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Eau, sol, arbres : les fondations naturelles de la résilience des territoires

Cet article a été rédigé par Mylène Ries

Crédits photos : Les ripisylves, végétations des berges et bords de cours d’eau, sont des incarnations concrètes du triptyque eau-sol-arbre et sont indispensables au bon fonctionnement d’une rivière. - Crédit photo : libre de droits. Photo du Rabutin, Grésigny-Sainte-Reine, Côte d'Or

Sécheresses, inondations brutales, érosion des sols, tensions sur la ressource en eau : les territoires sont en première ligne face aux enjeux environnementaux et face au dérèglement climatique. Pourtant, une partie des solutions est déjà là, devant nous, sous nos pieds et dans nos paysages et tient en trois mots : Eau – Sol – Arbre.

En effet l’eau, le sol et les arbres (et plus globalement la végétation) forment un triptyque indissociable qui conditionne le bon fonctionnement des écosystèmes, la fertilité des sols, la production alimentaire, la qualité de l’eau et même le climat. C’est leur interaction permanente qui régule les paysages, amortit les extrêmes climatiques et rend les territoires habitables. Or cette interaction a souvent été malmenée par les aménagements des dernières décennies.

Le triptyque eau-sol-arbre constitue une grille de lecture simple pour appréhender les enjeux climatiques et hydrologiques, mais aussi un levier opérationnel pour l’aménagement du territoire. Comprendre et restaurer le lien entre l’eau, le sol et l’arbre permet en effet de poser les bases d’une action publique plus cohérente, plus économique et plus durable.

Focus sur ce triptyque à la base de l’hydrologie régénérative et de la résilience de nos territoires.

Le sol : une éponge vivante

Commençons l’étude de ce triptyque par le sol. On pense souvent au sol comme à un simple support inerte pour les plantes. En réalité, c’est un milieu vivant, complexe, et qui joue un rôle central dans le cycle de l’eau.

En effet, un sol, lorsqu’il fonctionne correctement, agit comme une éponge. Lorsqu’il pleut, l’eau s’infiltre dans ses pores. Une partie de cette eau sera stockée temporairement et rendue disponible aux plantes, une autre s’infiltrera lentement vers les nappes phréatiques. La capacité d’un sol à stocker l’eau dépend de plusieurs facteurs notamment sa texture (proportions de sable, limon et argile) et sa structure (plus ou moins grumeleux ou plus ou moins compacté) et donc sa porosité.

Mais la capacité d’un sol à retenir l’eau dépend également d’autres facteurs moins connus notamment sa teneur en matière organique (un sol riche en matière organique peut stocker beaucoup plus d’eau qu’un sol appauvri) et de son niveau d’activité biologique. En effet, le sol est un milieu vivant et un écosystème en soi, riche et complexe. Bactéries, champignons, vers de terre, insectes et micro-organismes y transforment la matière organique, créent des galeries et stabilisent des agrégats. Ainsi, l’activité biologique améliore la porosité du sol et favorise l’infiltration de l’eau. Or l’activité biologique est fortement favorisée par la présence de végétation (apport de matière organique, protection du sol et donc de l’écosystème global, stimulation racinaire, symbioses possibles…). Il existe donc un lien fort entre sol et végétation et donc entre sol et arbre. Ceci nous amène à regarder le second volet du triptyque.

Les arbres : un allié majeur dans le cycle de l’eau

Contrairement à une idée reçue, les arbres ne se contentent pas de « consommer » et de « pomper » de l’eau. Ils la redistribuent, la stockent et la transforment

Premièrement, le système racinaire des arbres crée des chemins facilitant l’infiltration de l’eau dans le sol. Ce système racinaire peut s’étendre sur plusieurs mètres de largeur et plusieurs mètres de profondeur ce qui favorise l’infiltration vers les horizons profonds du sol. Ainsi, les arbres contribuent indirectement à la recharge des nappes.

De plus, un arbre transpire. Par ses feuilles, il émet de grandes quantités d’eau vers l’atmosphère. Ce processus, appelé transpiration, est essentiel à la circulation de la sève ; il est donc un moteur soutenant la photosynthèse et la croissance de l’arbre. Un grand arbre peut transpirer plusieurs centaines de litres d’eau par jour en été (jusqu’à 1000L pour un chêne !). À l’échelle d’un massif forestier, ce phénomène influence la formation des nuages et les régimes de précipitations locales. De plus, cette évaporation rafraîchit l’arbre et l’air environnant et a donc un effet climatique rafraichissant qui peut aller jusqu’à quelques degrés.

Enfin, l’arbre protège le sol. D’une part, la canopée intercepte une partie des précipitations : les gouttes qui atteignent le sol sont plus fines et donc moins érosives. De plus, les feuilles mortes forment une litière qui protège le sol du soleil, limite l’évaporation directe et nourrit la vie du sol. Sans arbres le sol est exposé : il se dessèche plus vite, se compacte, perd de sa fertilité et perd sa capacité à absorber l’eau.

L’eau : le fil conducteur du système

L’eau, lien entre le sol et l’arbre, est le troisième pilier de notre triptype. Elle circule, se transforme, change d’état, mais ne disparaît jamais. Les hydrologues distinguent deux formes d’eau :

  • l’eau bleue, visible dans les rivières, lacs et nappes
  • l’eau verte, invisible, stockée dans le sol et la biomasse et utilisée par les plantes.

 

Ce sont les arbres (et la végétation de manière générale) qui permettent, par la transpiration, de transformer l’eau verte et en eau bleue et d’assurer la continuité du cycle de l’eau.

De même, lors d’un épisode de pluie, le sol joue un rôle majeur :

  • dans un sol couvert et vivant, l’eau s’infiltre majoritairement ce qui recharge les nappes, soutient les débits des rivières en période sèche et sécurise l’approvisionnement en eau ;
  • dans un sol nu ou dégradé (voire complément imperméabilisé), l’eau ruisselle. Ce ruissellement alimente les crues, emporte les sols fertiles et pollue les cours d’eau.

Eau, sol et arbre : un système indissociable

Ainsi l’eau, le sol et les arbres sont un système indissociable. Ces trois éléments fonctionnent ensemble :

  • Pas d’arbre sans eau et sans sol vivant
  • Pas d’eau sans sol vivant et sans arbre
  • Pas de sol vivant sans arbre et sans eau

Gouverner avec le vivant

Le triptyque Eau – Sol – Arbre nous invite à changer de logique. Pendant longtemps, l’aménagement du territoire a cherché à rectifier les cours d’eau, drainer les sols pour maîtriser et accélérer l’écoulement. Et les arbres en zone urbaine étaient installés sans que leurs conditions de vie soient réellement pensées et prises en compte (fosses trop petites, eau rare, sol compacté…). Le changement climatique souligne les limites de ces politiques.

Aujourd’hui, l’enjeu est donc inverse : limiter le ruissellement en ralentissant l’eau (reméandrage des cours d’eau, densification de la végétation, fossés, mares…) et en la faisant infiltrer (désimperméabilisation, couverts végétaux…) et stocker dans les sols et les paysages. Il faut donc passer d’une gestion « en tuyaux » à une gestion « par les paysages et la nature » et considérer le vivant et les écosystèmes comme des solutions naturelles de gestion hydraulique. La technique ne doit plus s’opposer au vivant mais doit être utilisée en complément du vivant. C’est le principe de l’hydrologie régénérative.
Ce changement de regard est essentiel pour faire face au changement climatique et ses phénomènes extrêmes (sècheresses, fortes pluies, inondations).

Que peuvent faire concrètement les collectivités ?

Les élus locaux disposent de leviers puissants, souvent sous-estimés :

À l’échelle d’une commune (qu’elle soit rurale ou urbaine)

  • désimperméabiliser et renaturer les sols (cours d’école, parkings, voiries,…)
  • favoriser l’infiltration plutôt que l’évacuation des eaux pluviales
  • planter des arbres et différentes strates de végétation
  • préserver les sols agricoles et naturels (zéro artificialisation)
  • restaurer les zones humides…

 

À l’échelle du bassin versant :

  • ralentir l’eau plutôt que la canaliser et la garder le plus possible en amont
  • travailler avec les agriculteurs sur la couverture des sols et soutenir l’agroforesterie et les haies
  • raisonner les projets sur l’ensemble du bassin versant et penser l’eau à l’échelle du paysage

 

Chaque euro investi sur ces thématiques amène des bénéfices directs (filtration et valorisation des eaux pluviales, amélioration du cadre de vie, réduction des îlots de chaleur urbains, limitation du ruissellement et de l’érosion hydrique des sols, séquestration du carbone dans le sol, recharge régulière des nappes et augmentation de la biodiversité…) mais évite également des coûts futurs bien plus élevés en gestion de crise.

 

Ainsi face au dérèglement climatique, à la perturbation du cycle de l’eau et à la multiplication des crises hydrologiques associées, les territoires ne manquent pas de solutions : elles résident déjà dans le fonctionnement même du vivant. Le triptyque Eau – Sol – Arbre nous rappelle que la résilience ne se construit pas uniquement par la technique et encore moins contre la nature mais en restaurant les interactions fondamentales entre les paysages, les sols et le cycle de l’eau. Redonner au sol sa fonction d’éponge vivante, à l’arbre son rôle de régulateur hydrique et climatique, et à l’eau le temps de s’infiltrer et de circuler lentement, c’est investir dans des territoires plus fertiles, plus résilients et plus habitables demain.

L’hydrologie régénérative n’est pas une utopie mais une approche pragmatique, déjà à l’œuvre, qui invite les collectivités à gouverner avec le vivant pour mieux préparer l’avenir.

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