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Lille (59) renature ses berges avec les habitants

Lille a engagé en 2015 la renaturation des berges de la Deûle, la rivière qui traverse la ville. Ce chantier pluriannuel mené avec des volontaires a permis d’adoucir les berges, de les planter, de créer des îlots et des micro-tourbières tout en maintenant l’activité du canal à grand gabarit. La biodiversité y revient, avec la réapparition d’espèces emblématiques comme le martin-pêcheur ou la fauvette des roseaux, en attendant le castor d’Europe. Des aménagements à faible coût mais efficaces, qui favorisent la nature dans une ville fortement urbanisée.

Entretien avec les porteurs du projet de renaturation des berges

Audrey Linkenheld - Crédits photo : Daniel Rapaich - Ville de Lille

Gestion des milieux aquatiques

Ce projet est porté par :

  • Audrey Linkenheld (en photo), première adjointe à la maire de Lille chargée de la transition écologique et du développement soutenable
  • Yohan Tison, écologue municipal de la Ville de Lille

Comment le sujet de la renaturation des berges de la Deûle s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Lille, capitale française de la biodiversité en 2012, a fait de la restauration de ses zones humides, très riches en termes de faune et de flore, une priorité. Celles-ci s’articulent autour de la rivière de la Deûle, qui coule au nord-ouest de la ville et au pied de notre citadelle Vauban. Nous avons une vingtaine de kilomètres de berges où la biodiversité avait largement disparu avec le comblement des fossés de l’ouvrage historique et l’industrialisation.

Il était temps pour Lille de cesser de tourner le dos à sa Deûle. Nous avons mené de nombreuses actions en ce sens, comme la construction de l’écoquartier des Rives de la haute Deûle avec ses jardins d’eau et canaux, ainsi que la création d’un réseau de mares.

La renaturation des berges s’inscrit dans ce projet de fond, qui a été salué en 2021 par l’obtention du trophée de meilleure grande ville pour la biodiversité. Sont concernées les berges des anciens fossés défensifs de la Citadelle, soumis à de fortes érosions du fait notamment des baignades canines ainsi que les berges du canal à grand gabarit. Celles-ci avaient été réaménagées pour permettre le passage de péniches de 3 000t, générant des vagues qui troublaient la quiétude des animaux.

Notre défi était donc de restaurer la biodiversité et de stopper l’érosion tout en maintenant les usages du lieu (baignade canine, pêche et transport de marchandises). Nous souhaitions favoriser le retour d’espèces emblématiques comme le castor, déjà installé non loin de Lille et qui contribue avec la construction de ses barrages à l’extension des zones humides. Les aménagements ont commencé en 2015 et se poursuivent encore aujourd’hui.

 

 

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour bâtir ce projet ?

Nous avons réalisé différents aménagements, en fonction des sites et sur la base de recherches et de retours d’expérience variés. Tous ces chantiers ont été entièrement réalisés à la main avec l’aide de bénévoles.

De façon générale, nous avons adouci les pentes pour limiter l’érosion et favoriser l’installation de végétaux variés. Sur les sites de baignade canine, nous avons posé des protections et planté de simples perches de saules qui poussent très vite, tout en ménageant des passages d’accès à l’eau pour les chiens. Sur ces sites et sur les berges de la Deûle nous avons aussi créé des micro-tourbières en entassant des déchets de fauche de phragmite (roseau à balai) recouverts d’iris et de carex. Les bactéries vont transformer ce substrat en tourbe.

Le long de la Deûle, des enrochements permettent de limiter l’impact des vagues créées par le passage des péniches. Nous les complétons par de nombreuses plantations de carex et de saules arbustifs locaux (plus d’un millier mis en terre durant l’hiver 2022-23). Par leur taille réduite, ces saules ne gênent pas les péniches. Ils maintiennent les berges, épurent l’eau, rafraîchissent l’air (évapotranspiration) et servent d’abri ou d’alimentation pour de très nombreuses espèces, y compris d’insectes. Ils sont la base de la ripisylve (végétaux bordant les cours d’eau) qui est en train de se reconstituer.

Pour briser les vagues, à certains endroits, des îlots de roseaux sont également créés avec une base en coquillages filtrants et en taillis de saule. Ils constituent des zones de tranquillité pour des espèces rares comme le grèbe castagneux.

Enfin, plusieurs aménagements ont été réalisés pour favoriser la nidification des martins-pêcheurs et des hirondelles.

 

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il faut un minimum de connaissances en hydraulique et en dynamique des milieux, en botanique et en faunistique aussi, au moins pour les amphibiens et odonates. Pour des espèces plus spécifiques, nous recourons parfois à des bureaux d’études spécialisés.

Pour la mise en œuvre, nous procédons beaucoup par expérimentations, en recherchant toujours des solutions sobres et réutilisant la nature.

 

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment votre collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Nous avons souhaité faire ces opérations de renaturation de façon participative. Plusieurs centaines de personnes y ont contribué, notamment avec l’association Les Blongios, l’Ecole de la deuxième chance et les volontaires en service civique d’Unis-Cité.

 

Comment la Ville de Lille a t’elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Nous n’avons pas sollicité d’aides, tout s’est réalisé en autofinancement. Environ 6 000€ annuels sont consacrés à cette opération.

 

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Ville dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Outre les associations déjà citées, le lycée horticole de Lomme et les élèves du BTSA gestion et protection de la nature du cours Diderot ont participé au projet. Les services de la direction Nature en Ville sont également impliqués, notamment dans la taille des arbres têtards pour permettre l’utilisation des branches lors de ces chantiers. Et bien sûr, nous travaillons en coordination avec les Voies navigables de France qui demandent, à juste titre à ce que la navigation ne soit pas gênée par ces aménagements.

Le projet en détails

Dates clés

2014

Mise à l'agenda

2014

Inspiration et montée en compétences

2015

Diagnostic et planification

2015-2025

Réalisation

Chiffres clés

20km
Longueur de berges concernées
520
Nombre d'espèces d'insectes liées aux saules
x5
Augmentation du nombre de rousserolles effarvattes entre 2010 et 2020

Résultats

  • La renaturation des berges est également un atout contre le réchauffement climatique. Lors des épisodes de canicule, ces plantes qui poussent les pieds dans l'eau rejettent de l'eau dans l'atmosphère grâce à l'évapotranspiration
  • Ce projet montre aussi qu'on peut concilier la circulation fluviale et la biodiversité avec un faible coût. Il suffit de penser dans le détail le remodelage et la gestion des berges
  • Plus d'un millier de saules ont été plantés durant l'hiver 2022-2023.

À retenir

Nous faisons tous les ans un suivi annuel de l'évolution des populations. Nous avons établi une liste d'espèces cibles liées à l'eau comme le martin-pêcheur d'Europe (menacé au niveau national) et le murin de Daubenton (une espèce de chauve-souris). Ces animaux reviennent, d'autres aussi comme le grèbe castagneux, le pic épeichette ou la fauvette des roseaux (rousserolle effarvatte). Des poissons comme l'ablette ou la vandoise, des éponges d'eau douce aussi font leur réapparition.

Du côté des plantes, on voit revenir des espèces pionnières comme le scirpe des marais et le cresson à petites feuilles. Une prairie humide (mégaphorbiaie) s'est formée, qui attire de très nombreux insectes dont des abeilles rares et menacées comme les abeilles (mélittes) de la lysimaque qui trouvent une huile spéciale pour nourrir leurs larves sur les lysimaques communes.

Les chantiers se déroulent essentiellement en hiver, période idéale pour le travail sur la végétation (taille, plantation…) mais qui ne favorise pas la participation citoyenne. Mais, cela rend encore plus remarquable la motivation de ceux qui sont présents

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Nombre d'habitants

237 654

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