-Pyrénées à Toulouse, et il nous arrive aussi de répondre à des appels d’offres dans le Limousin.
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Le projet en détails
Dates clés
Mai 2018
Mars 2024
Mi-mars 2025
25 mars 2025
Chiffres clés
47 403 € HT
290 m3
14
À retenir
Une très bonne acceptation du projet, de la part des propriétaires locaux et des élus, grâce à un travail de concertation mené en amont par le syndicat Adour Midouze
Obtention d'une diversité morphologique qui va permettre de mieux oxygéner le cours d'eau et d'optimiser l'impact des techniques utilisées pour gagner en biodiversité
Durant les travaux, des montées d’eau ont complexifié l’intervention des équipes sur le chantier, les obligeant à s'adapter en permanence et à faire évoluer les solutions préconisées
Ressources
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