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La Vallée de la Lèze (31), démonstrateur européen des mesures éponges (SpongeWorks)

La Vallée de la Lèze, entre Haute-Garonne et Ariège, est l’un des 3 sites pilotes européens du projet de recherche SpongeWorks.

Par la mise en œuvre de mesures éponges monitorées par le CNRS, ce projet vise à améliorer la résilience face aux sécheresses comme aux inondations, ainsi que la qualité de la biodiversité et des sols, dans un contexte de réchauffement climatique accéléré.

Ses enseignements sont très attendus de la Commission européenne.

Entretien avec Jean-Jacques Martinez, Président du SMIVAL

Parole de collectivité
Jean-Jacques MARTINEZ, Président du SMIVAL - Crédit photo : SMIVAL
Gestion quantitative de la ressource

Ce projet est présenté par :

  • Jean-Jacques Martinez, Président du SMIVAL (Syndicat mixte interdépartemental de la Vallée de la Lèze)
Ce projet a impulsé une logique de travail collaborative, a conforté localement notre travail d’animation territoriale et a insufflé une dynamique de réalisation !
Jean-Jacques MARTINEZ

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat mixte interdépartemental de la Vallée de la Lèze ?

Au début des années 2000, les élus avaient le sentiment que les haies disparaissaient et que la fréquence des inondations s’accélérait. Afin d’objectiver cette perception, nous avons réalisé une étude de localisation des haies du paysage. Ses conclusions prouvaient qu’un quart de linéaires avait été supprimé entre 1980 et 2006, notamment les haies de côteaux du fait de l’agrandissement des parcelles agricoles. Les élus avaient raison !

Un premier programme PAPI mis en œuvre entre 2008 et 2018 intégrait un programme de plantation de haies brise-crues, disposées en travers de la plaine inondable de la Lèze (tous les 300 à 500 mètres) pour ralentir l’écoulement de l’eau et en dissiper l’énergie.

Le projet a été documenté sur NWRM.eu qui est le site de référence sur les mesures éponges, ce qui nous a valu d’être contacté par une équipe candidate à SpongeWorks, un projet de recherche et d’innovation européen. L’objectif est, pendant 4 ans, de réaliser des mesures éponges sur le territoire, de les documenter, de valoriser les solutions fondées sur la nature positives et d’essayer de les essaimer à l’échelle locale, nationale puis européenne. L’objectif final est d’améliorer la résilience des territoires face aux effets du changement climatique, et de renforcer la santé des sols et des écosystèmes.

Le consortium compte 28 partenaires et 3 sites démonstrateurs : la vallée de la Pinios en Grèce, la vallée de la Vecht, à la frontière entre les Pays-Bas et l’Allemagne, et la vallée de la Lèze. Nous sommes responsables de la réalisation de mesures éponges sur notre territoire, en particulier pour ce qui concerne les mesures hydrauliques urbaines et forestières, et ce, en partenariat avec les deux chambres d’agriculture, dévolues aux mesures éponges agricoles.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Les trois territoires d’études de SpongeWorks ont été choisis pour leurs conditions pédoclimatiques, très contrastées. Ici, nous avons un climat océanique avec une forte influence méditerranéenne. En Grèce, les conditions y sont très méditerranéennes, et continentales sur la Vecht. L’une des particularités de SpongeWorks est la notion d’homologue climatique. La vallée du Pinios est l’homologue climatique des conditions qui seront celles de Toulouse dans 50 ans. Idem pour la vallée de la Lèze dont les conditions climatiques seront celles de la Vecht dans un demi-siècle. Nous sommes allés visiter les territoires de nos homologues et les avons invités lors de la première AG qui s’est tenue à Toulouse en septembre dernier. A chaque fois, c’est une opportunité d’observer quelles sont leurs problématiques et quelles solutions sont mises en place pour y répondre. L’objectif est aussi de pouvoir s’en inspirer puisque nous serons confrontés aux mêmes besoins qu’eux à moyen terme. A titre d’exemple, Chypre pratique la sélection des espèces d’oliviers les plus résistantes à la sécheresse pour limiter les besoins d’irrigation et leur dépendance à l’eau. C’est une stratégie qu’il sera bon d’adapter chez nous aussi.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Il y a peu de fonciers publics donc la plupart des mesures éponges se font sur des terrains privés et en grande partie, agricoles. L’enjeu est de réussir à convaincre le plus possible de propriétaires riverains des petits affluents (750 environ) et d’agriculteurs établis sur les versants (1 500 à 2000) d’accepter de participer. L’objectif est qu’ils se sentent engagés dans le processus. Pour cela, nous avons mené un travail d’animation qui visait à parler de coulées de boue, de sécheresse, de biodiversité et d’adaptation au changement climatique afin que des acteurs de terrain nous indiquent des secteurs sensibles sur lesquels mettre en œuvre des mesures éponges. Ensuite, lorsque ces dernières auront été évaluées et modélisées à l’échelle de la vallée, nous serons à-même de mieux comprendre comment les flux d’eau, les infiltrations, le ruissellement et l’écoulement dans le lit des ruisseaux se produisent. Cette modélisation permettra aussi de tester différents scenarii d’aménagement afin d’éclairer les choix des décideurs pour adopter les meilleures solutions et les déployer localement tout en les combinant. L’objectif visé est d’élaborer une stratégie éponge pour la vallée de la Lèze et la doter de capacités d’absorption et de restitution progressive, pour atténuer l’effet des crues comme des sécheresses.

Ce projet requiert des compétences en hydrologie, hydraulique, agronomie, gestion des rivières, hydromorphologie, toutes thématiques techniques qui ne doivent pas éluder les compétences humaines. Nous avons par exemple travaillé sur la psychologie des risques, avec les cellules d’urgence médico-psychologiques qui sont en capacité d’entendre les personnes victimes des inondations.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Dans ce projet, on ne cherche pas à évaluer l’impact hydraulique d’une haie ou d’une bande enherbée : c’est déjà documenté et on sait que c’est efficace. Notre ambition est d’évaluer l’impact à l’échelle de la vallée, ce qui nécessite de passer par la modélisation. Des structures filtrantes telles que les beaver dam analogs ou imitations de barrages castors ont été installées dans le but de freiner l’eau, de la diffuser et de reconnecter les cours d’eau en surface. La grande majorité d’entre eux a été curée et s’est incisée : on essaye de réparer, de faire remonter le fond du lit et d’étaler la lame d’eau pour ralentir les écoulements, imprégner les sols et réimbiber les nappes. Côté agriculteurs, des semis de couverts estivaux de radis et de sorgho fourrager ont déjà été réalisés à l’été 2025 et les couverts hivernaux vont suivre. En bordure de rivières, deux kilomètres de plantations sont également prévus dès cet hiver. Le défi reste important puisqu’il faudrait mener dix fois plus de projets d’ici deux ans. Disons qu’il faut parvenir à passer à la vitesse supérieure.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet SpongeWorks est globalement doté de 15 millions d’euros répartis sur 4 ans entre 28 structures. Deux millions d’euros vont permettre au SMIVAL et à ses partenaires de mener l’animation et la coordination sur le territoire et d’engager 400 000 euros d’investissement, de plantations, d’aménagements de rivières… Chaque chambre d’agriculture dispose de 200 000 euros pour financer les semences et les conseillers agricoles qui rencontrent les agriculteurs afin d’imaginer avec chacun d’eux les mesures éponges adaptées à leur modèle d’exploitation, à leurs contraintes, leur équipement …

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Je citerais les agriculteurs, les propriétaires, les communes, les Chambres d’agriculture d’Ariège et de Haute-Garonne, l’Office International de l’Eau, le CNRS (et l’équipe toulousaine du CRBE spécialisée en rivières et agronomie) chargées des mesures : ils ont installé des sondes pour mesurer le battement des nappes, le taux de nitrate dans la rivière, le pH, l’oxygène … Citons aussi le bureau d’études toulousain Adict Solutions qui travaille sur la modélisation de la vallée et des flux géochimiques. A nos côtés, nous trouvons aussi les administrations, la Région et les Départements, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, les cellules d’assistance technique aux zones humides, les conservatoires d’espaces naturels…

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Une stratégie éponge ne peut pas être qu’une politique publique voulue par un syndicat mixte comme le SMIVAL. Bien sûr, nous pouvons prévoir des crédits pour réaliser des plantations, porter la maîtrise d’ouvrage de certains chantiers, etc. On peut assumer une part d’action publique mais il faut que les chambres d’agricultures, les municipalités, les propriétaires et les agriculteurs soient embarqués dans cette dynamique et y participent. L’enjeu est que chaque acteur se sente concerné et ait l’envie de porter une part de cette stratégie territoriale.

Je dirais que l’un des points essentiels c’est d’organiser l’échange, la discussion localement pour faire un tour de table des différents sujets et les confronter. L’échelle du bassin versant est primordiale. Sans l’existence d’une instance comme le SMIVAL qui est à cheval sur deux départements, la Haute-Garonne et l’Ariège, jamais les élus qui ne se croisent qu’ici, n’auraient fait part du lien qu’ils percevaient entre récurrence des inondations et disparition des haies. La discussion à l’échelle intercommunale présente un fort intérêt parce qu’on est sur un même territoire de vie. L’échelle du bassin versant donne quant à elle du sens par rapport aux flux géochimiques et aux effets cumulatifs

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Le projet en détails

Dates clés

2 octobre 2024

Démarrage du projet européen SpongeWorks en vallée de la Lèze et première réunion du Comité d’orientation stratégique

21 - 22 janvier 2025

Lancement officiel des activités dans la vallée de la Lèze

24 - 26 septembre 2025

Première AG du projet européen SpongeWorks à l’Hôtel de région à Toulouse

10 novembre 2025

Enquête menée par les chercheurs de l’Université de Leibniz auprès des habitants pour comprendre les risques liés à l’eau

Chiffres clés

28

partenaires, chercheurs, gestionnaires, acteurs socio-économiques

15

millions d’euros sur 4 ans

18

mois de travail pour construire la candidature au projet SpongeWorks

À retenir

Une stratégie adaptée à un territoire rural, fondée sur la nature, alliée au monde agricole et l’opportunité de travailler avec ses représentants consulaires permettant d’ancrer une collaboration régulière tendue vers une conjonction d’objectifs

Une gestion de projet axée sur un workflow de tâches qui ne vise pas l’acquisition de données, documentées, certifiées, validées pour commencer à faire. Une méthode agile basée sur l’apprentissage par l’expérimentation

Ressources

La vallée de la Lèze, un démonstrateur européen pour la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature pour la rétention de l’eau et la résilience climatique en Europe.

Spongeworks

La vallée de la Lèze, démonstrateur européen pour améliorer la résilience climatique en Europe

CNRS

Les partenaires de ce projet

LOGO-CNRS

CNRS

Agence Adour Garonne

Agence de l'eau Adour Garonne

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

En savoir plus sur le SMIVAL

communes

30

départements couverts

2

EPIC

5

Données de contact

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